Disparu à l'âge de 102 ans, Frank Bridel avait commencé en journalisme à la «Gazette de Lausanne» – l'un des ancêtres du «Temps» –, était passé à la «Tribune de Genève» avant de revenir à la «Gazette»... dans une sombre époque du titreFrank Bridel est décédé mercredi dernier, a indiqué la famille dans un faire-part notamment paru dans nos colonnes. Longtemps journaliste, aussi écrivain, il avait dirigé la Gazette de Lausanne, l'un des ancêtres du Temps avec le Journal de Genève et le Nouveau Quotidien, durant une période plutôt difficile, entre 1966 et 1968.Une notice en 1998 résume une partie de son parcours: Frank Bridel «est né à Lausanne en 1924. Après des études de droit couronnées par une licence, il entre à la Gazette de Lausanne en 1949. Début 52, il se voit proposer le poste prestigieux de correspondant à Paris. Ayant démissionné du journal, il exerce ses talents au Palais fédéral pour la Tribune de Genève et la Radio romande de 1964 à 1966. Année où il retourne dans la capitale française comme correspondant de la Tribune. Le rédacteur en chef de la Gazette Pierre Béguin quitte ses fonctions en 1966.» Les responsables demandent alors à Frank Bridel d'occuper ce poste.»
Un manque de soutien des notables
Il y tient deux ans et demi, faisant état d'un certain succès dans certaines initiatives. La Gazette tire alors à 18 000 exemplaires. Mais les difficultés s'accumulent, à commencer par une baisse continue de recettes sur le front publicitaire. Les annonceurs, analysera-t-il plus tard, privilégiaient des titres plus locaux, et l'apparition de la pub à la télévision a porté un coup aux journaux. Les membres du conseil d'administration partaient les uns après les autres et le rédacteur en chef ne s'est pas senti soutenu: «Je reste encore surpris de l'ignorance ou de l'indifférence des milieux économiques, politiques et intellectuels du canton» à l'égard du titre, notait-il.La Gazette finira par fusionner avec le Journal de Genève en 1991. Frank Bridel a ensuite travaillé comme directeur de l'organisme d'information des grandes compagnies pharmaceutique tout en écrivant à côté, entre autres Suisse mon amour – De A à Z, cinquante-deux coups de cœur; Le grand chambardement. Soixante années qui ont changé la vie; Non, nous n'étions pas des lâches. Vivre en Suisse, 1933-1945, ainsi qu'un roman, Aimer pour vivre, tous publiés chez Slatkine.
La démocratie directe et le fédéralisme, des forces vermoulues
Dans son dernier éditorial, évoquant les tourments du monde – six jours après l'assassinat de Robert Kennedy –, Frank Bridel rappelait «notre chance d'avoir été jusqu'ici préservés grâce surtout à la neutralité et à ce qui fait la force de notre régime: démocratie directe et fédéralisme. On hésite à le rappeler, tant cela paraît usé et banal. On est d'autant plus gêné que ces deux piliers de notre système apparaissent plus vermoulus. Le fédéralisme est malade non seulement par démission des cantons mais par la difficulté où l'on est de l'adapter à l'économie moderne, qui a besoin de plans généraux et de cadres larges. Le suffrage universel est ruiné par l'abstentionnisme, par le refus d'y associer les femmes et par le fait que s'en détournent des minorités qui s'en méfient, comme les séparatistes jurassiens et les partisans du service civil pour les objecteurs de conscience.»
Extrait d'une page en 1998, au moment de la fin du Journal de Genève et Gazette de Lausanne:
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