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Drones kamikazes : le plan secret de la Russie pour doper sa production
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Drones kamikazes : le plan secret de la Russie pour doper sa production

Publié le 22 September 2026 à 13:36
Auteur : Enola Richet

La Russie se prépare actuellement à accroître drastiquement ses capacités de production de drones kamikazes utilisés pour frapper les villes et infrastructures ukrainiennes. L’information vient du média américain Politico, qui a obtenu des documents internes du groupe public d’armement russe. Selon cette source, Rosatom prévoit ainsi d’agrandir son usine d'Alabuga-Volokno, au Tatarstan, afin de produire jusqu’à 500 tonnes supplémentaires de fibre de carbone de qualité aérospatiale par an d’ici 2029. Ce matériau léger et résistant est indispensable à la structure des drones Geran, dérivés du Shahed iranien. D’après les calculs de l’expert en armement David Albright — fondateur de l’Institut pour la science et la sécurité internationale basé à Washington — cette capacité permettrait de fabriquer les structures d’environ 28 000 drones supplémentaires par an. Soit une hausse de 78 % par rapport aux plus de 36 000 drones kamikazes que la Russie peut actuellement produire chaque année, selon les estimations de l'Ukraine. Le projet est déjà engagé. Des images satellites prises entre mai et juillet et fournies à Politico par l’Ukrainian Security and Cooperation Centre (USCC), un centre de réflexion basé à Kyiv, montrent que le terrain voisin de l’usine actuelle a déjà été défriché. Selon David Albright, qui s’exprime auprès du média, le calendrier prévoit un achèvement de l’usine en 2027. Les documents détaillant le projet ont été obtenus auprès de sources russes par l’USCC. Leur authenticité a ensuite été confirmée séparément par le gouvernement ukrainien et par une commission de la Chambre des représentants américaine, selon Politico. Rosatom n’a pas souhaité les commenter.L'ambition d'une production de drones autonomePour la Russie, l’objectif de cette augmentation de la production est de réduire sa dépendance aux importations de produits "à double usage" chinois. Et pour cause : une analyse du réputé Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington publiée en avril affirmait que Moscou ambitionne de produire environ 130 000 drones dans le cadre de son programme national de systèmes aériens sans pilote d’ici 2030, puis 350 000 d’ici 2035.Pour cela, le projet prévoit aussi la construction à Alabuga d’une nouvelle usine de polyacrylonitrile (PAN), le précurseur chimique utilisé pour fabriquer la fibre de carbone. Aujourd’hui, la Russie ne produit pas suffisamment de PAN pour couvrir l’ensemble des besoins de son industrie de défense, explique David Albright à Politico. En produisant davantage de PAN directement à Alabuga, Rosatom pourrait ensuite le transformer sur place en fibre de carbone destinée notamment aux structures des drones, sécurisant ainsi une chaîne de production quasi 100 % russe de son matériel de guerre. Livraisons secrètes chinoises Au coeur de la production militaire du Kremlin, l’usine existante d’Alabuga-Volokno est actuellement visée par des sanctions américaines et britanniques qui limitent son accès aux financements et composants occidentaux. Reste que les drones produits dans cette zone économique spéciale sont désormais un élément central des frappes russes contre l’Ukraine. Moscou a par ailleurs équipé certains drones kamikazes Geran de moteurs à réaction afin d’accroître leur vitesse et leur portée.Plus tôt en septembre, Politico avait révélé que le site avait reçu cette année une cargaison dissimulée de 46 tonnes de produits chimiques destinés à la fibre de carbone, provenant d'une entreprise publique chinoise, sans doute destinée à préparer l'augmentation de production. L’ambassade de Chine à Washington a depuis affirmé ne pas avoir connaissance du nouveau projet d’expansion, et a assuré que Pékin contrôlait strictement les exportations de biens "à double usage" (c’est-à-dire des produits pouvant avoir un usage civil et militaire). En parallèle de cette montée en puissance militaire, Moscou affiche pourtant sa volonté de reprendre les négociations. Début septembre, Donald Trump a envoyé Steve Witkoff à Moscou et à Kyiv pour relancer le processus de paix. À son retour, l’émissaire a évoqué des "progrès substantiels". Mais dès le lendemain, des frappes russes ont tué cinq personnes à Kyiv. Pour Nicholas Fenton, directeur adjoint du programme Europe, Russie et Eurasie du CSIS qui s’exprime auprès de Politico, l’expansion de la production russe dépasse le seul conflit ukrainien. "Nous ne voyons pas la Russie désamorcer sa posture militaire vis-à-vis de l’Otan ou de l’Europe", expose-t-il, même en cas d’accord de paix.

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