Les Espagnols sont de nouveau convoqués aux urnes, rattrapés par une crise politique et une colère sociale devenue difficile à contenir. Une dissolution du Parlement suivie d'élections législatives anticipées ont été annoncées ce lundi 5 octobre par le Premier ministre Pedro Sanchez. Le scrutin est prévu pour le 19 novembre. C’est le rejet au Parlement de plusieurs décrets clés de son gouvernement sur le logement, vendredi 2 octobre, qui a fait office de goutte d’eau de trop. Les jours précédents, de grandes manifestations contre la crise, réunissant des dizaines de milliers d’Espagnols, avaient fait monter la pression à travers tout le pays. "Nous devons renouveler le soutien de la population" en a conclu lors d’une allocution télévisée le dirigeant socialiste, reconnaissant avoir commis des erreurs et ne pas avoir tenu toutes ses promesses. Cette crise est en grande partie due à une profonde paralysie politique. Depuis sa reconduction au pouvoir en 2023, Pedro Sanchez gouverne grâce à une coalition particulièrement fragile, qui réunit à la fois la gauche radicale et des formations indépendantistes catalanes. C’est cette alliance qui lui avait permis de rester au pouvoir malgré l’absence de majorité, en négociant notamment le soutien des indépendantistes catalans en échange d’une très controversée loi d’amnistie pour ses dirigeants ayant participé à la tentative de sécession de 2017. Le Parlement paralysé depuis trois ans Mais depuis, les divisions entre ses alliés ont considérablement réduit la capacité du Premier ministre à gouverner. Avec un Parlement extrêmement fragmenté - aucun grand parti ne dispose de majorité, très peu de textes importants ont été adoptés ces trois dernières années. Plus lourd de conséquence encore, l’Espagne n’a pas voté de budget depuis 2023. Le rejet des derniers décrets sur le logement, essentiels car sensés résoudre une forte colère sociale, a brutalement matérialisé ce blocage parlementaire. À cette cristallisation autour de l’enjeu du logement s’ajoutent plusieurs affaires qui ont affaibli le dirigeant espagnol ces derniers mois. Des responsables importants de son parti, le PSOE, ont été visés par des accusations de corruption. La gestion de la crise migratoire à Ceuta fin juillet, lorsque 72 000 migrants ont franchi la frontière depuis le Maroc, a également nourri les critiques. L'extrême droite proche du pouvoir ?Le pari de ces élections anticipées est pour le moins risqué pour la gauche espagnole, qui l’aborde très affaiblie. Un sondage Sigma Dos, réalisé pour le quotidien espagnol El Mundo entre le 22 septembre et le 1er octobre, crédite le PSOE de 25,6 % des voix et de 103 députés, soit 18 sièges de moins que leur nombre actuel. Selon cette étude, le parti allié Sumar tomberait à neuf sièges et Podemos (qui fait désormais cavalier seul) à deux : au total, les formations de gauche ne réuniraient a priori pas plus de 114 élus. En face, la droite est annoncée largement gagnante : le Parti populaire (parti conservateur espagnol) obtiendrait 140 sièges et la formation d’extrême droite Vox 63. Soit 203 députés à eux deux, largement au-dessus des 176 nécessaires pour disposer de la majorité absolue. À noter que ces deux partis ont déjà gouverné ensemble dans plusieurs régions d’Espagne. Si les sondages ne peuvent en aucun cas prédire l’avenir, certains dessinent aujourd’hui la possibilité de voir basculer l’Espagne vers une coalition de la droite et de l’extrême droite, une première pour un gouvernement national depuis la transition démocratique d’après Franco.
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