EDITORIAL. En rejetant la réouverture des négociations en vue d'une adhésion à l'UE, l'Islande ne ferme pas la porte à l'Europe mais veut préserver sa souveraineté totale et estime être déjà suffisamment intégrée à l'UE. Pour Bruxelles, le signal est mauvaisUn pays fracturé. Et un mauvais signal pour l'UE. Le non islandais à la reprise des négociations en vue d'une éventuelle adhésion a de quoi échauder Bruxelles. La Commission européenne lorgnait avec envie en direction de la nation islandaise, un des pays les plus riches d'Europe. Elle avait l'ambition d'un élargissement vers le Nord, alors que la région de l'Arctique est toujours plus convoitée par les grandes puissances, attirées par les ressources naturelles et l'ouverture de nouvelles routes maritimes. Pari perdu.
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Mais qu'on ne s'y méprenne pas: même si la tentation est grande, le non islandais ne doit pas être interprété comme un désaveu de l'Europe, voire un rejet de Bruxelles. D'abord, parce que l'Islande est déjà étroitement intégrée au marché unique et applique une part importante de la législation communautaire. Elle est membre de l'EEE, de l'AELE et de Schengen. L'envie d'Europe n'est pas à terre.Ensuite, parce qu'il faut aussi lire le résultat à la lumière de l'histoire du pays et de sa quête d'indépendance. Surtout, comprendre le poids de la pêche, qui n'est pas qu'un secteur économique crucial représentant 8% du PIB et près de 40% des exportations islandaises. Il est étroitement lié à l'identité nationale et à la souveraineté de l'Islande.La détermination à vouloir préserver les stocks de poissons a pesé lourd dans la campagne. Selon un récent sondage Gallup, 90% des entreprises islandaises liées au secteur de la pêche s’opposent à l’adhésion à l’UE. Ni la promesse du gouvernement de défendre le secteur bec et ongles en cas de poursuite des négociations ni celles de la commissaire européenne à l'élargissement de trouver des «solutions créatives» n'ont convaincu.
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Reste que pour l'UE, le résultat de ce vote consultatif représente un coup dur sur le plan du symbole. Ce non s'apparente à un revers pour sa dynamique d'élargissement, réanimée depuis l'invasion russe de l'Ukraine. Les neuf pays qui ont actuellement officiellement le statut de candidat (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, Moldavie, Monténégro, Macédoine du Nord, Serbie, Turquie et Ukraine) n'ont de loin pas le niveau de vie de l'Islande, qui aurait apporté une contribution nette au budget de l'UE.Le pouvoir d’attraction de l’UE auprès des pays riches est ainsi mis à mal, au moment où les bouleversements géopolitiques rebattent les cartes et où Donald Trump affiche ses ambitions territoriales. Bruxelles peut s'en inquiéter, à l’heure, d'ailleurs, où un autre pays riche, qui a refusé l’adhésion à l’EEE et ne vise pas celle de l’UE, s’apprête à se prononcer dans les urnes sur son rapport à l’Europe: la Suisse.
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