ÉDITORIAL. Le deuxième sommet entre les dirigeants chinois et américain suscite peu d’attentes en dehors d’une stabilisation de leurs relations. Washington espère un soutien de Pékin pour se sortir du bourbier dans lequel il s’est enlisé au Proche-Orient. Mais à quel prix?Maltraiter ses alliés des démocraties et soigner ses concurrents autocrates. L’accueil de Xi Jinping par Donald Trump illustre cette nouvelle normalité américaine. Le dirigeant chinois a été reçu au pied de son avion – fait exceptionnel – avec une multiplication de gestes de respect par un président américain qui ne manque par ailleurs pas une occasion de maltraiter, de vexer, voire d’humilier ses hôtes européens ou des pays associés à l’ancien camp des puissances libérales. Le locataire de la Maison-Blanche atteste une fois de plus de son penchant pour les «dirigeants forts», un club fermé où il se sent à l’aise.Cette deuxième rencontre en quelques mois entre les deux dirigeants n’en est pas moins un signal positif dans un monde de plus en plus incertain. Le fait que deux des plus importantes économies du monde, avec l’Europe, stabilisent leurs relations en intensifiant leurs échanges est de nature à rassurer les marchés et limiter les risques de confrontation géopolitique. Une fois ce constat posé, il faut toutefois bien s’interroger sur le rapport de force entre deux puissances qui bataillent pour imposer leur suprématie.
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Partenaires plutôt que rivaux
D’un point de vue stratégique, la situation semble à l’avantage de Pékin. L’offensive tarifaire de Donald Trump s’est fracassée sur l’intransigeance chinoise, seul pays à avoir su dire non aux taxes américaines. Aux yeux d’une partie du monde, le pouvoir chinois peut se présenter en pays responsable qui défend des règles de commerce communes et un certain ordre mondial. C’est le paradoxe apparent des présidences Trump. Elles se sont affirmées dans l’opposition à la Chine pour en réalité renforcer la position de Pékin sur la scène internationale.Xi Jinping peut ainsi faire valoir, en arrivant aux Etats-Unis, que les deux pays devraient être davantage des partenaires que des rivaux. Une assurance qui masque toutefois difficilement le fait que la Chine est dans une situation économique plus fragile qu’il n’y paraît. Sa croissance faiblit, sa consommation est atone et ses surplus commerciaux deviennent un problème à l’échelle planétaire. Sa surproduction de biens de consommation entretenus à coups de subventions d’Etat a toujours besoin du débouché américain. Le découplage entre deux acteurs clés de la globalisation est loin d’être acté. Pékin espère un assouplissement de Washington sur les véhicules électriques, Donald Trump n’a pas exclu un geste. Cela paraît peu probable avant les élections des «midterms».Qu’attendre de cette rencontre? Un peu moins d’imprévisibilité, pour quelque temps, une déclaration sur l’intelligence artificielle qui n’aura qu’une portée limitée en dehors d’un cadre multilatéral et quelques promesses d’achat de produits agricoles américains en échange d’un assouplissement de Pékin sur les ventes de terres rares. Washington compte aussi sur un soutien chinois pour se sortir de la crise qu’il a déclenchée au Proche-Orient. Avec la crainte, notamment à Taïwan, que Donald Trump ne cède trop à un dirigeant dont il envie le règne illimité. Pour Pékin, ce président embourbé au Proche-Orient a encore tant à offrir…
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