
L’Allemagne pourrait être entraîné dans un conflit violent avec la Russie, en raison de la "guerre de l’ombre" que mène désormais Moscou contre les démocraties européennes. L’avertissement vient du chef du renseignement extérieur allemand (BND), Martin Jäger, qui s’est exprimé lors de l’audition publique annuelle des chefs du renseignement au Parlement, lundi 5 octobre. "L'Allemagne risque d'être entraînée dans un conflit violent avec la Russie - la tentative d'attaque à Leipzig n'est qu'un exemple", a-t-il poursuivi, soulignant que la menace d'attaques contre des cibles spécifiques en Allemagne demeurait "réelle et imminente". En août dernier, Leipzig a été la cible d’une tentative d’attaque par drone qui avait visé un avion-cargo ukrainien. Berlin accuse aussi depuis plusieurs mois Moscou de multiplier les cyberattaques, sabotages et les intrusions de drone sur son territoire. La Russie de Vladimir Poutine continue de nier toute attaque contre les pays de l’Otan. Pour le chef du BND, cette pression accrue sur l’Allemagne et l’Europe est révélatrice d’une nouvelle phase de la guerre en Ukraine. La Russie "est déterminée à mettre l’Ukraine à genoux cet hiver", a-t-il prévenu, prévoyant des frappes inédites. Auprès du journal Politico, Martin Jäger estime que Vladimir Poutine, confronté au coût économique et humain croissant de la guerre, doit désormais obtenir des résultats militaires suffisamment importants pour justifier les sacrifices consentis depuis 2022.L'Allemagne "cible principale"Rien n’indique pour l’heure que Moscou prépare une attaque à grande échelle sur le territoire allemand, précise le responsable. "Néanmoins, la Russie pourrait s'engager dans des activités militaires de basse intensité, particulièrement dans les pays baltes", prédit-il. L’Allemagne étant le premier pourvoyeur d’aides de l’Ukraine, elle devra quant à elle se préparer à davantage de tentatives d’intimidation et d’ingérences de la part de Moscou, dont des menaces nucléaires, a-t-il exposé. Pour Martin Jäger, la situation doit être exposée clairement : l’Allemagne est devenue "un obstacle majeur à la projection de puissance hégémonique de la Russie en Europe" et, par conséquent, "une cible principale des actions russes". Moscou rejette depuis un moment déjà ces sous-entendus. Jeudi 1er octobre, lors du forum de Valdaï à Moscou, Vladimir Poutine a assuré que la Russie n’avait "aucune intention d’attaquer" un pays européen, tout en répétant qu’elle riposterait en cas d’agression et pourrait recourir à son arsenal nucléaire si son territoire était menacé.L'Europe se prépare à davantage d'attaques hybrides L’Allemagne n’est pas seule à sonner l’alarme. Les responsables européens et le secrétaire général de l’Otan ont multiplié les dénonciations de l’intensification des attaques et actions hybrides russes sur le territoire de l’Alliance transatlantique. Lundi 5 octobre encore, lors d’une conférence de presse à Bruxelles aux côtés du Premier ministre moldave Vasile Tofan, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a dénoncé une recrudescence des "attaques hybrides", tentatives de sabotage et violations d’espaces aériens attribuées à la Russie.Elle a notamment évoqué la Moldavie : son ministère de la Défense affirme que trois drones ont pénétré dans son espace aérien le 30 septembre, journée durant laquelle la Russie a lancé une importante campagne de frappes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes. "La Russie nous met à l'épreuve et observe attentivement la manière dont nous gérons la situation, a conclu le patron du renseignement extérieur allemand lundi. Du point de vue du Kremlin, le moindre signe d'hésitation est une invitation à accentuer plus avant la pression sur l'Allemagne".
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