Plus de 40 ans après leur dernier film, les Monty Pythons sont largement dépassés par la réalité. Même les maîtres absolus de l'absurde n'auraient pas pu écrire le scénario de cet été politique britannique caniculaire : alors que Keir Starmer quitte Downing Street et sera bientôt remplacé par l'ex-maire de Manchester Andy Burnham, leur plus grand rival, le populiste Nigel Farage se retrouve à lutter pour son siège de député face à… une poubelle. "Et cette poubelle peut tout à fait l'emporter", reconnaît le journal conservateur The Spectator, bien obligé d'admettre qu'il s'agit là de "la phrase la plus bizarre de son histoire" de 200 ans.Reprenons. Nigel Farage, père spirituel du Brexit et de Reform UK (25 % dans les sondages, premier parti du pays), est accusé d'avoir touché un "cadeau" de 5 millions de pounds (près de 6 millions d'euros) de la part d'un milliardaire des cryptomonnaies et d'avoir omis de déclarer plusieurs de ses résidences luxueuses au Parlement de Westminster. Pour prendre de vitesse les enquêtes ouvertes contre lui, le tribun convoque les caméras le 7 juillet et annonce démissionner de son poste de député. Dans la foulée, il dépose sa candidature pour se faire réélire lors de la législative partielle, probablement en août. "Ce sera l'élection du peuple contre l'establishment", décrète Farage, dans son costume impeccable avec vue plongeante sur la Tamise. "Diversion", crient en chœur ses adversaires politiques. Un duel inattendu et décalé s'installe Mais son coup de poker ne se passe pas comme prévu. Premier rebondissement : l'ensemble des partis refusent d'entrer dans le jeu de Farage et de présenter un candidat face à lui. Pas de campagne, pas de publicité pour son "cirque" politique, calculent ses opposants. Le leader de Reform UK se retrouve donc seul en lice pour son élection dans son fief de Clacton-on-Sea, station balnéaire défraîchie de la côte Est britannique.Deuxième coup de théâtre : un candidat indépendant se place dans la course et installe un duel avec Nigel Farage. Son nom : Count Binface, ou "comte Tête de poubelle". Son uniforme : une poubelle grise sur la tête, une cape noire, beaucoup d'aluminium. Son credo : "célébrer et défendre les merveilles de la démocratie britannique". Sous le costume, le comédien John Harvey, qui parodie les politiques depuis des années et se présente régulièrement à des élections locales face à des poids lourds (Boris Johnson en 2019, Rishi Sunak en 2024, le prochain Premier ministre Andy Burnham le mois dernier), avec un programme pour le moins farfelu. Ses deux principales promesses : construire "au moins un logement abordable" et nationaliser la chanteuse Adèle, "pour donner un coup de fouet et de créativité au PIB".Le Count Binface, ou comte "tête de poubelle" en français, lors des élections à Manchester, le 19 juin 2026.Comme un pied de nez à Nigel Farage, qui a construit son succès sur son côté décalé, ses cigares, ses pintes de bière et ses sorties démagogiques. "Il y a vingt ans, Nigel Farage était lui-même considéré comme une blague par la politique britannique, raconte le politologue Max Stafford, auteur de Managing the Prime Minister: The Downing Street Chief-of-Staff. Son bond de popularité entre 2005 et 2015 correspond à l'effondrement du centre de l'échiquier politique britannique, un peu comme en France. Désormais, qu'on l'apprécie ou non, Reform UK est là pour rester, même si sa victoire lors des prochaines élections n'est pas garantie."Le duel "Farage-Tête de poubelle" fascine le Royaume-Uni depuis 48 heures. Le candidat satirique a reçu le soutien officiel de la cheffe du Parti conservateur, estimant que "dans un combat entre le peuple et l'establishment, Tête de poubelle pourrait bien être le peuple". La ministre des Finances britanniques, de son côté, a jugé que si Farage "tient à passer l'été à se disputer avec une poubelle, c'est son choix". Alors qu'il négocie la formation de son prochain gouvernement, Andy Burnham a posté une photo de lui serrant la main de Count Binface sur les réseaux sociaux.Les bookmakers n'écartent pas une victoire du comte Tête de poubelleSuffisant pour battre le tribun populiste, empêtré dans les scandales ? "Nigel Farage est un vendeur hors-pair, comme Donald Trump, et ses discours résonnent différemment auprès des électeurs, rappelle le politologue Max Stafford, qui ne croit pas en sa chute prochaine. Les scandales glissent sur lui comme une poêle anti-adhésive." S'il n'a jamais dépassé les 1 % de votes lors de ses précédentes élections, le comte Tête de poubelle connaît une réelle embellie chez les bookmakers, qui n'écartent pas un succès face au leader de Reform UK. Le candidat satirique multiplie d'ailleurs les promesses locales dans les médias : "bloquer les prix des glaces à 99 centimes devrait suffire à l'emporter dans une station balnéaire", a-t-il lâché. Plutôt sûr de lui, il a écarté une alliance avec l'Official Monster Raving Loony Party, un parti politique satirique qui recommande de
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