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"Commençons à riposter" : face aux nouvelles menaces russes, la Pologne se prépare aux pires scénarios
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"Commençons à riposter" : face aux nouvelles menaces russes, la Pologne se prépare aux pires scénarios

Publié le 23 September 2026 à 03:45
Auteur : Adam Hsakou

Le pas grave, il monte une à une les marches qui mènent à la tribune. Sourcils froncés, bras cramponnés au pupitre, le Premier ministre polonais, Donald Tusk, s'adresse solennellement à la nation depuis la Diète pour partager un constat implacable : "Les sirènes retentissent de plus en plus souvent près de notre frontière orientale. (...) Les attaques de drones, de missiles balistiques et d'autres types de projectiles sont actuellement menées à une fréquence sans précédent", lance-t-il dans une allocution aux accents martiaux.La Pologne sort de l'une des semaines les plus éprouvantes de son histoire récente. Dimanche 13 septembre, lors d'une attaque massive sur l'ouest de l'Ukraine, un drone russe frappe la locomotive du train Kiev-Varsovie, à deux kilomètres à peine du territoire polonais, et donc de l'Otan. Le lendemain, un autre drone russe est retrouvé sur une plage de la côte baltique, dans le nord du pays, avec quatre kilos d'explosifs à son bord. Trois jours plus tard, enfin, un engin à réaction explose à une poignée de kilomètres de la frontière orientale.Dans l’est du pays, de Lublin jusqu’à Rzeszow, les chasseurs décollent et fendent le ciel. Les images d'écoliers de la région, contraints de se réfugier dans des caves, des sous-sols ou les parkings souterrains des hypermarchés voisins, tournent en boucle sur les chaînes d'information. A Varsovie, des généraux viennent tirer la manche du vice-ministre de la Défense, Cezary Tomczyk, pour l'entraîner hors de l'hémicycle et l'informer en amont de la situation. "Des mois difficiles nous attendent", soufflera ce dernier quelques instants plus tard dans les couloirs de la Chambre.Exercices et messages d'alertePour faire face, le niveau d'alerte a donc encore été relevé. La journée de samedi en offre un bon résumé. Peu après 9 heures, l'état-major annonce que l'aviation militaire se déploie à titre préventif, en réaction à de nouvelles frappes russes sur le centre de l'Ukraine. Une routine s'installe : les jets polonais décollent désormais presque chaque jour. De 11 heures à 14 heures, le ministère de l'Intérieur et les sapeurs-pompiers organisent dans les régions frontalières des exercices pour apprendre à réagir aux alarmes et aux messages d'alerte. Début 2024, la voïvodie de Lublin comptait une trentaine de sirènes déclenchables à distance ; elles sont aujourd'hui près de 350 et devraient dépasser le millier d'ici à la fin de l'année. "Nous sommes sur la bonne voie, mais nous avons très, très peu de temps pour agir", a souligné samedi le patron de l'Intérieur, Marcin Kierwinski. Ses équipes planchent par ailleurs sur le déploiement de la technologie Cell Broadcast, qui permet de diffuser l'alerte à tous les téléphones présents dans une zone donnée, sans passer par les SMS. En parallèle, de nouveaux abris destinés aux gardes-frontières ont été installés près des points de passage avec l'Ukraine. Aujourd’hui, la Pologne recense plus de 85 000 bâtiments susceptibles de protéger la population, localisables via l’application "Où se cacher".Ce regain d'activité n’illustre qu’une partie de l'effort polonais. La Pologne consacre aujourd'hui près de 5 % de son PIB à sa défense, le ratio le plus élevé de l'Otan, et aligne plus de 200 000 militaires. Elle vise 300 000 d'ici 2035, de quoi s'imposer comme la première armée de terre d'Europe. D’ici là, Varsovie a déjà lancé son "Bouclier Est", un programme fortifiant les quelque 750 kilomètres de frontière avec l'enclave russe de Kaliningrad et la Biélorussie, fidèle alliée de Moscou. Environ 2,3 milliards d'euros, en partie financés par l'Union européenne, doivent permettre d'installer d'ici à 2028 abris, obstacles antichars, fossés, dépôts de matériel, nœuds logistiques et systèmes de détection, ainsi que des routes et des ponts renforcés.Fin janvier, le gouvernement a par ailleurs signé le contrat d'un système antidrones d'une ampleur inédite en Europe. Baptisé SAN, du nom d'une rivière du sud-est du pays, il a été commandé en urgence, après l'incursion de drones russes de septembre 2025. L’ensemble, constitué de radars, capteurs optiques, brouilleurs, canons et roquettes guidées répartis sur plus de 700 véhicules doit être livré en deux ans. SAN vient compléter, au plus près du sol, une protection antiaérienne à plusieurs étages, qui va des Patriot américains, capables d'intercepter des missiles balistiques, jusqu'aux missiles portables polonais Piorun. Le tout constitue le premier poste de dépense de l'armée polonaise.Renforcement des alliancesMais la menace évolue plus vite que les programmes. "Les Russes introduisent à grande échelle (...) des drones à réaction, qui se déplacent à une vitesse bien plus élevée et opèrent à haute altitude avant de piquer sur leur cible. (...) Rares sont ceux qui sont aujourd'hui préparés à les contrer efficacement", reconnaît Donald Tusk devant la Diète. "SAN sera-t-il une réponse suffisante face à une attaque massive de cibles rapides venues de plusieurs directions ? Nous ne l

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