Les manuels scolaires évoquent "la marche à la guerre" et "la montée des périls". Des formules rabâchées pour désigner ces périodes avant les deux guerres mondiales faites de tensions, de réarmement, d'incidents diplomatiques à répétition, d’agressivité territoriale. Vivons-nous aujourd’hui en Europe un de ces moments tragiques de l’Histoire, préfigurant un nouveau conflit généralisé ? L’an dernier, le chef d'état-major des armées avait mis les pieds dans le plat en affirmant que la France et l'Europe devaient se préparer à une possible "guerre ouverte", notamment face à la Russie, et accepter l'éventualité de "perdre [leurs] enfants" pour défendre la nation. Ses propos avaient suscité la peur et le déni. Ils étaient pourtant lucides sur les nouveaux rapports de force en Europe.Depuis, non seulement la guerre en Ukraine s’est poursuivie, toujours plus meurtrière, mais la Russie, faute de victoire, s’est engagée dans une bataille sans répit, sous forme de guerre informationnelle, de conflits hybrides, de cyberattaques, de survols de drones, et désormais d’attentats physiques en Europe. Les exemples abondent. En août, une explosion touche le site de KNDS Ammo Italy, près de Rome, spécialisé dans la fabrication de munitions. Quelques semaines plus tard, un incendie se déclare sur un site de stockage de munitions au cœur de la Bulgarie. En France, au printemps, des attaques avaient visé des transformateurs électriques alimentant des entreprises d’armement près de Bourges.Début septembre, la tension monte d’un cran avec l’attaque d’un drone chargé d’explosifs contre l’aéroport de Leipzig. L’opération visait à causer d’importants dégâts : seul un incident de dernière minute a permis d’éviter une catastrophe. Quelques jours plus tard, un drone toche un train à deux pas de la frontière polonaise…L'Europe sur le qui-vive "Il y a un durcissement et une accélération de la campagne d’attaques indirectes de la part de la Russie : déjà notable depuis au moins deux ans dans les pays d’Europe centrale, elle atteint désormais pour la première fois les pays d’Europe de l’Ouest", relève Elie Tenenbaum, directeur du Centre des études de sécurité de l’Ifri. Une intensification qui n’a pas échappé aux autorités européennes, sur le qui-vive permanent.Ces opérations en disent long sur l’acharnement de Vladimir Poutine à déstabiliser l’Europe. Car cette dernière est devenue le principal bailleur de Kiev, avec une imbrication de plus en plus forte entre les industries de défense de part et d’autre. "L’effort de guerre ukrainien devient de plus en plus un effort européen", note Elie Tenenbaum. Mais ce n’est pas tout. Alors que le Vieux Continent, de plus en plus divisé, se retrouve fragilisé, le Kremlin veut appuyer là où ça fait mal, avec des opérations destinées à semer des dissensions politiques. Sans doute est-il encore temps d’enrayer cette escalade. En gardant en tête l'avertissement du président Raymond Poincaré, en février 1913 : "Il n'est possible à un peuple d'être efficacement pacifique qu'à la condition d'être prêt à la guerre". Mais à l'époque, il était déjà trop tard.
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