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Pourquoi les canicules à répétition risquent de nous faire vieillir plus vite
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Pourquoi les canicules à répétition risquent de nous faire vieillir plus vite

Publié le 10 July 2026 à 14:00
Auteur : L'Express

La tache est apparue d’un coup, semblable à une petite brume. Un léger trouble qui vite s’est transformé en voile blanc. Jusqu’à ce matin de juin, Anna*, 24 ans, étudiante en journalisme, n'avait jamais connu de tels symptômes. L’ombre s’en est d’abord pris aux mots sur son téléphone avant de faire disparaître une partie des objets de sa salle de bains. Un œil fermé, le regard en coin, la jeune femme a dû courir à la pharmacie : "Vous pensez que je dois aller aux urgences ? Je viens de perdre une partie de la vision", demande-t-elle alors, prise d’infernaux maux de tête. A l’hôpital, les ambulances s'enchaînent. Les admissions n’ont cessé de grimper depuis la première vague de chaleur, fin mai - 650 par jour depuis le 22 juin, 10 % de plus qu’à la normale. Face à Anna, les médecins s’inquiètent. Se pourrait-il que la jeune femme fasse un accident ischémique transitoire, une sorte de petit accident vasculaire cérébral, comme les patients qui affluent sur des brancards à cause de la hausse du mercure ? Les températures extrêmes affectent surtout les personnes âgées, mais les patients en surchauffe peuvent aussi être jeunes et bien portants surtout face à des canicules de plus en plus dures, alors les médecins emmènent Anna en salle d’examen. Une IRM puis un électroencéphalogramme plus tard, les résultats tombent : il ne s’agit que d’une méchante migraine ophtalmique, une première pour la jeune femme. L’incident, survenu quelques jours après la première vague de chaleur, n’a pas été expliqué. Ce type d’affection est très courant, et pourrait tout à fait être lié à la fatigue ou aux aléas des mauvais jours. Mais le calendrier laisse aussi le champ libre à une autre piste : à mesure que le mercure grimpe, le risque de faire des migraines est bien plus important. Les chaleurs du printemps pourraient avoir fatigué son corps, au point d'en déclencher une. Mise à l'épreuveL’incident est tout sauf anodin. Troubles de la vision, intenses coups de chaud, malaises, diarrhées, nausées… Pas besoin d’être médecin pour se rendre compte que les fortes chaleurs affectent durement les organismes. A cause du manque de sommeil et des efforts supplémentaires que les cellules et les organes doivent fournir pour se maintenir à température, le corps puise dans ses réserves. Une mise à l’épreuve qui peut s’avérer mortelle chez les plus fragiles. Le 3 juillet dernier, la ministre de la santé Stéphanie Rist annonçait déjà 2000 décès supplémentaires liés à la canicule, et l’été ne fait que commencer. Le phénomène touche principalement les personnes âgées ou en mauvaise santé, c’est vrai, mais que se passera-t-il chez les plus jeunes, promis à un climat bien plus brutal ? Quelles traces vont laisser ces périodes de suffocation d’années en années, de nuits "tropicales" en records de températures ? Alors que l’été 2026 s’annonce comme l’un des plus chauds jamais enregistrés, de plus en plus de scientifiques s’interrogent sur les conséquences à long terme de telles périodes de stress pour l’organisme. Une science balbutiante, mais qui présente déjà quelques premiers résultats. L’année dernière, plusieurs études scientifiques ont ainsi attiré l’attention sur une possible "accélération du vieillissement" à cause des canicules. Publiés respectivement en février et en août 2025 dans Science Advances et Nature Climate Change, ces travaux semblent montrer une dégradation plus forte de certaines horloges biologiques en fonction de l’exposition à la chaleur. Désorganisé et contraint de sortir le grand jeu pour éviter la catastrophe, l’organisme présente une fatigue supplémentaire, et celle-ci semble visible au niveau des "marqueurs du métabolisme" - des indicateurs utilisés par les chercheurs pour estimer la vitesse à laquelle on périclite. Un effet "comparable" à la consommation d’alcool ou au tabagisme, avançait même la revue scientifique Nature, dans un article journalistique. Onze jours de vie en moinsUn rapprochement osé, voire quelque peu sensationnaliste, car pour le moment, ces résultats sont loin de faire consensus. Dans la seconde étude, la plus solide - car menée sur plus de 24 000 personnes de 2008 à 2022 à Taïwan, et de manière longitudinale, c’est-à-dire répétée dans le temps - les scientifiques ont bien estimé ce vieillissement à 11 jours pour chaque 1,3°C supplémentaire. Tout en indiquant que les biais restaient nombreux. Surtout, les conséquences de telles dégradations ne sont pas connues, pour le moment. Il n’est pas exclu que ces "symptômes" soient aussi le signe d’une réaction positive de l’organisme, les indices de contre-mesures, en quelque sorte. Qui plus est, les chercheurs peinent à comprendre les mécanismes impliqués. Des températures élevées peuvent contribuer à réduire la longueur des télomères, ces pointes aux extrémités des chromosomes, intimement liés au vieillissement. Les chaleurs peuvent également perturber l’équilibre cellulaire, entraînant des lésions durables dans l’ADN. Des effets durables, démontrés sur l’anim

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