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"Nous sommes à un point de bascule" : aux Etats-Unis, le débat sur l'avortement se radicalise
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"Nous sommes à un point de bascule" : aux Etats-Unis, le débat sur l'avortement se radicalise

Publié le 07 August 2026 à 16:27
Auteur : L'Express

Aux États-Unis, une victoire peut être nationale et ses conséquences livrées État par État. Depuis 2022, plusieurs États républicains ont presque entièrement supprimé l'accès à l'Interruption volontaire de grossesse (IVG). Cette année-là, la Cour suprême a renversé l'arrêt Roe. v. Wade, qui garantissait depuis 1973 un droit fédéral à l'avortement. Sa remplaçante, la décision Dobbs, a rendu la main aux cinquante États. Sur le papier, les conservateurs venaient d'obtenir leur plus grand succès depuis un demi-siècle. Sur le terrain, quatre ans plus tard, le nombre d'avortements reste pourtant supérieur à celui enregistré avant la chute de Roe. v. Wade.Entre les deux se trouve une pilule : la mifépristone, médicament anti-hormonal, utilisé pour l'IVG. Elle peut être prescrite à distance, puis envoyée par courrier depuis un État où l'avortement reste autorisé vers un autre qui l'interdit. Le Massachusetts, suivi par sept autres États, a donc adopté, après Dobbs, une "shield law", littéralement une loi-bouclier, qui protège les médecins contre certaines poursuites venues d'autres États. En décembre, près de 15 000 avortements par mois étaient ainsi pratiqués de cette manière. Mary Ruth Ziegler, professeure de droit et spécialiste de l'histoire de l'avortement aux États-Unis, n'y voit pas exactement une surprise. "Le mouvement anti-avortement était parfaitement conscient des risques posés par les pilules abortives et la télémédecine", explique-t-elle. Ce qu'il avait moins anticipé, poursuit-elle, c'était "à quel point les choses deviendraient compliquées juridiquement" et surtout "qu'il pourrait être impossible de poursuivre les personnes qui envoient ces pilules dans les États". Le fédéralisme et ses tracasLe problème tient justement aux cinquante petits morceaux de pays : certains États poursuivent, tandis que d'autres protègent les médecins qui continuent à pratiquer l'IVG. Cette impasse juridique déplace aujourd'hui une frontière beaucoup plus sensible : qui faut-il sanctionner ? "Historiquement, le mouvement s'est clairement concentré sur la punition des médecins", rappelle Mary Ruth Ziegler. D'abord parce que "très peu de gens, aux États-Unis ou ailleurs, soutenaient l'idée de punir les femmes pour un avortement". Ensuite, parce qu'une partie des militants considérerait les patientes comme "manipulées ou trompées" et estimerait donc qu'elles "ne méritaient tout simplement pas d'être punies". La formule avait un nom : "Love them both", ou "aimer les deux", la mère et l'enfant à naître. Seulement, ajoute Mary Ruth Ziegler, "ce n'est plus le consensus comme auparavant". Une nouvelle frange, qui se présente comme "abolitionniste", gagne du terrain. Le raisonnement de ses représentants part, lui, du résultat obtenu depuis Dobbs : "sanctionner les médecins n'a pas empêché les pilules de circuler". Tracy Weitz, professeure de sociologie à American University, explique que "l'incapacité de la décision Dobbs, à elle seule, à arrêter les avortements dans les États qui ont criminalisé leur pratique a contribué à une radicalisation supplémentaire". D'où une conclusion plus drastique : "Pour les pro-vie, restreindre les médecins ne suffit pas et les femmes elles-mêmes doivent devenir les cibles de sanctions légales si le but est d'éliminer l'avortement."Des marges aux microsLa plupart de ces idées n'ont rien de neuf. Leur poids dans le débat, en revanche, gagne du terrain : "Ces idées existent depuis longtemps dans le mouvement anti-avortement, particulièrement la personnalité juridique du fœtus", souligne Tracy Weitz. Mais pendant des années, "les responsables républicains traditionnels ont largement marginalisé ces positions plus extrêmes" au profit d'objectifs "politiquement réalisables et utiles". Une restriction après l'autre permettait de satisfaire l'électorat conservateur sans forcément aller jusqu'au bout du raisonnement. Depuis Dobbs, poursuit-elle, "beaucoup de ces forces politiques modératrices se sont affaiblies". Résultat : "Des idées autrefois associées aux franges idéologiques du mouvement ont gagné en visibilité et en légitimité politique."Les textes commencent à le montrer. En 2024, dix propositions de loi dites d'"égale protection", visant à donner au fœtus les mêmes protections constitutionnelles qu'à une personne, ont été introduites dans huit États avec le soutien de 58 élus. En 2026, seize textes similaires ont été déposés dans treize Etats, soutenus par 130 parlementaires. En Caroline du Sud, par exemple, le sénateur républicain Richard Cash propose jusqu'à deux ans de prison pour les femmes ayant avorté. Il préférerait assimiler l'acte à un homicide mais reconnaît que cette option reste politiquement irréaliste. La politique américaine conserve donc encore quelques limites ; elles ne sont simplement plus toujours placées au même endroit. Du droit civil au texte sacréPour Mary Ruth Ziegler, le changement est aussi religieux. Dans les années 1990 ou encore autour de 2015, explique-t-elle, le mouvem

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