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Six-Seven, le vide devient viral, par Christophe Donner
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Six-Seven, le vide devient viral, par Christophe Donner

Publié le 15 July 2026 à 04:15
Auteur : L'Express

Ça y est, ça recommence : "Un spectre hante l’Europe", mais ce n’est pas le communisme de Karl Marx, et ça n’est pas seulement l’Europe, mais le monde entier. L’affaire Six-Seven bat son plein. Roue de secours des chroniqueurs de juillet, terrassés par la chaleur, à commencer par votre serviteur accablé par La Chaleur, le film de Stéphane Demoustier, réalisateur de l’excellent Inconnu de la Grande arche, sorti l’année dernière.Il y a des producteurs qui savent prendre des risques : investir dans un film dont le héros, en l’occurrence Marouane (Hadrien Hussein), est un ado sans charme, plus mou que taciturne, plus bête que ses pieds, et surtout pas drôle du tout, ça n’est plus un pari risqué, c’est une partie de roulette russe avec un barillet intégralement chargé. Ils n’avaient pas besoin d’en rajouter en affublant leur anti-héros d’un sac-banane, ben si, et Marouane, cette banane, pendant toute la durée du film. Il faut dire que c’est l’arme du crime.Pas vraiment attiré par les filles du camping, Marouane ne l’est pas non plus par les garçons. Ce n’est pas pour cette raison qu’il bouscule Oscar (Noé Houssard), l’ado populaire du camping, un peu voyou mais piètre bagarreur : en essayant d’arracher le sac-banane de Marouane pour lui piquer ses préservatifs, le bel Oscar bascule dans le vide et se tue. Pas fute-fute, Marouane dissimule le corps sous le sable de la plage (il n’est pas au courant pour les marées ?) Après ce coup de malchance, Marouane continue de faire la même gueule, tête baissée, les mêmes réponses laconiques et renfrognements sibyllins. Que ce soit en compagnie de Giulia (Martina La Manna), sa petite amie putative avec laquelle il prend un inévitable râteau (c’est drôle ?), que ce soit avec ses parents (exaspérants de tolérance), que ce soit avec la police à la recherche de l’Oscar disparu. Heureusement, il y a Noé (Tristan Richard) qui exhibe son obésité assumée avec une grâce qui le rend fabuleusement plus sexy que Marouane son idole.Ce n’est pas qu’Hadrien Hussein soit mauvais acteur, il se relèvera de ce coup de Chaleur. Stéphane Demoustier aussi s’en remettra, s’il comprend que le succès de son film précédent, il le devait à tout ce qui manque dans celui-ci : une histoire crédible, un héros digne de ce nom, avec plus d’énergie et de chaleur humaine.Le vide de l’abrutissement numériqueJe ne saurais trop lui conseiller cette histoire vraie portée par un héros comme on les aime. Jemille Marrail Edwards, dit Skrilla, né en 1999, à Philadelphie (Pennsylvanie) est trafiquant de drogue à douze ans, rappeur professionnel à 19 ans, il intitule son premier single Green Snake. Six ans plus tard, en 2024, il compose Doot Doot (67), où il est question de flingue, de la Maison Margiela et de l’autoroute 67. La rapposphère se perd en conjectures sur la signification de ce Six-Seven, jusqu’à ce que, le 31 mars 2025, dans les tribunes d’un stade, un ado hystérisé par la victoire de son équipe, Maverick Trevillian, se plante devant la caméra, les coudes fléchis, les deux mains en supination se levant et s’abaissant alternativement en criant "Six Seven !". Rien de sexuel dans ce geste aussi dénué de sens que ces deux chiffres qu’il répète à l’envi. C’est le vide de l’abrutissement numérique, nommé aussi brainrot (pourriture cérébrale). La vidéo devient virale, elle compte aujourd’hui 1,6 million de vues sur YouTube, et 43 milliards sur TikTok. La maman de Maverick a monté son petit commerce de droits dérivés en ligne. Quatre mois après la publication de cette vidéo, en août 2025, Skrilla est victime d’une fusillade à la sortie de son studio d’enregistrement. Une balle l’atteint au cou, il s’en tire de justesse. Par miracle, disent certains. Ça tombe bien, Skrilla est un adepte pratiquant de la Santeria, une religion africo-cubaine. Le lien de cause à effet est inévitable, il va peut-être sauver la planète, puisque le pape l’a adopté. C’est qu’il en a vu d’autres, Léon XIV, avec la transsubstantiation, la virginité de Marie et le baiser aux lépreux. Le Six-Seven pourrait bien obliger nos chefs de guerres, au bord de la crise nucléaire, à arrêter les frais.

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