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Otan : ce que le sommet d'Ankara a changé pour l'Europe
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Otan : ce que le sommet d'Ankara a changé pour l'Europe

Publié le 10 July 2026 à 03:45
Auteur : L'Express

C’est un cadeau d’adieu peu conventionnel que les chefs d’Etat et de gouvernement ont eu la surprise de recevoir de leur hôte, le président turc Recep Tayyip Erdogan, à l’issue du sommet de l’Otan à Ankara : un revolver à barillet, gravé au nom du bénéficiaire et accompagné d’une boîte de balles réelles. Le message est double : il faut savoir se défendre dans un monde de brutes ; il est temps que les Européens apprennent à le faire. Et ils s’y attellent ! La nouveauté, c’est qu’ils s’y plient de moins en moins pour plaire à l’Amérique et de plus en plus parce qu’ils ont compris combien ils ont besoin de s’armer pour rester crédibles.L’européanisation de l’Otan, et donc l’émergence d’une défense européenne digne de ce nom, a progressé de plusieurs crans les 7 et 8 juillet à Ankara. Vladimir Poutine y est pour beaucoup. Si le président russe n’avait pas envahi l’Ukraine, s’il ne se disait pas en guerre contre l’Otan, s’il n’agressait pas les Européens par des moyens hybrides, ceux-ci ne se mobiliseraient pas avec autant de détermination. Mais Donald Trump y contribue au moins autant. Si le président américain ne redéployait pas de façon brouillonne ses moyens militaires hors d’Europe, s’il ne se comportait pas de manière brutale et humiliante envers ses homologues du Vieux Continent, ceux-ci ne seraient pas habités par un tel sentiment d’urgence."Sans Trump, on ne serait jamais parvenus à dépenser tout cet argent", reconnaissait un participant, sous le sceau de l’anonymat. Premier témoignage de la nouvelle donne : les contrats d’achat d’armements, annoncés au cours du sommet, totalisent le montant record de 50 milliards de dollars. Il s’agit de sous-marins, de drones, d’avions de transport... L’Otan a elle-même donné l’exemple : le secrétaire général de l’organisation, Mark Rutte, a confirmé l’entrée en négociation exclusive avec le constructeur aéronautique suédois Saab pour acquérir dix avions GlobalEye de détection radar et de commandement aéroporté, pour succéder aux vieux Awacs fabriqués par Boeing. Un Suédois va ainsi remplacer un Américain pour fournir l’un des systèmes les plus cruciaux de l’Otan ; le symbole est parlant.Deuxième témoignage de la confiance en eux, croissante, des Européens : la manière efficace dont ils parviennent à compenser le redéploiement militaire américain. Le mois dernier, le Pentagone annonçait, sans prévenir, une forte réduction des armements que les Etats-Unis promettent de mettre à disposition de l’Otan en cas d’agression russe. Les Américains veulent les réserver à l’Asie, en cas de coup dur face à la Chine, et l’Europe n’est plus une priorité pour l’administration Trump. La bonne nouvelle d’Ankara, c’est que les Européens ont déjà réussi à compenser les trois quarts des armements américains sur lesquels ils ne peuvent plus compter. En ce qui concerne les besoins maritimes, la France est en pointe. Elle a "couvert 80 % des besoins maritimes qui avaient été ouverts par le repositionnement américain", a affirmé Emmanuel Macron.Troisième issue concrète du sommet, l’aide à l’Ukraine. La résistance héroïque de Kiev force l’admiration et même Trump, qui n’a aucun atome crochu avec le président Volodymyr Zelensky, est contraint de le reconnaître. À Ankara, il lui a donné son feu vert pour produire en Ukraine, sous licence, des Patriot, des missiles antimissiles américains très efficaces. Ces engins sont essentiels pour aider les Ukrainiens à protéger leur population civile victime des assauts russes. La meilleure disposition du président américain à l’égard de Zelensky a cependant ses limites. L’aide financière de l’Otan à l’Ukraine continuera à rester exclusivement eurocanadienne. Quelque 70 milliards d’euros sont versés cette année pour aider Kiev à acheter des armes, et autant ont été promis pour l’an prochain dans la déclaration finale du sommet. Mais sur ce total, les Etats-Unis ne verseront pas un seul dollar. Et Washington continue à fermer la porte devant l’aspiration des Ukrainiens à rejoindre l’Otan.Un Trump à double faceTel Janus, ce dieu romain à deux visages, c’est un Trump à double face que les Européens ont rencontré à Ankara. Côté pile, devant les médias, le président américain était irascible, éruptif, méprisant avec ses alliés. Mais côté face, derrière les portes closes du gigantesque palais présidentiel d’Erdogan, il était "doux comme un agneau", a dit un diplomate. "C’était inattendu mais l’ambiance dans la salle était bien meilleure". Ce que Donald Trump a reconnu en prétendant, à sa manière hyperbolique, qu’il avait observé "beaucoup d’amour" à son égard de la part des participants.C’est chez lui une tactique de négociation : menacer, intimider et humilier font partie de sa manière d’exprimer ses exigences. Lorsqu’il est satisfait, il redevient aimable. "C’est comme un père de famille porté sur la boisson dont on ne sait jamais dans quel état il rentre à la maison", constate un participant au sommet. "Quand il est content, toute la famille se réjouit mais q

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