Après les éditions en Russie et au Qatar, on pensait enfin voir la Coupe du monde organisée dans un pays démocratique. Et pourtant, nous voilà dans l'Amérique de l'ère Trump. Dans la Coupe du monde de l'ère Trump. "Le plus grand événement humain, social et culturel de l'histoire de l'humanité", comme l'a modestement définie Gianni Infantino, le patron de la Fifa. Une Coupe du monde placée sous le signe de l'hyperbole. Il est vrai que les stades étaient pleins, mais les véritables amateurs de football étaient peu nombreux. Peu de gens ont pu se permettre le prix exorbitant des billets et le coût de la vie aux États-Unis. Ce fut avant tout une Coupe du monde pour les Américains. Eux aiment le spectacle, quel qu'il soit : baseball, football américain ou soccer, peu leur importe. Ils achètent le maillot de l'équipe qu'ils ont décidé de soutenir et, après avoir lu les règles du football – car celles-ci étaient expliquées sur les écrans géants avant chaque match –, il leur suffit d'avoir du bruit, de la musique, des lumières. Puis de la bière, des hot-dogs, des nachos et suffisamment d'interruptions pour mieux profiter du spectacle. Les vrais supporters, eux, ont détesté les pauses d'hydratation, surtout dans des stades couverts comme celui d'Atlanta, et les ont sifflées. Puis la Fifa a eu l'idée géniale de diffuser Country Roads, hymne de l'Amérique profonde. Les supporters américains couvraient alors les sifflets en chantant à pleins poumons. Polémique terminée. Des polémiques, il y en a pourtant eu beaucoup. La plus retentissante a sans doute été l'annulation du carton rouge infligé à Folarin Balogun avant le match contre la Belgique. Une décision prise par Trump – qui a reconnu ne même pas savoir ce qu'était un carton rouge – et habilement mise en œuvre par Infantino. La cathédrale d'AtlantaMais cette Coupe du monde a aussi été celle des grandes révélations, comme le Cap-Vert, capable de tenir tête à l'Espagne, puis à l'Argentine. Les deux finalistes. Chapeau ! Le stade d'Atlanta est impressionnant, majestueux, presque "cathédralique" – si ce mot existe –, car il ressemble réellement à une cathédrale du football, avec son toit circulaire vitré laissant apparaître les couleurs du ciel, et son immense façade de verre derrière l'un des virages. Tous les journalistes présents le considéraient comme le plus beau stade du Mondial. La pelouse avait été spécialement installée pour la compétition, le gazon venait du Colorado et la température intérieure était maintenue à 22 degrés. Un peu frais pour moi, mais idéal pour les joueurs. Le stade appartient aux propriétaires de Home Depot, la plus grande chaîne de magasins de bricolage des États-Unis. Ils ont tenu à imposer à la Fifa des prix très bas à l'intérieur du stade : 10 dollars la bière, 4 dollars le hot-dog. Même chez Taco Bell, on ne mange pas à ce prix-là. Les emplacements privilégiés dont je disposais pendant les matchs m'ont permis de voir défiler de grands et de petits joueurs. Et les plus grands ne sont pas toujours ceux auxquels on pense. Comme Vozinha, le légendaire gardien du Cap-Vert. Puis Harry Kane, un véritable géant, ou Messi, tout petit, avec un regard d'assassin. Six semaines passées aux États-Unis ne vous aident pas à aimer ce pays – surtout cette Amérique-là –, mais elles permettent de mieux le comprendre. Atlanta est la ville américaine par excellence. Je suis persuadé que Dallas, Houston ou Kansas City lui ressemblent beaucoup. Un centre-ville de gratte-ciel, un quartier d'affaires mêlé à des immeubles résidentiels, puis tout autour une immense banlieue de maisons en briques ou en bois, selon les revenus. On ne voyait presque personne dans les rues. Quelques sans-abri allongés sur les trottoirs en étaient les seuls habitants. Tous les autres circulaient en voiture entre le bureau, leur pavillon et les centres commerciaux pour faire leurs courses ou aller manger. Grâce à la technologie, on est même parvenu à se passer des chauffeurs et des livreurs. Les voitures se conduisent toutes seules et des robots à quatre roues assurent les livraisons. Signe des temps. Pourtant, ces voitures affichent des prénoms humains sur leur écran. Ainsi, ce sont Michael ou John qui vous apportent votre dîner. L'Amérique du rêve américain n'existe plusCe n'est pas seulement l'Amérique de Trump. C'est l'Amérique profonde, celle qui fait basculer les élections tout en restant au centre du pays. Une Amérique qui accueille autant qu'elle discrimine, qui offre un toit à chacun mais aucune véritable couverture santé. Celle qui ajoute toujours plus d'arômes aux hamburgers, de sel dans les sauces, de sucre dans les desserts. Puis des colorants et des conservateurs interdits chez nous. Ce n'est pas seulement l'Amérique de Trump, c'est l'Amérique de toujours. Celle qui ne change jamais. Celle d'une population restée étonnamment enfantine, où tout est spectacle, où tout est "huge", "great", "amazing". En revanche, l'Amérique du rêve américain, celle avec laquelle nous avons gr
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