En juin 1801, Abraham-Louis Breguet obtient le brevet d’une invention qui va changer à jamais le cours de l’horlogerie. Deux cent vingt-cinq ans plus tard, la manufacture qui porte son nom célèbre cet anniversaire avec cinq créations d’exception, prolongeant l’inspiration originelle du grand horloger à travers de précieux perfectionnements techniques, tous au service d’une même quête: celle de la précision ultimeParis, au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. La Révolution française vient de bouleverser l’ordre établi et Abraham-Louis Breguet, contraint à l’exil en Suisse de 1793 à 1795, profite de cet éloignement forcé pour approfondir certaines de ses réflexions et repenser l’avenir de sa maison. C’est à Neuchâtel, puis au Locle, qu’il laisse mûrir une idée qui le hante depuis plusieurs années.
La genèse d’une révolution horlogère
Le défi qu’il cherche à relever touche à l’essence même de la mesure du temps: comment compenser les effets de la gravité sur la précision d’une montre? Le balancier et le spiral, organes régulateurs du mouvement, voient leurs oscillations perturbées lorsque la montre est maintenue en position verticale, comme c’est alors presque toujours le cas pour les montres de poche. La régularité de leur marche s’en trouve affectée.A.-L. Breguet imagine alors un système de cage dans lequel l’échappement et l’organe réglant sont réunis puis entraînés en rotation permanente autour d’un axe. Ce mouvement permet au centre de gravité du dispositif de se replacer continuellement sur cet axe, afin de compenser les effets d’une oscillation inégale lorsque la montre reste immobile en position verticale. En «brassant» ainsi l’ensemble des positions verticales, le tourbillon permet d’améliorer la précision moyenne de la montre.Le brevet est obtenu le 7 messidor an IX, soit le 26 juin 1801. Il aura fallu six ans entre le retour de Breguet à Paris et l’homologation officielle de son système, puis six années supplémentaires avant les premières ventes. Entre 1796 et 1829, A.-L. Breguet et ses collaborateurs réaliseront 40 tourbillons, auxquels s’ajouteront neuf pièces jamais achevées, pour une invention appelée à traverser plus de deux siècles.
Une légitimité unique
Le tourbillon demeure l’une des expressions les plus accomplies du génie horloger de Breguet: une réponse à la gravité devenue symbole de virtuosité mécanique. Pour A.-L. Breguet, toutefois, il n’a jamais constitué un aboutissement. Le grand horloger n’a cessé d’en explorer les possibilités, perfectionnant sans relâche son invention. Une démarche qui demeure aujourd’hui encore au cœur de l’identité de la manufacture. Comme l’explique Gregory Kissling, CEO de la maison: «Nous ne reproduisons pas un héritage; nous le faisons vivre. Chaque génération de tourbillons Breguet cherche à apporter une réponse nouvelle à la même quête: celle de la précision, tout en magnifiant cet art mécanique en mouvement.»Aujourd’hui, le tourbillon est largement adopté par la quasi-totalité des manufactures du secteur. Seule Breguet en possède toutefois la légitimité historique, adossée au brevet de 1801. «Le tourbillon n’est pas une complication parmi d’autres chez Breguet: il fait partie de notre ADN. Il demeure une démonstration spectaculaire de maîtrise mécanique et de savoir-faire horloger. Concevoir, fabriquer et régler un tourbillon reste aujourd’hui un défi technique considérable», détaille Gregory Kissling. Cette année, la maison dévoile cinq interprétations contemporaines de cette invention fondatrice.
1989: quand Breguet pariait sur l’impossible
La Classique Tourbillon 7357 ouvre ce chapitre anniversaire en renouant avec une autre date clé de l’histoire de la maison: 1989, année de la Réf. 3350, première montre-bracelet à tourbillon dans l’histoire contemporaine de Breguet. A l’époque, la haute horlogerie mécanique ne passionne plus qu’une poignée de collectionneurs à travers le monde. Le tourbillon, en particulier, est perçu comme une complication d’un autre âge – sublime certes, mais révolue. La décision de Breguet de remettre le tourbillon au centre de la création contemporaine est, rétrospectivement, l’une des plus déterminantes de l’histoire récente de l’horlogerie suisse.
La Classique Tourbillon 7357 réinterprète l’héritage de la Réf. 3350 avec une élégance contemporaine. — © Breguet
Ainsi, la Classique Tourbillon 7357 est la fille directe de la Réf. 3350. Son nouveau calibre 187B, héritier optimisé du mythique 558, conserve la fréquence historique de 2,5 Hz – celle qu’A.-L. Breguet a lui-même utilisée – tout en intégrant les dernières avancées de la manufacture. Disponible en platine et en or Breguet, elle affiche une pureté formelle absolue: une boîte de 35 mm, un mouvement de 30 mm sans cercle d’emboîtage, un cadran, un fond et une carrure guillochés à la main, et la signature secrète du maître. «On ne dessine pas tous les jo
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