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Zamo Mkhwanazi, réalisatrice de «Laundry»: «Le véritable pouvoir reste entre les mains de la minorité blanche»
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Zamo Mkhwanazi, réalisatrice de «Laundry»: «Le véritable pouvoir reste entre les mains de la minorité blanche»

Publié le 07 September 2026 à 10:49
Auteur : Elisabeth Stoudmann

Dans son premier long métrage, «Laundry», la réalisatrice sud-africaine Zamo Mkhwanazi raconte le quotidien de son pays à la fin des années 1960. En partant de l’histoire de sa propre famille, elle a créé une fiction où se mêlent vies ordinaires, formes de résistance, trahisons obligées et tout ce que les grands récits historiques laissent souvent de côtéLa scène se déroule en Afrique du Sud, en 1968. Elle montre Enoch Sithole, un respectable propriétaire noir d’une blanchisserie, venu apporter un pot-de-vin à son contact afrikaner dans l’administration. Pendant de longues minutes, les collègues de ce dernier l’accablent de propos dénigrants, d’attitudes provocatrices et de mises en scène humiliantes jusqu’à jouer aux fléchettes sur les photos de personnes noires accrochées au mur. Face à eux, Enoch est contraint de rester impassible s’il ne veut pas finir en prison.Cette séquence est l’une des premières de Laundry, le premier long métrage de la réalisatrice Zamo Mkhwanazi. Elle laisse le spectateur pétrifié. Ces images qu’on croyait appartenir au passé ne font-elles pas craindre de nouvelles heures sombres dans un monde où le racisme semble de plus en plus décomplexé? Explications avec Zamo Mkhwanazi.Le Temps: Dans «Laundry», vous suivez la trajectoire de Khuthala Sithole, le fils d’Enoch, qui veut devenir envers et contre tout un musicien de jazz. A un moment, il y a cette scène particulièrement marquante où la chanteuse Tracy September se lance dans un chant d’une puissance incroyable…Zamo Mkhwanazi: En Afrique du Sud, nous avons une relation très profonde avec la musique. Pendant toute l’époque de l’apartheid, nos musiciens ont parcouru le monde, beaucoup ont vécu en exil, dénonçant le régime et apportant un soutien important à la lutte. Cette scène est donc un hommage à ces musiciens. Cela dit, la musique est aussi un langage que les Sud-Africains connaissent très bien. Dans les manifestations, les Sud-Africains chantent toujours. Avec cette chanson, je voulais montrer une forme de protestation qui fait partie du quotidien de ce peuple.Nous ne sortons pas tous les jours pour brûler des commerces, crier ou faire ce genre de choses. Nous ne prenons pas non plus les armes tous les jours pour faire ce qui a dû être fait pour libérer le pays et, au moins, obtenir le droit de vote. Mais cette forme de protestation est par contre quotidienne.
Notre critique: «Laundry»: dans le Johannesburg de 1968, le vrai et révulsant visage de l’apartheid
On a beaucoup parlé du rôle des grands artistes en exil – comme Miriam Makeba et Hugh Masekela – dans les mouvements anti-apartheid avant et après 1994. Mais vous montrez que ceux qui sont restés ont aussi joué un rôle crucial…Oui, et même le simple fait de faire de la musique est un élément déterminant en soi. Je suis contente qu’aujourd’hui les scientifiques occidentaux commencent enfin à étudier les effets du chant collectif. Les neurosciences ont notamment montré ce qui se passe lorsque des gens chantent ensemble. C’est quelque chose que nous avons toujours su et auquel nous avons toujours adhéré. C’est un langage que les Sud-Africains parlent, et je sais qu’ils comprennent ce qui se joue à ce moment-là.Pourquoi avoir choisi une histoire qui se déroule pendant l’apartheid en Afrique du Sud?Le point de départ du film est un événement réel dans ma famille: la spoliation de la blanchisserie de mon grand-père pendant l’apartheid. Tout le reste est fiction. Mais je n’ai pas voulu faire un film sur l’apartheid. J’ai voulu parler des gens ordinaires, montrer une violence insidieuse et ce à quoi elle conduit. Ce point de vue est souvent absent des récits destinés à un public mondial. Des récits qui peuvent être aliénants parce qu’ils sont très souvent construits de l’extérieur. C’est une expérience étrange pour une Sud-Africaine comme moi: en les regardant ou en les lisant, j’ai parfois l’impression de regarder un dessin animé de l’histoire de mon pays.

Que voulez-vous dire par là?L’Afrique du Sud est l’un des pays les plus violents du monde. La corruption du gouvernement est tellement énorme que cela en devient absurde. Les meurtres font quotidiennement la une des journaux. La tentation est donc grande de faire des films sur ces sujets, de raconter ces réalités-là. Mais, comme la population qui vit aujourd’hui en Ukraine ou en Palestine, les gens comme vous et moi continuent de vivre leur vie. C’est quelque chose que les personnes qui ne vivent pas dans ces situations ont de la peine à percevoir. Et c’est ce que j’ai voulu montrer. Mon approche permet aussi de donner plus d’épaisseur, de montrer ce qui se passe en dessous du grand récit historique.Vous considérez donc que, malgré la fin de l’apartheid, son héritage continue de structurer les rapports de pouvoir en Afrique du Sud?Notre gouvernement actuel est noir, mais il mène une politique anti-Noirs. Le véritable pouvoir reste entre les mains de la minorité blanche. Je veux dire, entre 70 et 80% de la richesse du pays appa

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