Fermer le robinet du premier exportateur mondial de diesel au moment où le marché manque déjà cruellement de carburant : c'est l'option explosive envisagée par Donald Trump pour tenter de faire baisser les prix aux États-Unis. Mardi 22 septembre, lors d'une rencontre à New York avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président américain a affirmé avoir "plaidé en ce sens" auprès de ses équipes. "J'ai dit : 'Ne vendons pas notre diesel à l'étranger'. Nous produisons beaucoup de diesel", a-t-il déclaré, promettant une décision "rapidement". Dans un article publié dès le lendemain, le journal en ligne Politico, qui cite cinq personnes au fait des discussions, a affirmé que l'administration américaine travaillait à un projet d'interdiction des exportations de diesel pour 90 jours.La Maison-Blanche a immédiatement démenti, le secrétaire de l'Energie Chris Wright assurant que "personne" n'envisageait une interdiction totale et estimant qu'une telle mesure "ne fonctionne absolument pas". Mais le scénario n'est pas pour autant enterré. Les États-Unis exportent actuellement entre 1,4 et 1,6 million de barils de gazole par jour, selon les estimations du Washington Post, principalement vers l'Amérique latine et l'Europe. Et la Maison-Blanche cherche depuis des mois une réponse à la flambée spectaculaire des prix, à quelques semaines des élections de mi-mandat.Le gallon de diesel a atteint cette semaine une moyenne nationale record de 6,53 dollars (un gallon équivaut à 3,78 litres), soit environ 1,50 euro le litre. Une somme qui peut paraître dérisoire comparée aux 2,30 euros le litre actuellement observés en France, mais bien supérieure aux 3,50 dollars le gallon (soit environ 78 centimes le litre) observés aux Etats-Unis avant la guerre en Iran, déclenchée le 28 février par les Etats-Unis et Israël. L'objectif de Washington est donc simple : garder davantage de carburant sur le territoire pour faire baisser temporairement les prix.Conséquences catastrophiques aux pompes européennes et américaines Face aux inquiétudes immédiatement exprimées par des responsables de l'industrie pétrolière, Chris Wright a appelé mardi soir les dirigeants de plusieurs compagnies américaines pour leur faire savoir qu'il privilégiait une mesure moins radicale qu'une interdiction totale, rapporte le Wall Street Journal en citant des personnes proches de l'industrie. Le lendemain, lors de plusieurs prises de paroles, il a évoqué à plusieurs reprises des restrictions d'exportations "qui seraient plutôt faites de manière entièrement volontaires" par les différentes entreprises américaines.Mais pour bien des observateurs, quelle que soit la formule choisie par l'administration, elle pourrait surtout aggraver la pénurie que Donald Trump prétend combattre. Car les Etats-Unis ne manquent pas à proprement parler de diesel : leurs raffineries produisent en réalité bien plus de diesel qu'ils n'en consomment, et en exportent une large part. Si les prix flambent, c'est surtout parce que les Etats-Unis restent soumis à un marché mondial très tendu par les perturbations au Moyen-Orient et en Russie. Bloquer les exportations pourrait donc faire baisser les prix à court terme, mais de manière extrêmement temporaire. Car faute de débouchés, les raffineries finiraient par réduire leur production. Or diesel, essence et kérosène sont fabriqués dans les mêmes processus : produire moins de diesel réduirait aussi l'offre des autres carburants, avec le risque de faire repartir les prix de ces produits à la hausse.À l'étranger, le choc serait encore plus violent. L'Europe dépend davantage du diesel américain depuis que les importations saoudiennes ont chuté de 30 % depuis le début de la guerre au Moyen-Orient et que les flux venus des Émirats arabes unis, du Koweït et du Qatar ont eux aussi fortement diminué. La Russie a par ailleurs interrompu ses exportations après les frappes ukrainiennes contre ses raffineries. Les hausses attendues seraient alors très significatives, et certains pays européens pourraient avoir à puiser dans leurs réserves d'urgence, voire affronter des pénuries. La France serait particulièrement exposée : elle importe plus de la moitié du diesel qu'elle consomme.Levée de boucliers de l'industrie pétrolière américaine Pour éviter ce scénario, l'industrie pétrolière américaine s'est donc mobilisée avec une rare rapidité pour tuer le projet dans l'œuf, raconte le Wall Street Journal. Quelques heures après les déclarations de Donald Trump, Mike Sommers, patron de l'American Petroleum Institute (API), a averti qu'une restriction ne ferait qu'"aggraver le problème" et provoquerait des perturbations sur les marchés américains comme étrangers. Les patrons de Chevron, Phillips 66 ainsi que des responsables d'ExxonMobil et de Valero auraient aussi directement contacté leurs relais au sein de l'administration, selon les informations du WSJ. Plus de 30 organisations représentant les secteurs de l'énergie, de l'industrie et des entreprises ont e
Pour offrir la meilleure expérience, nous utilisons des technologies telles que les cookies afin de stocker et/ou d’accéder à des informations sur votre appareil. En consentant à ces technologies, vous nous permettez de traiter des données telles que votre comportement de navigation ou des identifiants uniques sur ce site. Ne pas consentir ou retirer son consentement peut affecter négativement certaines fonctionnalités et fonctions.