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Dans les coulisses de la tribune "Zapper Bolloré" à Cannes : communication, coups de pression et divisions
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Dans les coulisses de la tribune "Zapper Bolloré" à Cannes : communication, coups de pression et divisions

Publié le 09 July 2026 à 15:00
Auteur : L'Express

La réponse était attendue depuis plusieurs jours ; elle s’est faite cinglante. Le 17 mai dernier, dans l’ambiance pesante d’un festival de Cannes plus politisé que jamais, Canal+ reçoit sur la Croisette une série d’invités très influents pour son traditionnel brunch des producteurs. Au micro, Maxime Saada, président du directoire du groupe, se dit "fatigué d’avoir à répéter que Canal+ soutient l’ensemble du cinéma et sa diversité". "Si certains en viennent à qualifier Canal+ de crypto-fasciste, alors je ne peux pas accepter de collaborer avec eux, la limite est là", poursuit-il, évoquant les signataires d’une tribune publiée quelques jours plus tôt par Libération.Le 11 mai, veille de l’ouverture du 79e festival de Cannes, ce texte paraphé par 600 professionnels du cinéma dénonçait "l’emprise de [Vincent] Bolloré sur le septième art". Rassemblés au sein d’un collectif baptisé "Zapper Bolloré", ses auteurs alertent alors sur "la stratégie d’expansion" de l’homme d’affaires dans l’industrie cinématographique - le groupe Bolloré étant le premier actionnaire du groupe Canal+, lui-même premier financeur du cinéma français, qui a acquis 34 % du capital d’UGC en 2025 et récemment fait savoir qu'il voulait en "prendre le contrôle" d'ici 2028. "Bolloré sera en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran", s’inquiètent ainsi les signataires, portés par de grands noms comme Juliette Binoche, Raymond Depardon ou Adèle Haenel. Qui dénoncent du même coup le risque "d’uniformisation des films" et une "prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif".Plusieurs camps distinctsLe mystère plane sur la genèse du texte - interrogée sur la question, une actrice signataire indique à L’Express que "des conversations avaient déjà lieu" sur le sujet "depuis le licenciement d’Olivier Nora [patron des éditions Grasset, NDLR], mi-avril". La tribune dans sa forme finale ne serait en revanche apparue qu’une semaine avant le festival de Cannes, partagée de professionnels en professionnels par mail ou boucles WhatsApp. Les signatures se récoltent vite ; après publication, le nombre de pétitionnaires jette un froid sur la Croisette. Une étrange ambiance s’empare alors du Palais des Festivals, où un silence de mort puis des huées sont entendus lorsque le logo de Canal+ apparaît à l'écran au début de certaines projections. "C’était déjà tendu, mais quand Maxime Saada a prononcé cette fameuse phrase, on a tous compris que l'effet allait être décuplé", raconte Marie Masmonteil, présidente du bureau long-métrage du Syndicat des producteurs indépendant (SPI). Les observateurs interrogés par L’Express témoignent de plusieurs camps distincts dans l’arène politique qu’est devenue en quelques jours le festival. "Ceux qui ont préféré ne pas se mouiller, ceux qui ont tenté d’apaiser les choses avec Canal, et ceux qui se sont indignés de la réaction de Saada, y voyant une confirmation inquiétante des craintes exposées dans la tribune", résume Nicolas Yassinki, délégué général du Syndicat de professionnels SPIAC-CGT. Dans les 24 heures qui suivent la déclaration de Canal+, plus de 600 nouvelles signatures sont enregistrées - leur nombre continue de monter depuis, rassemblant le 3 juillet plus de 4700 professionnels, syndicats et associations. Pour de nombreux pétitionnaires, il s'agit là d'un sursaut politique à l'aube de l'élection présidentielle 2027. "On sent que l’étau se resserre. Le milieu de la culture a son mot à dire pour ne pas subir la montée de l’extrême droite", fait valoir une signataire, membre de l’Association des Acteur.ices (ADA). D'autant que le bras de fer avec Canal+ risque de durer. Lors d'une assemblée générale du groupe, le 29 mai, Maxime Saada a affiné sa position, indiquant que les dossiers concernant de futurs projets seront "comme toujours étudiés au cas par cas en comité de cinéma", avec "une nouvelle dimension" néanmoins : celle de "la considération portée par les porteurs de projet vis-à-vis de Canal+". "Est-ce que ces personnes ont porté préjudice à Canal+ ou non ?", interroge-t-il.Timing mal choisiLe débat monte alors au sein de certaines organisations représentatives du secteur. Le 24 juin, la très influente Société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRF), qui regroupe plus de 500 adhérents, indique qu’elle ne paraphera pas le document - un vote auprès de ses membres l’ayant emporté pour le non à 140 voix contre 109. "Nous sommes solidaires des inquiétudes légitimes que la tribune soulève. Mais nous avons politiquement et stratégiquement plus de force et de puissance à s’opposer à ces risques par un travail de fond, plutôt que par une pétition qui a un mois et demi et dont le moment politique est passé", précise à L’Express Sylvain Desclous, réalisateur et co-président de la SRF.Des voix s'élèvent aussi au sein du SPI, qui choisit finalement de ne pas signer. "Nous trouvions que la tribune était inappropriée, notammen

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