
La bascule démographique de l’Union européenne est programmée pour 2029. Cette année-là, la population du Vieux Continent va commencer à décroître inexorablement. Ce sera la première fois depuis la préhistoire, hors épidémie ou guerre. Dans un rapport consacré à ce bouleversement publié ce mardi 14 juillet, la Commission européenne estime vain de vouloir renverser la tendance mais nécessaire, en revanche, d’adapter les politiques publiques à l’impact considérable que la nouvelle réalité aura sur le potentiel de croissance économique mais aussi sur le marché du travail, la santé, le logement ou encore les finances publiques des Etats membres.Aujourd’hui de 450,6 millions - presque 100 millions de plus qu’en 1960 - la population des Vingt-Sept va atteindre son pic historique à 453 millions dans trois ans. Elle entamera alors une lente décrue pour revenir à 445 millions en 2050 puis passer sous la barre des 400 millions à l’horizon 2100, indique le document intitulé "La transformation démographique de l’UE".La diminution s’accompagne de changements structurels qui remodèlent l’Europe en profondeur. La part des plus de 65 ans va plus que doubler : d’un Européen sur cinq aujourd’hui, elle sera d’un sur trois à la fin du siècle. L’âge médian va passer de 44,9 ans en 2025 à 51,5 ans en 2100. L’espérance de vie à la naissance va s’allonger à plus de 90 ans pour les femmes et au moins 86 ans pour les hommes à la fin du siècle, contre respectivement 84,1 ans et 78,9 ans aujourd’hui. Le nombre de bébés va rester faible à long terme car le taux de fécondité va rester largement en dessous du niveau nécessaire au renouvellement des générations, qui est de 2,1 enfants par femme en âge de procréer. Il est aujourd’hui, en moyenne, de 1,34 enfant par femme dans l’UE.Inventé par les Européens, l’Etat-providence a été conçu pour une population relativement jeune et croissant régulièrement. Il repose sur des transferts de richesses de la population active au bénéfice des retraités, des enfants et des sans-emploi. La révolution démographique intensifie dès maintenant les tensions intergénérationnelles, prévient le rapport : les systèmes de retraite sont soumis à rude épreuve, la demande de soins aux personnages âgés augmente, le logement devient moins accessible pour les jeunes générations. Celles-ci vont se heurter à des obstacles inédits pour l’entrée sur le marché du travail et la fondation d’une famille. La charge fiscale va peser de plus en plus lourdement sur les populations en emploi, surtout dans les Etats membres qui privilégient la taxation du travail.Favoriser l'immigration, une piste illusoireLes projections de l’office statistique européen Eurostat prévoient que la population de l’UE en âge de travailler (de 15 à 64 ans inclus) diminue de 1,2 million de personnes en moyenne chaque année jusqu’en 2050. Et encore, ce chiffre prend en compte une immigration continue. Mais pour les experts de la Commission, faire plus de bébés ou accroître l’immigration sont des pistes illusoires. "Les défis démographiques ne peuvent pas être traités par des mesures uniquement liées à la fécondité ou la migration", indique le rapport.L’expérience prouve que les mesures gouvernementales destinées à inciter à la procréation (par exemple l’allongement du congé parental, les solutions de garde d’enfants en âge préscolaire, voire les incitations financières) n’ont qu’une efficacité très limitée. Le rapport donne en exemple les pays d’Europe du Nord qui, malgré un Etat-providence sophistiqué, une égalité des genres pionnière et un soutien public fort aux familles, enregistrent comme les autres une chute de la natalité.De même, augmenter l’immigration ne serait pas la panacée, sans même prendre en compte son acceptabilité par les populations. "Une migration nette positive peut ralentir le rythme de vieillissement de la population mais pas en modifier la trajectoire", indique le document. Car la population migrante a beau être relativement jeune et fertile, elle aligne en une ou deux générations son comportement reproductif sur la population d’accueil. En revanche, le rapport suggère de modifier la structure des flux, car les migrants hautement qualifiés ne représentent que 20 % environ des nouveaux arrivants dans l’Union européenne, contre 56 % au Canada, 41 % en Australie ou 39 % au Royaume-Uni. Une situation aggravée par le fait que 40 % des ressortissants hors-UE qui travaillent dans l’Union occupent un emploi en deçà de leurs qualifications.Conséquence de ce qui précède, la croissance économique devra être soutenue par une augmentation de la productivité de la population active, souligne la Commission. Cela suppose d’accroître les investissements dans l’éducation et la formation professionnelle tout au long de la vie mais aussi d’inciter les populations hors de l’emploi (environ 20 % de la population de 15 à 64 ans) à venir sur le marché du travail. Cela concerne en particulier les femmes (dont le taux d’emploi moyen est inférieur de 10 po
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