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Quarante ans après son abandon, l'Italie prépare son retour à l'énergie nucléaire
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Quarante ans après son abandon, l'Italie prépare son retour à l'énergie nucléaire

Publié le 24 September 2026 à 11:08
Auteur : Enola Richet

Près de quarante ans après avoir tourné le dos à l'atome, traumatisée par la catastrophe de Tchernobyl, l'Italie prépare son retour au nucléaire. Portée par le gouvernement de Giorgia Meloni, une loi qui pose les bases juridiques d'un nouveau programme nucléaire a été définitivement adoptée par le Sénat, mercredi 23 septembre, par 81 voix contre 51 et sept abstentions. Le texte, déjà approuvé par la Chambre des députés, n'autorise encore la construction d'aucun réacteur. Mais il donne au gouvernement douze mois pour adopter les décrets précisant les procédures, les normes de sûreté, la gestion des déchets ou encore les critères de sélection des futurs sites.Avec ce retour du nucléaire, Rome veut surtout miser sur une nouvelle génération de technologies. Les petits réacteurs modulaires, nommés SMR, seront au cœur de cette stratégie, remplaçant les grandes centrales du passé. Le ministre de l'Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, espère ainsi voir les premiers réacteurs italiens entrer en service dès l'horizon 2035. "Le nucléaire n'est pas un retour vers le passé", a-t-il défendu après le vote, estimant que son association aux renouvelables pourrait renforcer la sécurité énergétique du pays. Rome veut assurer sa sécurité énergétiqueL'Italie avait en trois ans seulement fermé toutes ses centrales nucléaires, après un référendum organisé en 1987 dans la foulée de l'accident de Tchernobyl. Une tentative de relance du nucléaire avait déjà été faite en 2011, mais été rejetée par les électeurs après la catastrophe de Fukushima. Selon le ministre de l'environnement italien, cette fois sera la bonne : la rédaction de plusieurs textes d'application a d'ailleurs déjà commencé. Pour Giorgia Meloni, cette volte-face doit permettre à l'Italie de s'attaquer à trois défis : celui des objectifs climatiques, celui de la hausse attendue de la consommation électrique, et surtout celui de la vulnérabilité énergétique du pays, dans ce contexte de crise mondiale du secteur. L'industrie italienne est effectivement très dépendante du gaz importé, et subit certains des prix de l'énergie les plus élevés d'Europe, même si le pays importe déjà une quantité importante d'électricité nucléaire produite notamment en France.Comme ailleurs en Europe, la demande pourrait encore augmenter avec l'électrification des transports et des bâtiments, et le développement effréné des centres de données. Une partie du monde économique soutient donc le projet au nom de la compétitivité industrielle. "Je veux que l'Italie soit une grande puissance industrielle, et cela n'arrivera pas sans nucléaire", a par exemple déclaré avant le vote Carlo Calenda, ancien ministre de l'Industrie et actuel sénateur centriste.Une technologie encore incertaine à grande échelleLe retour de l'atome reste toutefois très hypothétique. L'Italie ne dispose toujours pas d'un site national qui lui permettrait de stocker en toute sécurité les déchets issus de son ancien programme nucléaire. Ils sont aujourd'hui répartis dans des installations temporaires. Les futurs projets pourraient bien, eux aussi, se heurter à de fortes oppositions locales. Les réacteurs modulaires SMR sur lesquels mise Rome, quant à eux, n'ont pas encore fait leurs preuves à grande échelle commerciale en Europe. Selon des estimations de l'industrie citées par l'agence de presse américaine AP, un seul réacteur de 300 mégawatts pourrait coûter entre 3 et 6 milliards d'euros, hors infrastructures et raccordement au réseau. Sans production en série à grande échelle, ces petits réacteurs auraient donc pour effet de perdre les économies d'échelle réalisées sur le kW par les grandes centrales de la génération précédente.Pour la gauche et les écologistes italiens, cette stratégie consistant à miser sur une technologie encore lointaine et immature permet surtout au gouvernement de détourner l'attention du développement plus immédiat du solaire et de l'éolien. Le sénateur Luigi Nave, du Mouvement 5 étoiles, estime ainsi dans les pages du Financial Times que les SMR pourraient ne pas être opérationnels "avant au moins deux décennies" — bien trop tard, selon leurs détracteurs, pour répondre à l'urgence énergétique actuelle.

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