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«Je cours en montagne, donc je suis un parangon de vertu»: un essai interroge notre rapport aux sports de plein air
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«Je cours en montagne, donc je suis un parangon de vertu»: un essai interroge notre rapport aux sports de plein air

Publié le 26 September 2026 à 08:02
Auteur : Marion Police

Dans «Enfermés dehors», le journaliste et auteur Mathias Riquier passe la notion d’activités «outdoor» au scalpel pour mieux en saisir la popularité, mais aussi les faillesTrekking, trail, VTT, gravel, escalade: les sports d’extérieur ou «outdoor» n’en finissent pas d’attirer un public toujours plus important, donnant aux espaces dits «naturels», et notamment à la montagne, des airs de grands «terrains de jeu». Cette tendance est très bien documentée et chiffrée: par exemple, 58% de la population suisse âgée de plus de 15 ans pratique la randonnée et, en France, plus d’un million de personnes ont franchi la ligne d’arrivée d’un événement de trail en 2024. Elle s’est accentuée au sortir de la pandémie, qui nous avait coincés des semaines durant dans les bras de nos canapés. Aussi, «il semble plus que jamais désirable de foncer en nature», écrit Mathias Riquier, journaliste et auteur d’Enfermés dehors. L’outdoor et la capture du désir d’évasion, à paraître le 2 octobre aux Editions Divergences.Le mot «désir» est ici pesé et soupesé. D’où vient-il, ce désir? Quel est cet élan collectif qui pousse une population croissante à l’assaut des cimes, engoncée dans des vestes en goretex à 450 francs pièce? Qu’est-ce qui relève du libre arbitre? Qu’est-ce qui, à l’inverse, est construit, déterminé? Ce sont les questions que se pose l’auteur, qui n’oublie pas de se regarder lui-même dans le miroir: ce monde de bivouacs et de «micro-aventures», il en fait partie. Le tour de magie consiste à en signer une (auto)critique.
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L’héritage des récits d’aventures
Car oui, au premier abord, il est difficile de s’attaquer à un univers véhiculant des valeurs positives: protection de la nature, activité physique en plein air, découverte du monde et de soi-même… Des idées que Mathias Riquier n’oublie pas de replacer dans la grande histoire des récits d’explorateurs et de la littérature de voyage, rappelant au passage que «l’exploration» s’est édifiée comme telle à travers une culture bourgeoise et coloniale, qui mettait moins au centre les paysages que celui – rarement celle – qui les traversait. «L’outdoor, en soi et quelle que soit la discipline, n’est pas tant un «art d’arpenter» qu’un art de mise en scène de l’aventure au cœur d’une pratique de loisir, et donc un art du récit», écrit-il.Aujourd’hui, les récits de voyage et d’aventures existent encore, mais ils ne se cantonnent plus seulement aux livres: les voilà mués en posts TikTok et stories Instagram léchées. Cette pluie d’images a une fâcheuse tendance à attirer toutes les baskets à crampons aux mêmes endroits. Les conséquences qui en découlent vont à l’inverse de la «quête de nature» initiale: «La forêt de Fontainebleau, célèbre site d’escalade aux portes de la région parisienne, subit désormais la pression de près de 500 000 grimpeurs par an. Un tourniquet a été installé pour restreindre l’accès à un espace privé au cœur du massif des Dolomites, en Italie. Même histoire de trop-plein au lac Blanc ou au massif des Ecrins, au cœur des Alpes françaises. L’outdoor a besoin d’un décor pour installer son histoire, et ce dernier commence sérieusement à souffrir», rapporte le journaliste.
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D’une culture du geste à la culture de l’objet
Et que dire des courses telles que l’UTMB – Ultra-Trail du Mont-Blanc –, qui attire plus de 30 000 personnes (public, coureurs, bénévoles, touristes) chaque année à Chamonix? Devenue une licence avec des épreuves labellisées «By UTMB», l’entreprise a généré plus de 25 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Le ticket d’entrée, cette année-là, s’élevait à 439 euros, précise Mathias Riquier.Une marchandisation qui ne doit rien au hasard, puisque l’histoire de nos pratiques sportives en extérieur s’est conjuguée à celle de l’évolution d’une économie capitaliste, rappelle l’essai. L’industrie de l’outdoor (vêtements et matériel dits «techniques») pèse désormais lourd. Très lourd. 145 milliards de dollars en 2025. Au point que des personnalités a priori éloignées de la boue des sentiers de randonnée s’y intéressent. Ainsi, glisse le journaliste dans son introduction, Kim Kardashian a choisi de prêter son image et d’associer à sa marque Skims à The North Face, griffe emblématique créée peu avant Patagonia.
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Cette dernière est un bon exemple du paradoxe endossé par l’industrie des sports de plein air. Le slogan qui lui a valu une reconnaissance internationale? «Don’t buy this jacket» (n’achetez pas cette veste). Patagonia s’est ainsi érigée en symbole de «l’anti-fast-fashion», réussissant le tour de force de nous convaincre que nos achats seraient vertueux. «En bref: le simple fa

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