[pfp_nav_auth]
"Marine, c'est Marine" : dans le bassin minier, des électeurs RN prêts à tout pardonner à leur candidate
L'EXPRESS Politique intérieur
Article complet

"Marine, c'est Marine" : dans le bassin minier, des électeurs RN prêts à tout pardonner à leur candidate

Publié le 08 July 2026 à 17:30
Auteur : L'Express

En quelques secondes, le visage de Marie-Pascale passe de l’inquiétude au soulagement. "Oh non mais c’est pas vrai !", s’indigne cette mère de famille lorsque nous lui apprenons, ce mardi 7 juillet, que la Cour d’appel de Paris vient bien de condamner Marine Le Pen à trois ans de prison, dont un an ferme à effectuer sous bracelet électronique. Apaisement immédiat lorsque nous lui précisons que sa peine d'inéligibilité a été réduite à 45 mois, dont 30 avec sursis - ce qui permettra à la cheffe de file du Rassemblement national (RN) de se présenter théoriquement à l’élection présidentielle de 2027. "Ah, tout va bien alors", lâche cette habitante de Bruay-la-Buissière, commune du Pas-de-Calais située à quelques kilomètres de Béthune, en plein coeur du bassin minier. La bourgade a la particularité d’avoir été, en 2022, la ville de plus de 10 000 habitants ayant le plus voté pour Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle… Avec plus de 69 % des voix. "Elle ne mérite pas ce qui lui arrive. En plus, il n’y a pas qu’elle qui détourne de l’argent !", estime Marie-Pascale, effaçant d’un revers de main le constat très ferme des magistrats : Marine Le Pen et onze autres membres de son parti ont été déclarés coupables de détournements de fonds publics, via un système consistant à faire financer par le Parlement européen des assistants parlementaires qui travaillaient en réalité pour le Front national (FN), devenu ensuite le RN. Les faits, qualifiés de "graves" par la cour d’appel, se sont déroulés pendant onze ans au cours de trois mandatures successives, pour un préjudice estimé à plus de 2,8 millions d’euros. "Pour moi, ça ne change rien. Marine, c’est Marine", conclut Marie-Pascale, qui résume par cette simple phrase la pensée de nombreux électeurs de Bruay-la-Buissière interrogés par L’Express. Pour "Marine", ils sont prêts à tout pardonner. "Elle est comme nous"Dans la torpeur de ce mois de juillet anormalement chaud, l’annonce de la condamnation de la candidate RN semble ainsi glisser sur les rares habitants qui se sont aventurés dans les rues. "Honnêtement, je me contrefous qu’elle porte un bracelet", partage Nathalie au détour d’une ruelle du centre-ville. La quadragénaire, qui a voté pour Marine Le Pen en 2022, partage volontiers son "admiration" pour la députée du Pas-de-Calais, qu’elle n’hésite pas à qualifier de "chaleureuse", "battante" ou même "puissante". Qu’importe si la triple candidate aux élections présidentielles ne vient pas du Nord de la France, ni d’un milieu populaire, comme le pensait jusqu’à présent cette habitante. "Moi je trouve qu’elle est comme nous. Mais ils veulent la mettre en boîte pour qu’on n’ait pas le choix de voter toujours pour le même système. Tout est truqué, mais ça ne marchera pas cette fois-ci !", insiste-t-elle dans un discours aux relents complotistes, qu’elle est loin d’être la seule à tenir au sein de la commune. Aux yeux de cette électrice qui se dit "fatiguée de la vie politique", Marine Le Pen semble être l’unique alternative possible. "Il n’y a qu’elle en qui j’ai confiance pour nous sortir de là", souligne-t-elle, avant de partager son "ras-le-bol de ne plus se sentir chez soi", la "peur de se prendre une balle dans [son] propre quartier" ou l’angoisse des fins de mois difficiles entre "la baisse du pouvoir d’achat et la hausse du prix du gaz". "Je leur fais confiance"À Bruay-la-Buissière, où le taux de pauvreté atteignait en 2023 les 31 % - contre 15,4 % au niveau national -, et où le taux de chômage s’élevait la même année à plus de 22 %, Nathalie n’est pas la seule à laisser transparaître une certaine colère. Elle se reconnaît dans les sujets de prédilection du RN : immigration, délinquance, remise en cause des "élites" et difficultés économiques. En attendant son rendez-vous devant la boutique d’un tout nouveau barber shop, Jean évoque ainsi sa volonté de "serrer la vis". "Il faut sévir sur tout, notamment la délinquance. Il y a vingt ans, il n’y avait pas de deal ici, par exemple", fait-il valoir, assurant que chacun connaît désormais "les adresses où se fournir" en stupéfiants. Si intransigeant sur le maintien de l’ordre, l’électeur tique légèrement au rappel de la condamnation de sa candidate pour détournement de fonds… Puis finit par confirmer que cela ne changera pas son vote RN en 2027. "Une campagne avec un bracelet à la cheville me dérangerait un peu quand même, mais je pense que les politiques trempent tous dans le même genre d’affaire. C’est juste que les autres passent entre les mailles du filet", élude-t-il. Il n’aura pas à voir ce fameux bracelet : le soir même, au 20H, Marine Le Pen a annoncé son pourvoi en cassation pour dénoncer l'arrêt de la cour d'appel de Paris. Ce choix lui permet de faire campagne "sans bracelet électronique". Le Bruaysien semble également sensible à l’argument du "duo" créé entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, vendu par le RN comme un "ticket gagnant" à ses électeurs. "Je leur fais confiance. C’est une bonn

Ce sujet parle de : prisonprésidentiellepauvretéchômageimmigrationbardella
← Retour aux sujets

Points de vue opposés



Chargement des points de vue opposés...

Autres articles récents chez L'Express