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Ursula von der Leyen, un discours sur la grande désunion européenne
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Ursula von der Leyen, un discours sur la grande désunion européenne

Publié le 15 September 2026 à 05:30
Auteur : Luc de Barochez

Chaque année à la mi-septembre, Ursula von der Leyen, comme ses prédécesseurs depuis 2010, prononce un discours sur l’état de l’Union devant le Parlement européen. L’occasion est belle pour la présidente de la Commission de s’afficher seule à la barre aux yeux des 450 millions de citoyens des Etats membres. Cette année, il s’agit de confirmer le cap mis sur l’indépendance de l’Europe dans un monde de brutes. Le dessein est louable, qui vise à faire de l’UE une puissance géopolitique capable de protéger ses peuples des intentions malveillantes d’Etats hostiles. Hélas, l’ambition s’éloigne de plus en plus de la réalité. L’été qui s’achève a témoigné à profusion des difficultés de l’Union à s’unir pour imposer ses intérêts dans le monde.Ainsi du réarmement européen qui devrait, à l’heure des menaces du Kremlin contre l’Europe, être la priorité des priorités. Les Etats membres ont alloué au total 454 milliards d’euros à leur défense cette année, un bond de 75 % par rapport à 2022. C’est méritoire. Mais le chacun pour soi national, le mépris de toute planification commune, l’absence d’intégration des industries de défense, aboutissent d'un côté à une multiplication des doublons et de l'autre à la persistance de lacunes capacitaires, avertit la Cour des comptes de l’UE dans un rapport. Cela équivaut, à l’heure des difficultés budgétaires, à jeter une partie de l’argent par les fenêtres et à ruiner l’efficacité de l’effort financier consenti. Il y a urgence, pourtant, car la pression de Moscou s’intensifie. Si l’attentat au drone explosif russe, le 4 août à l’aéroport de Leipzig en Allemagne, n’a pas tourné au désastre, c’est uniquement à la chance qu’on le doit.Cacophonie à tous les étagesAutre exemple, l’immigration illégale. Ce trafic, aliment de la propagande europhobe, devrait être combattu sans faiblir. La crise de Ceuta, fin juillet, a montré au contraire l’impréparation des Européens, la cacophonie à tous les étages, la négligence du gouvernement espagnol dont le chef, le socialiste Pedro Sanchez, est parti en vacances comme si de rien n’était. Au bout du compte, plusieurs milliers de migrants errent encore dans l’enclave, alors que Madrid les disait tous repartis vers le Maroc. Le désordre est d’autant plus regrettable qu’il masque l’efficacité du tour de vis donné par l'Europe : les entrées illégales dans l’UE ont chuté de 35 % cette année ! Ceuta, ou comment transformer un succès politique en catastrophe.L’action économique et industrielle n’est pas plus cohérente. Le rachat en cours de la jeune pousse d’intelligence artificielle Hugging Face, créée par trois Français, par le géant américain Nvidia, illustre un travers déjà bien documenté par le rapport Draghi de 2024 : les talents formés dans les pays européens s’installent aux Etats-Unis pour développer leurs start-up, faute d’un marché des capitaux profond et unifié de ce côté-ci de l’Atlantique. Le résultat, fuite des cerveaux et retard technologique, est désastreux.Point commun à tous ces ratés : la fragmentation de l’Union aux mains de gouvernements qui misent trop souvent sur des réflexes nationaux faciles plutôt que sur l’effort de mise en commun. Cela permettrait pourtant aux Européens de redevenir influents sur la scène mondiale. Le cavalier seul est d’autant plus regrettable qu’il fournit du carburant aux forces populistes comme l’AfD allemande ou le RN français, dont l’essor aggrave à son tour les tendances centrifuges qui minent la solidarité européenne.L’attente des citoyens, pourtant, est là. Elle est même la plus élevée depuis trente-trois ans, selon le dernier sondage Eurobaromètre. Les trois quarts des Européens reconnaissent que leur pays bénéficie de son appartenance à l’UE ; les quatre cinquièmes souhaitent une défense commune plus articulée, allant jusqu’à une armée européenne. Le discours sur l’état de l’Union ne renforce pas à lui seul la cohésion entre Etats membres. Mais il expose sa réalité au grand jour, ce qui rend sa fragilité plus difficile à dissimuler.

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