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Radio Nova, le virage militant : enquête sur la "bataille culturelle" de Matthieu Pigasse
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Radio Nova, le virage militant : enquête sur la "bataille culturelle" de Matthieu Pigasse

Publié le 08 July 2026 à 16:00
Auteur : L'Express

Sur la table en plastique d’un bar-tabac, une Marlboro rouge se consume d’elle-même jusqu’au filtre tandis qu’un verre de menthe à l’eau estampillé Frigolet (une marque de sirop née à la fin du siècle dernier) défie la canicule. Leur propriétaire vient de s’engouffrer côté comptoir pour participer au karaoké improvisé par deux habitués sur un tube bien connu des années 1980 : Une autre histoire, composée par Gérard Blanc. Savoureux hasard typique de la loterie des ondes. Ici, à Riorges (42), la radio est branchée sur Nostalgie. Ici, on ignore tout de la tournée d’une autre chaîne, la très branchée Radio Nova, qui ne possède même pas de fréquence FM dans le coin, mais qui vient tout de même, cet après-midi, faire une escale à une dizaine de minutes à pied, au parc Beaulieu, pour s’y produire en direct. Depuis la mi-juin, pour achever la deuxième saison de La Dernière, son émission phare, l’équipe sillonne la France des moins de 50 000 habitants à la rencontre de son public non parisien. A première vue, l’opération aurait pu tourner au fiasco, tant Radio Nova, rachetée par le banquier d’affaires millionnaire Matthieu Pigasse en 2015, hérite d’une image parisienne et branchée. Mais pour qui aurait eu vent de l’ascension de la station, dont l’audience a été multipliée par quatre en deux ans, la présence des quelque 4500 spectateurs dénombrés par les organisateurs n’aura rien d’une surprise. A plus forte raison au vu du succès rencontré par la fameuse émission La Dernière, poule aux œufs d’or emmenée par la "bande de France Inter", sous la houlette de Guillaume Meurice, opportunément repêché par Matthieu Pigasse après sa blague qualifiant Benyamin Netanyahou de "nazi, mais sans prépuce". Pour l’avoir répétée à l’antenne malgré le tollé dans l’opinion et la demande explicite de la direction de ne pas le faire, l’humoriste avait été remercié en juin 2024 par la radio publique.Au parc de Beaulieu, parmi le public venu rire aux blagues de "la bande à Meurice", la polémique est loin d’avoir suscité l’indignation. C’est même précisément pour cette raison que José*, un jeune Lyonnais, a suivi la troupe sur les ondes de Matthieu Pigasse, jusqu’à se rendre à Riorges pour assister à l’événement. Il n’en dira pas plus : l’évocation de L’Express – "c’est de droite ça, non ?" - l’a refroidi. Il passe la main à Jeff*, son beau-père retraité qui a accepté de le suivre. "Je reconnais que certaines blagues des chroniqueurs de l’émission m’ont choqué, mais dans le contexte actuel, avec l’extrême droite qui explose, on ne peut pas se permettre de faire la fine bouche", dit-il. Mélanie*, éleveuse de bétail cumulant trois emplois et fan absolue des ex-enfants terribles de la radio publique, ne dit pas autre chose : "tous ceux qui sont ici ont en commun de vouloir faire corps, à gauche, contre l’offensive médiatique et politique des fachos". Ce, "quel que soit notre parti de cœur", dit-elle en piétinant distraitement l’un des tracts de La France insoumise distribués à l’entrée. Matthieu Pigasse dit "livrer bataille contre l'extrême droite à travers les médias" et pour cela, il a une formule : la "bataille culturelle". Pour ce faire, le millionnaire compte bien mettre Radio Nova à contribution. Au risque de sombrer dans les mêmes travers que ses adversaires – vider de leur substance les médias qu’il rachète sur l’autel d’un agenda politique voire pire, se tromper d’ennemi ? Jacques, qui a voté Emmanuel Macron en 2017, ne feint pas la naïveté. "Ici, c’est la radio des bobos insoumis. Mais les suivre, c’est une façon de montrer les muscles tous ensemble face aux ultraconservateurs sans se comporter comme des gros lourdauds (sic), veut-il croire. Alors on prend le risque".Radio Nova telle que la conçoit Matthieu Pigasse n’est pas en guerre contre le RN et ses relais, mais contre la gauche qui ne lui ressemble pas.Un tour très militantLes auditeurs ne s’y trompent pas : ces derniers mois, l’antenne jadis à la pointe de la "sono mondiale" a en effet pris un tour très militant. Ce, malgré ce qu’en dit la chefferie qui, entre deux anecdotes dressant le portrait d’un patron mélomane fan du rock australien d’Amyl and the Sniffers - donc bien incapable de sacrifier une double-croche sur l’autel de la politique - n’a de cesse de rappeler la part d’antenne dédiée à la musique (environ 70%). Dans les faits, pourtant, les prises de parole militantes se multiplient. Ici, une chronique signée par l’humoriste Pierre-Emmanuel Barré compare les policiers et les gendarmes – bête noire de la sphère insoumise – à "Daech". Là, une autre, du même auteur, souhaite à Sophia Aram (humoriste et chroniqueuse sur France Inter, très critique de la sphère insoumise comme de ses totems) de se faire renverser par une Kangoo. Pas de quoi choquer Matthieu Pigasse qui, auprès de L’Express, revendique, bravache mais dans un flou opportun sur les contours, une ouverture de la station à "toutes les sensibilités de gauche". Sans doute a-t-il oublié de mentionner Jean-Luc Mél

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