
Crise profonde, déconsommation durable, taxes à l'exportation… Le marché du vin tente de résister et se réinvente constamment. Grâce à de nouvelles appellations comme dans les côtes-de -provence, avec le cru Sainte-Victoire ; de nouvelles pratiques, toujours plus innovantes à l'instar de la viticulture régénérative (ci-dessous) ; des terroirs surprenants comme le Beaujolais blanc. Enfin, il n'hésite pas non plus à se diversifier en partant à la conquête d'un "Nouveau monde", celui de la cosmétique, en s'appuyant sur les vertus anti-âge des antioxydants du raisin. A l'arrivée : soins capillaires, sérums antitaches, douche et shampoings au pinot noir, Émulsions nettoyantes, lait Corps, etc. Une large gamme pour tous les goûts et tous les besoins. Tous ces produits ne s'imposeront pas un univers déjà très concurrentiel. Mais chacun d'entre eux montre que le secteur du vin n'est jamais à court d'idée et de formules pour se diversifier. Avec une ligne de mire : laisser passer les vents mauvais, tenir pour dessiner des jours meilleurs.Vins bio AB, ou en biodynamie Demeter ou Biodyvin : de nombreux consommateurs font de ces labels une condition d’achat de leur flacon. Mais la petite feuille verte, qui flotte sur 21 % du vignoble français, ne constitue plus l’alpha et l’oméga d’une viticulture saine et vertueuse. Dans les domaines, un mot nouveau court sur toutes les lèvres : "agroécologie", ou "agriculture régénérative", déclinée en "viticulture régénérative".Le phénomène affiche ses propres sigles, encore confidentiels, souvent venus des Etats-Unis : AGW (A Greener World), créé en 2014, compte deux pionniers français, le château de Nages en Languedoc et le domaine Lafage dans les Corbières ; ROC (Regenerative Organic Certified), lancé en 2017, a séduit la maison de champagne Telmont, ainsi que les domaines Galoupet, Trians et Mirabeau en Provence. En France, l’Association pour une Agriculture du Vivant (PADV), née dans les grandes cultures céréalières en 2018, avec le soutien des groupes Brioche Pasquier et Système U, revendique 1 500 agriculteurs engagés et recrute de plus en plus chez les viticulteurs. Le mouvement catalan RVA (Regenerative Viticulture Association), lui, est emmené par la famille espagnole Torres. "Faire travailler le ver de terre"Il existe "autant de définitions de l’agroécologie que d’organisations", relève l’œnologue Matthieu Dubernet, créateur du laboratoire agro-environnemental Terra Mea, basé dans les Corbières. Mais tous s’accordent sur un principe fondamental : préserver la santé du sol, évaluée avec des taux de carbone, d’azote, d’humidité et d’activité biologique… Terra Mea a breveté sa mesure "3-Biom", compteur de bactéries, champignons et protistes.Concrètement, la viticulture régénérative veut engraisser et hydrater les champs et les parcelles naturellement, à la manière du sous-bois forestier qui se décompose et se régénère. "Faire travailler le ver de terre", résume Hugh Ryman, propriétaire du Château de la Jaubertie, en Dordogne. Ce pratiquant convaincu de l’agriculture biologique, depuis 2005, songe à arrêter une certification dont il ne voit plus que les inconvénients : des sols intoxiqués au cuivre et compactés par le passage répété des tracteurs, avec des rendements de moins en moins viables. "Le nouveau combat, consiste à retenir l’eau et la matière organique."Pour cela, l’agroécologie prône les semis de couverts végétaux (vignes enherbées) qui se décomposeront sur place, au lieu de faire la chasse aux brins d’herbe. Elle recommande l’utilisation de compost et le pâturage d’animaux l’hiver, source d’amendements nutritifs. Elle encourage la biodiversité de la faune et de la flore avec des nichoirs, des plantations et tout l’arsenal de l’agroforesterie pour rétablir les grands équilibres du vivant. Enfin, elle favorise l’infiltration des pluies avec des haies, des fossés et, dans l’idéal, la replantation des rangs de vigne le long des courbes de niveau ("l’hydrologie régénérative").Ce discours parle à des vignerons acculés un peu plus chaque année dans une impasse agronomique par le changement climatique. Notamment dans les régions du sud éprouvées par les canicules et la sécheresse, au point d’y questionner l’avenir de la vigne, implantée depuis 2000 ans. Chez Lafage, 350 hectares à travers six châteaux, "le rendement a chuté en dessous de 20 hectolitres par hectare (hl/ ha). Or la rentabilité se situe entre 27 et 30", explique Antoine Lespès, directeur de la R&D.Le cycle du carboneL’agroécologie repose pour beaucoup sur le cycle du carbone, capté par les végétaux dans l’atmosphère et stocké, enfoui sous forme d’azote après décomposition de la matière organique. Ce carbone piégé dans les sols les fertilise et retient l’eau. Mais pas seulement : "Selon les experts du climat, stocker ainsi 0,004 % de CO2 supplémentaire chaque année permettrait de stopper son accumulation dans l’atmosphère", rappelle Jérôme Poisson, régisseur du Château Giscours, dans le Médoc. L’opération
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