"Je tiens à le répéter : la Russie n’a aucune intention agressive envers l’Europe ou les pays européens." Le 18 septembre, Vladimir Poutine a joué l'ingénu devant les caméras, assurant ne pas comprendre pour quelles raisons les Européens multipliaient les exercices militaires ces derniers mois. La réponse se lit pourtant à la une des journaux depuis des semaines : des drones russes se perdent dans les pays baltes ou en Roumanie, Moscou orchestre un attentat (heureusement raté) à l'aéroport de Leipzig en août et élabore des manœuvres de désinformation en pagaille… La Russie mène déjà sa guerre sur notre territoire depuis 2022, visant en priorité les principaux soutiens de l'Ukraine. Ce même 18 septembre, Emmanuel Macron a détaillé la menace devant les chefs de partis français alors que, la veille, le Premier ministre polonais Donald Tusk avait signé un discours alarmant sur la possibilité de bombardements russes contre le flanc Est de l'Otan. Les gouvernements européens accélèrent leurs préparatifs dans l'éventualité d'une escalade avec la Russie. Par leur communication mais aussi avec des projets concrets, les autorités tentent de préparer leurs populations civiles à la guerre, après plus de 80 ans de paix en Europe. Lituanie : une capitale prête à évacuerA seulement 30 kilomètres de la frontière biélorusse, Vilnius et ses 580 000 habitants seraient en première ligne si la Russie décidait d'attaquer l'Europe. La Lituanie vient de finaliser le plan d'évacuation de sa capitale, qui prévoit trois routes principales pour quitter Vilnius en urgence. Deux mènent vers le Nord mais la plus importante conduit vers la Pologne, en passant par le corridor de Suwalki (qui relie la Biélorussie à l'enclave russe de Kaliningrad), ce qui fait de la sécurisation de ce point de passage une priorité pour les Lituaniens. Pologne : des civils formés à la survieSi Donald Tusk sonne l'alerte en ce mois de septembre 2026, son ministère de la Défense propose depuis l'année dernière des journées de formation dans des bases militaires, ouvertes à tous les civils dès l'âge de 12 ans. Au programme : gestes de premiers secours, réactions à avoir en cas de coupure de courant ou d'attaque de drones, cybersécurité et même… survie en forêt. L'affluence à ces formations a bondi depuis mars dernier et la mise en place de sirènes d'alerte sur la quasi-totalité du territoire polonais.Allemagne : les hôpitaux sur le pied de guerreEn cas de guerre entre la Russie et l'Otan, les autorités allemandes se préparent, en raison de leur situation géographique, à devenir un centre logistique essentiel pour les troupes et le matériel de l'alliance Atlantique. Dans ce cadre, l'Allemagne évalue ses infrastructures médicales pour déterminer si elles sont aptes à accueillir un grand nombre de blessés : d'après l'armée, en cas de conflit majeur, jusqu'à 1 000 soldats pourraient arriver chaque jour dans les hôpitaux allemands. Un projet développe aussi l'apprentissage de la médecine de guerre auprès des soignants. Suède : préparer les esprits au pireDès 2024, les autorités suédoises ont mis à jour et envoyé à leurs 11 millions de citoyens une brochure très symbolique : intitulée "En cas de crise ou de guerre", elle détaille à chacun l'attitude à adopter dans les pires scénarios. Préparé par l'armée depuis 1943, ce livret de 31 pages indique comment se comporter dans des abris antiaériens, comment réagir aux différentes sirènes ou encore les objets à emporter en priorité. Avec un message fort : "Si elle est attaquée, la Suède n'abandonnera jamais. Toute autre communication sera fausse."Dans un autre registre, l'Etat suédois planifie aussi des funérailles de masse et a prévenu l’Eglise luthérienne évangélique qu'elle devait disposer de suffisamment de terrains pour y inhumer jusqu’à 5 % de la population, soit 500 000 personnes. L'objectif : ne pas être pris de court en cas de conflit mais aussi assurer aux soldats comme aux civils que chaque mort sera traité avec dignité, même dans l'urgence. Suisse : une nouvelle stratégie de sécurité nationaleLe 18 septembre, alors que les dirigeants européens multipliaient les alertes sur la Russie, le Conseil fédéral suisse adoptait sa stratégie en matière de sécurité 2026, avec une nouvelle priorité : "la population, les institutions et les infrastructures critiques doivent être mieux protégées contre les menaces et les dangers, et les attaques doivent être écartées plus efficacement". Ces grands axes se traduisent par dix objectifs et 46 mesures concrètes, dont une communication accrue sur les plans d'urgence et la préparation individuelle des citoyens à un conflit. Les systèmes d'alerte vont aussi être améliorés, notamment avec l'application Alertswiss et l'introduction de la diffusion cellulaire, qui permet d'envoyer des messages à tous les téléphones portables.
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