[pfp_nav_auth]
Dominique Bussereau : "Face aux canicules, le vrai sujet n'est plus l'alerte, mais la capacité à agir vite"
L'EXPRESS Politique intérieur
Article complet

Dominique Bussereau : "Face aux canicules, le vrai sujet n'est plus l'alerte, mais la capacité à agir vite"

Publié le 10 July 2026 à 04:00
Auteur : L'Express

Ancien ministre de l'Agriculture et des Transports, président du conseil départemental de la Charente-Maritime jusqu'en 2021, Dominique Bussereau préside aujourd'hui le groupe de réflexion Equilibre des énergies. Alors qu’une grande partie de la France suffoque, aux prises avec la troisième canicule de l’année, il revient pour L’Express sur le manque de préparation de l'Etat face aux vagues de chaleur, le débat — souvent caricatural — autour de la climatisation et les chantiers d'adaptation qui attendent le pays, des infrastructures ferroviaires à la gestion de l'eau pour les cultures. Sa recette pour mieux adapter le pays aux fortes chaleurs ? Un zeste de technologie, de l'électricité décarbonée et surtout, du bon sens. L'Express : Nous subissons déjà la troisième canicule de l’année. Une série dramatique qui marquera aussi bien les corps que l’esprit des Français. Face à cette situation historique, certains pointent l'impréparation de l'Etat. Partagez-vous ce constat ?Dominique Bussereau : D’un point de vue historique, la vraie surprise, c’était 2003. À l'époque, le gouvernement était en pleine trêve estivale, les ministres étaient dispersés, et rien ne remontait du terrain — ni des maires, ni des directeurs d'hôpitaux, ni des médecins. Même en tant que parlementaire et élu local depuis des années, je n'avais aucun signal d'alerte. La violence de cette découverte a été réelle, même si l'épisode de 1976 avait déjà pris le gouvernement de l'époque au dépourvu.Aujourd’hui, personne ne peut plus plaider la surprise. Le vrai sujet n'est d’ailleurs plus l'alerte, mais la capacité à agir vite — et notamment à sortir d'un débat stérile sur la climatisation. Alors que notre électricité est de plus en plus décarbonée, relativement bon marché, et que nous en exportons beaucoup, nous accusons un retard évident dans le déploiement de cette technologie. Dans une grande partie du parc urbain parisien - les immeubles haussmanniens, par exemple - l'installation de climatiseurs est interdite par les copropriétés et les architectes des Bâtiments de France — pour des questions esthétiques, de cours intérieures ou de bruit. Par ailleurs, une forme de combat idéologique un peu dépassé persiste. On a vu des prises de position politiques assez caricaturales sur le sujet, y compris de la part de responsables qui, depuis, ont dû rétropédaler. Or tous ceux qui tiendront un discours hostile à la climatisation par principe n'auront plus le soutien de l'opinion publique. Les scènes de gens se précipitant dans les magasins pour acheter des climatiseurs le montrent bien. Le vrai enjeu, c'est d'avoir un discours cohérent : installer la climatisation là où elle est nécessaire, sans en faire un totem, dans un sens ou dans l'autre.En pleine canicule, la loi d'urgence agricole tente d’accélérer sur le développement des fameuses "bassines". Mais le texte crée de nombreuses réactions épidermiques. Comprenez-vous cette opposition ?Nous sommes, hélas, sur un sujet encore plus irrationnel que celui de la climatisation. Je le connais bien : mon département, la Charente-Maritime, compte de nombreuses réserves de substitution, et nous avons travaillé avec les Deux-Sèvres sur ces projets. Nous avons même créé un syndicat public de l'eau pour que les collectivités financent ces ouvrages et les revendent aux agriculteurs à prix coûtant — précisément pour éviter toute accusation de privatisation de l'eau.Avec l'état catastrophique des cultures cette année — les rendements de blé, de maïs ou de sorgho s'annoncent très mauvais —, il est évident qu'il faut poursuivre et amplifier cette politique de stockage de l'eau, et non y renoncer sous la pression, comme cela a pu arriver après des épisodes de tension très vive, comme à Sainte-Soline. Sur ce dossier, la légitimité était du côté des forces de l'ordre, pas de ceux qui cherchaient à détruire les ouvrages.Dans mon département, où un tiers de la surface est composé de marais utilisés pour l'irrigation depuis le XVIIIe siècle, le consensus local, en dehors de quelques militants, est largement favorable à ces retenues. Mais d’un point de vue national, la situation actuelle a quelque chose d’absurde : des pluies diluviennes et des inondations ont frappé le pays au printemps. Or on manque d’eau maintenant car on n'a pas su la stocker !N’oublions pas, derrière ces querelles sur les bassines, la question, vitale, de notre souveraineté alimentaire. Lorsqu’on refuse de développer certains élevages en France, on importe davantage, par exemple du Brésil. Face à cela, la réponse n'est pas de fermer nos frontières, sauf bien sûr pour les produits qui ne respectent pas les normes sanitaires, mais de produire davantage chez nous — ce qui suppose aussi de savoir stocker l'eau.En tant qu’ancien ministre des Transports, quel regard portez-vous sur la fragilité apparente des infrastructures ferroviaires en France ? Le rail est une technologie du XIXe siècle qui a traversé tous les types de climats, mais la chaleur extrême po

Ce sujet parle de : syndicatprivatisation
← Retour aux sujets

Points de vue opposés



Chargement des points de vue opposés...

Autres articles récents chez L'Express