Rendons leur existence aux femmes d’Afghanistan
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Rendons leur existence aux femmes d’Afghanistan

Publié le 24 August 2026 à 03:30
Auteur : Le Temps

ÉDITORIAL. Après cinq ans sous le régime taliban, les Afghanes ont perdu jusqu’au droit de vivre. Pour dénoncer ce crime de genre d’une ampleur inédite et leur rendre un peu de cette existence qui leur est niée, «Le Temps» republie ce lundi l’un des six reportages du «Monde» à KaboulIl dénature l’amour. Etouffe la liberté. Vole des rêves. Brise des vies. Le patriarcat tue. Et comme il garantit des privilèges à la moitié de l’humanité, il n’est pas près de s’effondrer. C’est même le plus ancien système de domination de l’Histoire. Partout, il mine l’intégrité des femmes, leur droit fondamental à habiter pleinement le monde. Et à y agir pour ce qu’elles sont, à tous les effets: des sujets.De ces violations universelles, l’Afghanistan offre aujourd’hui une concentration inédite. Le machisme transforme les femmes en objets? Le régime taliban est allé un cran plus loin dans l’horreur: il les a anéanties. Car il est le seul gouvernement au monde à avoir traduit les formes les plus extrêmes du patriarcat en une politique d’Etat sciemment destinée à nuire aux femmes. Un système tel que l’ONU a lancé un processus pour faire élargir le crime d’apartheid à la notion de genre.
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Réinventer le langage
C’est qu’il faudrait le réinventer, le langage, pour saisir la barbarie du Code pénal afghan. La violence conjugale, extrêmement répandue? Légalisée. Pour qu’un mari soit puni de 15 jours de prison, l’épouse devrait se présenter devant le juge avec des os cassés et des plaies ouvertes, accompagnée… d’un homme de sa famille. Et elle ne peut pratiquement plus divorcer. Enfin, il n’y a officiellement plus besoin du consentement des fillettes de moins de 15 ans pour les marier.Des crimes sur les corps, sur les esprits aussi. L’Afghanistan est aujourd’hui le seul pays au monde qui interdit totalement l’école aux filles. Une mesure dont l’impact se fera sentir sur plusieurs générations, même si la quasi-totalité des 2,4 millions d’écolières recluses se réunissent chaque jour pour écouter Radio Begum, ce média qui cherche à les instruire chez elles.
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Du silence sépulcral, un cri
Isolées, menacées, humiliées, les Afghanes sont en train de mourir. Des violences conjugales, du manque de soins; aujourd’hui, l’Afghanistan détient un des pourcentages de mortalité maternelle les plus élevés d’Asie. Mais aussi de suicide, un des plus hauts taux au monde. De tout cela, aucun décompte gouvernemental. Comme si, avant de mourir, elles n’avaient jamais vraiment vécu.Cet anéantissement, la reporter Annick Cojean a tenté d’en rendre compte dans une série de reportages réalisés à Kaboul pour Le Monde. La barbarie qu’elle décrit est sidérante. Mais ce qui bouleverse par-dessus tout, c’est la bravoure des victimes. Du silence sépulcral qui les ensevelit peu à peu, elles nous lancent un cri: «Nous existons encore!» Ce message, Le Temps a voulu lui donner de l’ampleur. Abandonnées lors du retrait américain d’Afghanistan ordonné par Joe Biden en 2021, les Afghanes doivent être sorties de leur enfer, d’une manière ou d’une autre. Cela commence par le fait de ne pas oublier ce qu’elles sont: des sujets.
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