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Présidentielle 1988 : la table de François Mitterrand qui fit vaciller Jacques Chirac
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Présidentielle 1988 : la table de François Mitterrand qui fit vaciller Jacques Chirac

Publié le 13 July 2026 à 14:00
Auteur : L'Express

Il y a la grande histoire, celle qu’a écrite la Ve République. Et il y a les petites histoires, ces secrets qui n’ont l’air de rien mais qui contribuent souvent de manière décisive aux résultats finaux. L’Express a choisi de raconter, en ce dernier été avant la grande bataille de 2027, ces épisodes méconnus des campagnes passées, de cette table qui ne se retrouve pas par hasard au débat de l’entre-deux-tours entre François Mitterrand et Jacques Chirac en 1988 jusqu’au placard qu’ouvre fortuitement François Hollande pour y faire une drôle de découverte sur Emmanuel Macron...Ce sont des détails que personne ne voit. La petite histoire rapporte que les pieds des chaises de la délégation américaine, lors des négociations d’armistice de la guerre de Corée à Panmunjom en 1953, furent discrètement sciés, afin de rabaisser les interlocuteurs venus de Washington. A Pékin, en mai dernier, le fauteuil dans lequel est installé Donald Trump parait beaucoup plus bas que celui de Xi Ping, obligeant le président des Etats-Unis à lever les yeux vers le dirigeant chinois.Des détails, vraiment ? C’est une table qui a joué un grand rôle entre 1986 et 1988. Dans le salon Murat du palais de l’Elysée, un homme se retrouve, pour la première fois depuis le début de la Ve République, face à près de quarante ministres qui lui sont hostiles et ont, pour beaucoup, été généreux en horreurs proférées sur son compte. François Mitterrand, avec Edouard Balladur sur sa droite et André Giraud sur sa gauche, est assis face à Jacques Chirac, bienvenue en cohabitation. Au premier jour, il a même refusé de faire le tour de cette fameuse table et de serrer la main de chacun.Ce conseil des ministres – il y en aura 102 - sera souvent l’occasion d’affrontements larvés sur des projets de loi ou des nominations dans l’appareil d’Etat et la chère table entendra les "réserves", "désaccords" et autres "mises en garde" du président sur l’action du gouvernement. L’atmosphère, d’abord glaciale, finira par se détendre. Le mercredi après que Michel Noir, ministre du Commerce extérieur, se fut plaint dans les médias de n’avoir jamais été présenté au président, celui-ci se dirigera vers lui en lui tendant la main : "François Mitterrand." Une autre fois, le chef de l’Etat s’assoit par erreur à la place du ministre de la Défense. "Monsieur le président, vous avez pris mon fauteuil et comme je n’ai pas envie de prendre le vôtre…", avance André Giraud. "Vous êtes bien le seul !", répond le Charentais.Rapport de force psychologiqueL’élection de 1988 clôt cette période inédite avec un affrontement dans les urnes longtemps inconcevable : le président face au Premier ministre. Le jeudi 28 avril, devant quelque 30 millions de téléspectateurs, se déroule le débat de l’entre-deux-tours. Et l’ombre de la table plane dans le studio de la Maison de la Radio, à Paris. Celle qui a été fabriquée pour l’occasion met à une même distance que le mercredi, François Mitterrand et Jacques Chirac. L’idée – Serge Moati le raconte dans le documentaire Face à face pour l’Elysée - a été soufflée par les hommes du président, avec une arrière-pensée évidente : recréer un rapport de force psychologique, rétablir une hiérarchie entre le numéro 1 et celui qui est, qu’il le veuille ou pas, le numéro 2. Tout est calculé et il ne restera plus qu’à le dire, à la trentième minute d’une confrontation de plus de deux heures, dans un échange dont la réplique finale a été imaginée à l’avance.Mitterrand : "Moi je continue à vous appeler 'Monsieur le Premier ministre' puisque c’est comme cela que je vous ai appelé pendant deux ans et que vous l’êtes. Eh bien, en tant que Premier ministre, j’ai remarqué que vous aviez de très réelles qualités mais pas celles de l’impartialité et de la justice dans la conduite de l’Etat."Chirac : "Permettez-moi juste de vous dire que ce soir, je ne suis pas le Premier ministre et vous n’êtes pas le président de la République, nous sommes deux candidats à égalité et qui se soumettent au jugement des Français, le seul qui compte. Vous me permettrez donc de vous appeler 'Monsieur Mitterrand'."Mitterrand : "Mais vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier ministre."L’incroyable théâtralité de la scène inspirera deux comédiens, Jacques Weber et François Morel, qui plus tard joueront sur scène le débat. Le 8 mai 1988, Jacques Chirac ne réussit pas à renverser la table : François Mitterrand l’emporte facilement, avec 54,02 % des voix.>> Découvrez l'épisode 2 de notre série d'été le lundi 20 juillet

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