En menaçant d'annexer le Groenland en début d'année, Donald Trump a relancé la grande bataille de l'Arctique. A mi-chemin entre New York et Athènes, l'Islande et ses 400 000 habitants se retrouvent déboussolés, eux qui n'ont jamais eu d'armée et se reposent, depuis leur indépendance, sur la protection américaine. Conséquence directe : ce 29 août, ils doivent décider de reprendre, ou non, les négociations d'adhésion à l'Union européenne.Dans une note pour l'International Centre for Defence and Security (ICDS), un think tank géopolitique basé en Estonie, Steven Blockmans décrit ce scrutin comme "un petit référendum aux grandes conséquences pour l'Union européenne". Mouvements russes, influences chinoises, revirement américain, élargissement européen… Le directeur du programme de politique étrangère de l'ICDS raconte l'impact considérable qu'aura ce référendum islandais pour notre continent.L'Express : Ce 29 août, les Islandais vont se prononcer sur la reprise des négociations d'adhésion à l'Union européenne. Les sondages indiquent que le référendum sera serré. Quel est l'enjeu de ce scrutin pour l'UE ?Steven Blockmans : Ce référendum n'a été ni demandé ni organisé par l'Union européenne, mais il est évidemment suivi de très près à Bruxelles. Si le résultat est positif, ce sera une preuve de plus que l'UE constitue un projet d'intégration et que celui-ci continue d'attirer, et pas seulement les pays plus pauvres d'Europe de l'Est ou du Sud. L'Islande fait partie du top 5 mondial en matière de PIB par habitant et de critères démocratiques. Evidemment, si elle voulait rejoindre l'UE, l'Islande ferait briller son projet d'intégration. L'UE aurait alors l'occasion de négocier l'adhésion d'une île au milieu de l'Atlantique, ce qui étendrait considérablement son espace géographique. De plus, l'Islande est capitale pour la sécurité de l'Arctique et cette région joue un rôle majeur dans la relation de l'Europe avec les Etats-Unis.Ce serait aussi un coup de pouce au processus d'élargissement, qui a repris de plus belle depuis que l'Ukraine s'est portée candidate en 2022, avant d'être rejointe par la Moldavie. Les négociations ont aussi nettement avancé avec des pays des Balkans occidentales ces dernières années, en particulier le Monténégro et l'Albanie. Ces processus ont quitté les gros titres mais le côté administratif suit son cours. L'Islande et l'UE avaient déjà entamé des négociations d'adhésion il y a quinze ans, après la crise financière de 2008. Cette fois, la crise est davantage géopolitique : quel rôle ont joué les menaces de Donald Trump sur le Groenland dans la tenue de ce référendum ? Ces menaces sont la raison immédiate de ce référendum à Reykjavik. Donald Trump est parti sabre au clair sur le Groenland, ce qui a causé des tensions sans précédent avec le Danemark et le reste de l'Union européenne. Dans son discours à Davos, Trump a confondu quatre fois l'Islande avec le Groenland, ce qui a mis tout le monde sur les nerfs.L'Islande doit s'inquiéter de la sécurité en Arctique et observe avec anxiété les mouvements des sous-marins russes entre le Groenland, l'Islande et le Royaume-Uni. Elle voit aussi se développer près de ses eaux de nouvelles routes empruntées par des vaisseaux russes et chinois, qu'ils soient commerciaux ou militaires. Toutes ces préoccupations sont au cœur de la campagne du référendum.Quels sont les risques principaux qui pèsent sur l'Islande aujourd'hui ? En juin, j'ai participé à la première conférence de l'Histoire sur la sécurité de l'Islande et trois menaces sont clairement identifiées. La première concerne la sécurité dans l'Arctique, avec les adversaires communs à l'Otan que sont la Chine et la Russie. La deuxième menace, c'est le fait que l'Islande n'ait pas d'armée et dépende principalement des Etats-Unis pour se défendre, alors que la politique étrangère incohérente de Washington suscite un maximum de tensions. Dans ce contexte, les Islandais observent la guerre en Ukraine et constatent le manque de garanties données par les Américains à leurs partenaires européens. Le troisième sujet concerne la souveraineté technologique : quand vous vivez au milieu de l'Atlantique, vous dépendez des câbles sous-marins. Avec le développement de l'intelligence artificielle et son rôle dans l'économie, il y a un grand débat en ce moment en Islande sur le risque d'être mis hors circuit ou de devenir une colonie numérique des Etats-Unis.La ministre des Affaires étrangères a alerté sur le risque d'un "moment Brexit" pour l'Islande, avec une population coupée en deux et des campagnes de désinformation lancées depuis l'étranger. Avez-vous constaté des ingérences étrangères avant ce référendum ? Bien sûr, ces campagnes viennent de tous les côtés. La Première ministre a donné une réponse pleine de sang froid, en affirmant qu'il n'y avait pas besoin de faire davantage de propagande, que les Islandais étaient bien éduqués, que la désinformation existe naturellement sur les réseaux sociaux et qu'elle ét
Pour offrir la meilleure expérience, nous utilisons des technologies telles que les cookies afin de stocker et/ou d’accéder à des informations sur votre appareil. En consentant à ces technologies, vous nous permettez de traiter des données telles que votre comportement de navigation ou des identifiants uniques sur ce site. Ne pas consentir ou retirer son consentement peut affecter négativement certaines fonctionnalités et fonctions.