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A Vidy, Winter Family poursuit sa déconstruction du sionisme
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A Vidy, Winter Family poursuit sa déconstruction du sionisme

Publié le 21 September 2026 à 09:40
Auteur : Charlotte Gauthier

Le duo franco-israélien présente au Théâtre Vidy sa nouvelle création, «Taglit – Droit du sang». L’Israélienne Ruth Rosenthal et le Français Xavier Klaine y portent un regard acéré sur l’état de la société israélienne post-7-Octobre. Reportage lors des répétitions parisiennesLe soleil cogne sur le Centquatre, lieu culturel emblématique de Paris. Derrière des rideaux à moitié tirés, Xavier Klaine et Ruth Rosenthal – alias Winter Family – sont en pleines répétitions de Taglit – Droit du sang. Dans une vaste pièce, de longues guirlandes de petits drapeaux israéliens délimitent les côtés de la scène. Au fond, un grand écran blanc sert à projeter des vidéos. Au sol, un improbable crocodile vert gonflable trône entre quelques accessoires épars. Mais surtout, et c’est une première pour le duo, une troisième protagoniste prend part au spectacle: la comédienne franco-libanaise d’origine palestinienne Mayya Sanbar.Sur scène, Ruth et Mayya sont équipées de casques avec micro intégré. A cet instant de la pièce, elles se trouvent à Tsfat, en Israël, aussi appelée «Safed» par les Palestiniens. Car Taglit («découverte» en hébreu), c’est le nom donné aux voyages organisés qui ont permis depuis 1999 à plus de 900 000 juifs de 18 à 26 ans du monde entier de venir en Israël visiter la même dizaine de lieux emblématiques du judaïsme et du sionisme. Dont Tsfat, l’une des quatre villes saintes pour les juifs. Ruth joue l’organisatrice de voyage survoltée et harangue le public: «Des stars internationales sont venues visiter Tsfat: Madonna, Tom Cruise! Allongez-vous sur cette tombe, ressentez l’énergie!» Et la comédienne de joindre le geste à la parole en se couchant sur de simples cartons.
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1948 et 2026, un même processus
Placée côté public, Mayya Sanbar prend la parole: «Safed est l’une des plus anciennes villes de Palestine. Située entre la Syrie, le Liban et les deux mers, sa position stratégique a fait d’elle une des priorités des brigades sionistes en 1948, qui en ont expulsé presque chacun des 9500 habitants Palestiniens.» Ruth n’entend pas, ne réagit pas. Et repart de plus belle: «On continue! Prochain arrêt le Jourdain, Yarden en hébreu. On va mettre de la crème solaire, ça va taper fort aujourd’hui.» Elle longe l’avant-scène et fait mine d’étaler de la lotion sur le visage du public. Mayya reprend la parole pour énumérer en arabe une longue liste de villages palestiniens détruits dans le district de Safed, au moment de la création de l’Etat d’Israël, appelée Nakba, littéralement «la catastrophe», par les Palestiniens. Au même moment défile sur l’écran le clip en hébreu de la chanson La Patrie, sortie après l’attentat du 7 octobre 2023.
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Parler de 1948 en faisant le lien avec la réalité de 2026, c’est tout l’enjeu de cette troisième pièce de Winter Family. Après Jérusalem Plomb Durci – Voyage halluciné dans une dictature émotionnelle en 2011, et H2 – Hébron en 2019, Xavier Klaine et Ruth Rosenthal résument: «Rien n’a commencé le 7-Octobre. Ce que l’on montre, c’est comment on assiste aujourd’hui en Israël à l’avènement d’un Etat fasciste, qui est la continuité d’un même processus démarré avec la Nakba de 1948.»Leur première pièce pointait «l’endoctrinement de la société israélienne elle-même, à travers l’émotion et la peur», la deuxième «les conséquences de cet endoctrinement avec l’occupation et ses dégâts» à Hébron, en Cisjordanie occupée. Quant à Taglit, le spectacle révèle «la façon dont le narratif israélien est présenté aux juifs du monde entier, pour les embrigader eux aussi», expliquent les artistes. Ruth Rosenthal précise: «Sans cette machine infernale du fascisme émotionnel, qui permet le soutien et l’arrivée de juifs dans le pays, Israël ne pourrait pas faire ce qu’il fait à Gaza, en Palestine, et dans la région. Ni même survivre.»
La voix d’une Palestinienne du dehors
Winter Family poursuit avec Taglit, fruit d’un travail commencé en 2019, une œuvre de «déconstruction du sionisme». Mais le 7-Octobre a changé la donne. Dénoncer la mécanique du narratif israélien et ses conséquences ne suffit plus au duo franco-israélien. La nécessité absolue de donner à entendre aussi le récit palestinien s’impose à eux. «Vu l’ampleur du génocide à Gaza, il était impératif de ne plus invisibiliser nous-mêmes ce récit, mais au contraire de lui donner toute sa place sur scène», souligne Xavier Klaine. C’est là qu’intervient la rencontre humaine et artistique avec Mayya Sanbar. La comédienne d’origine palestinienne et Winter Family se connaissent depuis de longues années, mais seulement de loin.

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