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Allemagne : l'AfD au pouvoir, le casse-tête du renseignement
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Allemagne : l'AfD au pouvoir, le casse-tête du renseignement

Publié le 23 September 2026 à 10:37
Auteur : Audrey Parmentier

L'arrivée possible de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) au pouvoir dans un Land allemand amorce une interrogation inédite à Berlin : jusqu'où partager des informations classifiées avec un parti d'extrême droite considéré comme proche de Moscou ? Après le score de 44 % obtenu par l'AfD en Saxe-Anhalt le 6 septembre, et la possibilité que le parti parvienne à former un gouvernement, les autorités fédérales réfléchissent déjà aux moyens de limiter son accès à certains secrets d'État. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, avait d'ailleurs prévenu, avant le scrutin, qu'il ne partagerait pas de renseignements militaires avec un gouvernement dirigé par l'AfD. D'après Bloomberg, Boris Pistorius aurait évoqué la question de l'Oplan, un document élaboré par l'armée allemande en 2024, lors d'une réunion à huis clos avec des experts en politique de défense issus des groupes parlementaires de la coalition au pouvoir. Ce plan de 1 000 pages détaille la conduite à tenir en cas de nouvelle attaque russe en Europe de l'Est. Les chefs des 16 Lander comptent parmi les rares responsables publics autorisés à le consulter. Mais si l'AfD, parti placé sous surveillance fédérale, parvient à former un gouvernement en Saxe-Anhalt cet automne (ce qui semble exclu en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où elle est aussi arrivée en tête des régionales), certains responsables militaires redoutent que le contenu de ce plan puisse parvenir à la Russie, indique le New York Times.Berlin s'inquiète en effet des affinités du parti avec le Kremlin. Ses dirigeants ont exprimé leur admiration pour Vladimir Poutine et plusieurs responsables de l'AfD entretiennent, selon les autorités allemandes, des liens étroits avec Moscou. Le social-démocrate Georg Maier, ministre de l'Intérieur de Thuringe, estime, auprès de Politico, que le parti dispose de "bons canaux" vers Moscou : "Si l'AfD obtient le poste de ministre-président en Saxe-Anhalt, on fera sauter les bouchons de champagne au Kremlin". À noter que ces derniers mois, les tensions entre Moscou et Berlin se sont intensifiées alors que la guerre en Ukraine s'éternise. Les dirigeants allemands ont mis en cause la Russie dans des cyberattaques et une tentative récente de faire exploser des avions-cargos à l'aéroport de Leipzig.Plusieurs options sur la tableReste à savoir comment faire le tri entre les informations qui peuvent être partagées et celles qui doivent être protégées. Chaque Land dispose de son propre service de renseignement et les États fédérés coopèrent régulièrement sur les questions de sécurité, rappelle le New York Times. Le jeu d'équilibriste consisterait à protéger certains secrets sans faire voler en éclats les mécanismes de coopération entre les 16 États allemands.Parmi les pistes évoquées, la première viserait à empêcher la Saxe-Anhalt d'accéder aux renseignements concernant les manœuvres russes en Europe, tout en continuant à lui transmettre les informations nécessaires pour lutter contre les attentats terroristes. Une autre viserait à empêcher l'AfD d'accéder aux dossiers de renseignement qui la concernent, ainsi qu'aux informations relatives aux enquêtes sur les extrémistes de droite. Le New York Times évoque aussi une autre idée : modifier les règles de coopération entre Länder. Celles-ci imposent actuellement l'unanimité des 16 gouvernements régionaux pour certains programmes policiers transrégionaux. Par ailleurs, Politico cite l'option de maintenir les réunions ordinaires des chefs de gouvernement et les conférences ministérielles, tout en organisant des rencontres distinctes pour les questions particulièrement sensibles, sans l'AfD. Une façon de limiter l'accès de celle-ci aux discussions sensibles consisterait ainsi tout simplement à multiplier les échanges.De son côté, l'AfD dénonce déjà une volonté des partis traditionnels de contrecarrer le vote des électeurs et de limiter son influence. "Le fait de priver notre parti d'informations des services de renseignement sur la base d'allégations non fondées et invérifiables serait tout à fait antidémocratique et impossible à justifier auprès des électeurs", a déclaré un porte-parole au New York Times. Mais pour Berlin, l'enjeu dépasse la seule question de l'AfD : il s'agit aussi de rassurer les alliés de l'Allemagne, de plus en plus inquiets de voir un parti connu pour sa proximité avec Moscou accumuler les succès électoraux.

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