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Le détroit Ormuz est devenu la "carte survie" de l'Iran, par Paul Tourret
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Le détroit Ormuz est devenu la "carte survie" de l'Iran, par Paul Tourret

Publié le 16 July 2026 à 10:30
Auteur : L'Express

On pouvait s'attendre à ce qu’un affrontement armé avec Téhéran se transforme en crise majeure avec des conséquences importantes sur le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. La situation est d’autant plus catastrophique que les protagonistes, Donald Trump et les Gardiens de la révolution, s’acharnent à jouer des partitions désespérantes pour le reste du monde.On avait connu la guerre des pétroliers durant le conflit Iran – Irak, les agressions de navires en transit durant les périodes les plus tendues entre Washington et Téhéran, mais une fermeture du détroit d’Ormuz par les Iraniens nous semblait relever de l’impossible. Que les moyens militaires iraniens puissent mener une guérilla sur la flotte marchande en transit était dans l'ordre des possibles, mais les analystes en faisaient une lecture rationnelle : la force navale américaine assurerait le libre passage, croyait-on, et les monarchies du golfe refuseraient de voir leurs économies entraver par l’Iran. Le déroulement des événements est souvent contraire à ce que nous anticipons, car notre perception repose sur des a priori que nous jugeons logiques. Donald Trump a fait confiance au blitz promis par les Israéliens pour faire tomber le régime des Mollahs. Ce n’est pas ce qui s'est produit. Comme dans le cas du conflit en Ukraine, les moyens légers de destruction iraniens ont mis à distance la très puissante US Navy… Débarrassés de la menace d’une présence américaine directe dans le détroit, les Iraniens ont pu tranquillement nouer le nœud d’Ormuz, mener la guerre à des navires de commerce neutres. C’est devenu la "carte survie" du régime et plus problématiquement l’outil de puissance des Gardiens de la révolution. Provoquer une crise économique mondiale et par là même éloigner Washington du conflit et de la stratégie belliciste d’Israël. Tel est le pari des Iraniens. Pari à moitié gagné.Car, à ce jour, sur le front de l'économie, il a été contrecarré dans un effort collectif. Une baisse généralisée de la demande notamment en Europe, l’utilisation des stocks avec un choix salvateur de la Chine, l’usage des oléoducs alternatifs saoudien et émirat vers la mer Rouge et le golfe d’Oman. Et puis il faut également souligner une abondance de pétrole (y compris russe) et de gaz disponibles à l’échelle du monde. On découvre ainsi une dépendance moindre à l’égard du détroit d’Ormuz malgré son importance stratégique considérable. Reste que la résilience collective à la crise du golfe Persique ne vaut que si la crise est relativement courte de quelques mois. Les Américains ont adopté la bonne option en avril dernier avec le contre blocus maritime, forçant ainsi Téhéran à signer le protocole d’accord du 17 juin, lequel devait permettre de discuter du dossier nucléaire, des avoirs iraniens et rétablir les transits maritimes totalement libres jusqu’au 28 février. D’un Iran qui utilise Ormuz pour faire pression sur les Américains via l’économie mondiale, nous sommes néanmoins passés à une question de gardes-barrières pour les Gardiens de la révolution.Pour sortir de l’impasse, peut-être pourrait-on imaginer un petit "service" de sécurisation qui serait à payer aux autorités iraniennes et omanaises pour les navires traversant Ormuz ? Avec un peu d’imagination dans le cadre d’un statut légal de l’Organisation maritime internationale, ce "péage" serait applicable aussi à Malacca, Gibraltar, Calais… Un tel système existe pour les détroits turcs, il est vrai particulièrement dangereux. Après tout, les Etats côtiers ont des frais de surveillance maritime que les recettes du commerce maritime ne compensent pas.Dans l’immédiat, les Iraniens et probablement surtout les Gardiens de la révolution ont érigé le détroit international en "canal d’Ormuz", sous leur seule autorité, contrôle et rétributions. De ce fait, les Etats-Unis se retrouvent pris dans un piège politique "inimaginé" à défaut d’être imprévisible. L’opération Enduring Freedom annoncée pour sécuriser militairement le libre passage n’a duré que 24 heures. Aujourd'hui, Donald Trump parle d’une sécurisation qui pourrait n’être qu’une nouvelle forfanterie. Bombarder l’Iran est plus utile dans une lecture militaire, mais éloigne le retour à la normale. Le contre blocus est une bonne idée mais qui maintient en miroir le blocus.Quid des acteurs maritimes ? Ceux qui ne sont pas liés à des Etats entretenant des relations à l’Iran ne veulent pas passer par la route imposée sur la rive iranienne, ils naviguent avec ou sans signalisation satellite le long des côtes d’Oman. Le risque est alors total puisque les Iraniens n’hésitent pas à tirer. Fermeture par les déclarations ou fermetures par des tirs… Tel est le cocktail d’Ormuz : l’Iran ne peut lâcher Ormuz qu'elle a érigé en arme de destruction massive économique ; les Etats-Unis sont obligés de réparer ce qu’ils ont cassé ; les monarchies du golfe se refusent à payer quoi que ce soit aux Iraniens ; les Européens se présentent en possible (et inutile) Casques bleus de la mer

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