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La cosmétique, c'est toute une histoire: le vernis, sur le bout des doigts
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La cosmétique, c'est toute une histoire: le vernis, sur le bout des doigts

Publié le 06 September 2026 à 08:00
Auteur : Leslie Rezzoug

Depuis des millénaires, arborer des ongles soigneusement entretenus est le symbole d’une quête de perfection esthétique et un marqueur de distinction sociale puissant. Aujourd’hui, c’est aussi une manière d’affirmer sa personnalité et de brouiller les codes du genreC’est un savant mélange de blanc d’œuf, de cire d’abeille, de gomme arabique et de pétales de rose, d’orchidée ou d’impatiente broyés: en Chine, des recherches archéologiques ont mis au jour la formule de l’ancêtre du vernis à ongles. Utilisée dès 3000 av. J.-C, cette préparation permettait d’obtenir une pâte de diverses nuances de rouge dont on enduisait le bout des doigts des personnes de noble extraction, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes. En Inde et en Egypte, on utilisait le henné pour réaliser de complexes motifs sur les mains. «Ces ornements avaient une visée esthétique, mais aussi un rôle symbolique, souligne Elisabeth Azoulay, anthropologue et coordinatrice de l’ouvrage collectif 100 000 ans de beauté (Ed. Gallimard). Celui ou celle qui les portait rendait visible son appartenance à une élite de pouvoir, à une caste qui n’avait pas besoin de tirer sa subsistance du travail manuel.»Au fil des siècles, ce signe concret de hiérarchie sociale devient aussi une manière de se mettre discrètement en valeur. «Dans de nombreuses cultures, souligner ses attraits physiques grâce aux vêtements était impensable, reprend Elisabeth Azoulay. Attirer l’attention sur les mains permettait de séduire sans risquer de bouleverser l’ordre moral.»Au XIXe siècle, cette double injonction au soin et à la pudeur pousse les femmes les plus aisées à se ruer dans les premiers instituts qui ouvrent à Paris pour faire colorer leurs ongles en rouge à l’aide d’huiles infusées de pétales de fleurs, avant de les faire lustrer à la peau de chamois. Mariée à un podologue reconverti dans les cosmétiques, une jeune Américaine, Mary E. Cobb, découvre avec intérêt ce protocole à l’occasion d’un voyage dans la capitale française. Après avoir amélioré et standardisé les techniques parisiennes, elle ouvre l’institut Mrs. Pray’s Manicure à New York en 1878.
Un potentiel commercial
Théâtre privilégié de l’effervescence des roaring twenties – ces années 1920 «rugissantes» marquées par une exceptionnelle prospérité économique –, la ville est également l’épicentre de la démocratisation de l’automobile. De quoi donner des idées à Michel Ménard, une jeune maquilleuse française installée aux Etats-Unis. Inspirée par la laque qui recouvre les premières voitures modernes, elle présente son projet de vernis à ongles à ses patrons, Charles et Joseph Revson. Convaincus de son potentiel commercial, les deux frères s’associent à Charles Lachman, un chimiste, pour le formuler. Sorti en 1936, c’est un succès immédiat, qui pose les bases de l’empire Revlon.
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Après-guerre, le vernis accompagne une autre révolution d’envergure, sociale cette fois: l’entrée massive des femmes sur le marché du travail. Pour les nombreuses employées du secteur tertiaire, exhiber des mains soigneusement entretenues devient un gage de sérieux et de professionnalisme. En plus d’être un élément incontournable de la panoplie de la salariée efficace, la manucure s’impose comme une discrète démonstration d’indépendance sur le plan des mœurs. Suivant le modèle des stars glamours de l’âge d’or d’Hollywood comme Marilyn Monroe ou Rita Hayworth, elles sont nombreuses à porter leurs ongles longs et rouges.Mais si les femmes modernes savent jongler de main de maître entre obligations professionnelles et aspirations personnelles, les multiples tâches auxquelles elles sont quotidiennement confrontées ne sont pas sans effet sur l’apparence de leurs vernis. Inexorablement, il finit par s’écailler au bout de quelques jours. La faute à la nitrocellulose, un polymère filmogène qui doit faire tenir le liquide à la surface de l’ongle mais qui n’est pas «lié moléculairement» aux résines qui ont pour rôle d’apporter adhérence et solidité à la formule. Pour remédier à ce problème, les industriels développent une alternative dans les années 1980, en remplaçant la nitrocellulose par des monomères. Exposées à une source d’énergie comme une lampe LED ou UV, ces molécules liquides se lient pour former une matière particulièrement résistante. Grâce à ce procédé dit de «polymérisation», le vernis gel permet de «construire» des ongles artificiels, aux longueurs et aux formes variées.Encore largement plébiscitée en institut, cette formule à la texture épaisse est malgré tout boudée par certaines clientes qui déplorent son potentiel allergène, son coût et des résultats parfois peu naturels. Parce qu’elle s’appuie sur la même technique tout en conservant la texture du vernis traditionnel, la version semi-permanente rencontre de son côté un engouement croissant.
Des vernis bios au «nail art»
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