Dans une société israélienne chauffée à blanc, à moins d'un mois des élections législatives, ils ont déclenché une véritable tempête politique. Et pour cause, le livre Hostages : 843 Days of Abandonment (Kinneret Zmora Publishing, sorti le 7 septembre en hébreu), écrit par Shlomi Eldar et Ruth Yuval, contient des révélations potentiellement explosives sur Benyamin Netanyahou. Selon les deux journalistes qui ont également publié une grande enquête dans Haaretz, le Premier ministre aurait reçu plusieurs alertes avant le 7 Octobre, dont un appel de la part de Mohammed ben Zayed Al Nahyane (dit "MBZ"), le président des Emirats arabes unis, sans en répercuter la teneur auprès de ses principaux chefs de la sécurité. Des informations aussitôt démenties par le bureau du Premier ministre israélien, mais qui risquent de laisser des traces à l'approche du scrutin... Dans cet ouvrage, qui a nécessité deux ans d'enquête auprès de plusieurs centaines de sources dans le monde, les deux journalistes apportent un nouvel éclairage sur l'échelle des responsabilités dans le pogrom du 7 Octobre. Et fragilisent un peu plus la défense du Premier ministre israélien qui a toujours revendiqué ne pas être au courant de ce que préparait depuis la bande de Gaza. Dans un entretien exclusif à L'Express, Shlomi Eldar, lauréat du Prix Sokolov et grand spécialiste du Hamas et de Gaza, raconte la mécanique de ce fiasco qui a abouti à la pire catastrophe sécuritaire de l'histoire d'Israël. L'Express : Comment votre enquête a-t-elle été reçue en Israël ? Shlomi Eldar : Le livre a fait beaucoup de bruit, en Israël et dans le monde entier. Beaucoup d’Israéliens ont été choqués par ces informations, en particulier les otages qui ont été libérés, mais aussi l’entourage des victimes assassinées le 7 Octobre. A l’inverse, les gens qui soutiennent Netanyahou ont pris pour argent comptant le démenti du Premier ministre. A titre personnel, j’ai reçu des appels, des menaces… Des gens ont essayé de salir ma réputation, de saper mon honnêteté intellectuelle en tant que journaliste. Le bureau de Netanyahou a essayé de décrédibiliser mon travail, m’accusant de collaborer avec l’opposition. Ils ont cherché à faire croire que j’essayais d’influencer les élections israéliennes qui ont lieu fin octobre, ce qui est totalement faux.Un élément central de votre livre a retenu l’attention. C’est ce coup de fil de MBZ à Netanyahou. Que s’est-il passé exactement ?Dix jours avant le 7 octobre, MBZ a appelé pendant 45 minutes Netanyahou. Il voulait l’informer que le Hamas préparait une opération majeure et qu’elle aurait un énorme impact sur les accords d’Abraham (NDLR : les Emirats arabes sont signataires depuis 2020). Dans le cadre de mon enquête, j’ai pu obtenir quelques détails sur cet appel. Le Premier ministre a utilisé un téléphone sécurisé, apporté par un membre de la délégation émiratie, qui l’a ensuite détruit à l’issue de la conversation. C’est le processus de sécurité employé par MBZ pour conserver la confidentialité de ses appels. Les Emirats arabes unis n'ont pas souhaité commenter le fond de vos révélations sans pour autant les démentir. Pourquoi cette frilosité ? Ils savent que c’est une période sensible pour Israël en raison des élections. Une de mes sources pense que MBZ ne veut pas être perçu comme s’immisçant dans le processus électoral israélien. Il est très important pour lui de garder de bonnes relations avec Netanyahou, qu’il gagne ou qu’il perde. Si MBZ confirmait cette conversation, cela serait clairement perçu comme une ingérence électorale.Une chose est sûre : à l’autre bout du fil, Netanyahou l’a convaincu que tout allait bien du côté de la bande de Gaza et que si quelque chose devait les inquiéter, cela viendrait de Cisjordanie.Pourquoi l’inquiétude de Netanyahou s’est-elle focalisée davantage sur la Cisjordanie plutôt que sur la bande de Gaza ?Cela fait partie de ce qu’on appelle la Konseptzia (NDLR : "conception", en hébreu). En clair, c’est une conviction partagée par la bulle politique et sécuritaire qui finit par enfermer Israël dans un véritable aveuglement stratégique. Ce concept est né avant la guerre du Kippour en 1973, lorsque Israël était sûr que l’Egypte et la Syrie ne l’attaqueraient pas. Pour revenir à la situation actuelle, cela vient du fait que Netanyahou considérait le Hamas comme un "atout" et la Cisjordanie comme un "fardeau". Et ce pour plusieurs raisons : si un processus de paix devait voir le jour en Cisjordanie, cela impliquerait nécessairement de se retirer d’une partie du territoire ; sa coalition avec l’extrême droite est opposée à tout accord avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas ; et enfin il estimait qu’il était préférable pour Israël que les territoires palestiniens restent divisés. C’est pourquoi Netanyahou a autorisé et facilité le transfert de fonds qataris vers Gaza, malgré les avertissements des services de sécurité israéliens, selon lesquels ces financements renforçaient le Hamas et
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