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Marie-Pierre Rey : "Poutine renoue avec le rêve impérial et l'imaginaire stratégique de Catherine II"
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Marie-Pierre Rey : "Poutine renoue avec le rêve impérial et l'imaginaire stratégique de Catherine II"

Publié le 14 July 2026 à 15:00
Auteur : L'Express

Ni russe, ni Romanov, Catherine II a régné de 1762 à 1796. En trente-quatre années, elle augmentera le territoire de la Russie de 500 000 km2, presque la surface de la France, en s'emparant notamment de la Crimée et d'une partie de l'Ukraine actuelle. Ouverte aux idées des Lumières, elle poursuivit l'européanisation de son pays lancée par Pierre le Grand, tout en renforçant son pouvoir absolu. Professeur émérite à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, Marie-Pierre Rey a publié La Russie face à l’Europe : d’Ivan le Terrible à Vladimir Poutine (Flammarion). Pour la série du podcast de L'Express Les temps sauvages sur les grands stratèges de l'Histoire, elle décrypte la place de l'Europe dans l'interrogation identitaire russe sous Catherine II. Un épisode à écouter en podcast sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Castbox, Podcast Addict ou en cliquant sur le player en tête de l'article.L’Express : Quelle est l’image de Catherine II dans la Russie actuelle ?Marie-Pierre Rey : Elle est extrêmement positive. Non pas, évidemment, parce que Vladimir Poutine admirerait chez Catherine son ouverture à l’Europe ou sa fascination pour les Lumières, mais parce qu’elle est la souveraine qui a considérablement agrandi l’Empire russe. C’est elle qui annexe la Crimée en 1783, qui fonde des villes devenues stratégiques et qui étend le territoire russe aux dépens de l’Empire ottoman, en s’emparant également d’une partie de l’Ukraine actuelle. C’est avant tout pour cette dimension territoriale et impériale que le pouvoir russe actuel se réfère à son règne.Vladimir Poutine ne se voit-il pas davantage comme l’héritier de Nicolas Ier, assumant l’autocratie et rejetant l’Europe ?Nicolas Ier constitue une référence importante pour lui ; on sait d’ailleurs qu’il conserve un portrait du tsar dans son bureau du Kremlin. Il y voit la figure du souverain tout-puissant, le défenseur de l’autocratie et un dirigeant profondément méfiant à l’égard de l’Europe.Retrouvez ici l'épisode 1 de cette série > Ce que Churchill aurait pensé de Trump, de Poutine et du BrexitL'épisode 2 est disponible ici > Ce que De Gaulle aurait pensé du monde en 2026Le règne de Nicolas Ier est marqué par un climat de fermeture aux étrangers, de xénophobie et de durcissement intellectuel face à l’Occident. Il y a là une filiation évidente. Cela étant, cette référence est ambiguë, car Nicolas Ier n’a pas toujours été victorieux dans ses entreprises militaires : la guerre de Crimée, notamment, fut un échec.Peut-on considérer que les tensions actuelles entre la Russie et l’Europe trouvent certaines de leurs racines dans les équilibres établis au XVIIIe siècle ?Oui, incontestablement. Dans l’inconscient collectif russe, la crise actuelle et la tragédie ukrainienne trouvent une partie de leur légitimité dans le récit historique élaboré à cette époque. Mais il faut immédiatement ajouter que, du point de vue ukrainien, il s’agit précisément d’un mythe. L’identité nationale ukrainienne s’est largement construite contre ce récit impérial russe. Nous sommes donc en présence d’une mémoire profondément conflictuelle, fondée sur des mythes historiques réactivés aujourd’hui par le pouvoir russe.A partir de quand la question des relations à établir avec l’Europe occidentale est-elle devenue centrale dans l’interrogation identitaire russe ?Cette question apparaît très tôt, dès le règne de Pierre le Grand. C’est lui qui engage les premières réformes destinées à moderniser la Russie grâce à un contact plus étroit avec l’Europe et à une forme d’occidentalisation.Dès son vivant, une petite partie des élites se montre hostile à cette ouverture, y compris son propre fils, le tsarevitch Alexeï. Pierre le Grand le fait d’ailleurs condamner à mort, craignant qu’il ne remette en cause ses réformes s’il montait sur le trône. Par la suite, le débat réapparaît avec force, à la fin du XVIIIe siècle puis dans le premier tiers du XIXe siècle. Deux grands courants de pensée se structurent alors.Les occidentalistes comme Alexandre Herzen estiment que la Russie doit regarder vers l’Europe pour progresser et se moderniser. Selon eux, elle doit se rapprocher des valeurs qui émergent alors en Europe occidentale : l’Etat de droit, le respect des libertés, l’idée de progrès.A l’inverse, les slavophiles dont Iouri Samarine et Constantin Aksakov considèrent que la Russie n’a pas à rechercher de modèle extérieur. Elle est une civilisation spécifique, à la fois européenne et autre chose qu’européenne. C’est là qu’apparaît la thématique de l’exceptionnalité russe, dont Vladimir Poutine se fait aujourd’hui l’écho. Plusieurs des idéologues qui l’entourent peuvent être qualifiés de néoslavophiles : ils reprennent cette idée selon laquelle la Russie n’aurait pas à se conformer à des valeurs prétendument universelles qui, selon eux, ne lui correspondent pas. C’est le cas d’Alexandre Douguine qui se fait aussi le chantre du néo-eurasisme. Quel rôle l’Ukraine a-t-elle joué dans l’européanisation de la Russie ?Un

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