
L’Arabie saoudite vient de subir une double humiliation. Non seulement Donald Trump a refusé d’aider Riyad militairement contre les houthistes mais en plus, des responsables américains auraient tenu une réunion secrète dimanche dernier à Mascate (Oman) avec des leaders de cette milice chiite yéménite. Selon l’agence Reuters qui a dévoilé les détails de cette rencontre, les houthistes auraient obtenu que Washington ne frappe pas directement leurs positions en contrepartie de la promesse de ne pas attaquer les navires américains et israéliens, tout en continuant à frapper ceux appartenant à l'Arabie saoudite. Une décision qui intervient au pire moment pour le royaume wahhabite alors que les rebelles islamistes, parrainés par Téhéran, contrôlent désormais toute la partie occidentale du Yémen et font peser une menace très sérieuse sur le détroit de Bab-el-Mandeb, verrou stratégique pour le transport énergétique mondial. A travers cette fin de non-recevoir de Washington, Donald Trump cherche toujours à pousser MBS vers la reconnaissance d’Israël, explique à L’Express Karen Elliott House, lauréate du prix Pulitzer et biographe du prince héritier Mohammed ben Salmane (L'homme qui voulait être roi, éditions Saint-Simon, 2026). "Ce serait la grande victoire diplomatique au Moyen-Orient que le président américain recherche à tout prix". Entretien. L'Express : Cette semaine, la ville de La Mecque, lieu saint de l’islam, a été visée par un drone lancé par les houthistes. Quel est le symbole derrière cette attaque ? Karen Elliott House : Cela m'a surpris. Si les houthistes contestent le rôle de l'Arabie saoudite au Yémen et l'ordre politique que Riyad cherche à y préserver par l'intermédiaire de Téhéran, on aurait pu s'attendre à ce qu'ils épargnent La Mecque, lieu sacré pour tous les musulmans. Pour Riyad, le message est sans ambiguïté : chaque parcelle du territoire est désormais vulnérable et rien de ce que vous chérissez le plus n'est intouchable. Trump a refusé d’aider militairement les Saoudiens. L’Arabie saoudite est-elle en train de découvrir les limites de son alliance avec Washington ?Oui, mais ce n'est pas nouveau. Toute l'histoire des relations américano-saoudiennes, depuis la promesse faite par Franklin Roosevelt (président de 1933 à 1945) à Ibn Saoud - le grand-père de l'actuel prince héritier - est faite de hauts et de déceptions répétées. Harry Truman (NDLR : président de 1945 à 1953) a reconnu Israël sans consulter Riyad alors qu’il avait promis de le faire. En 2003, Riyad s'oppose à l'invasion américaine de l'Irak décidée par George W. Bush, prônant sans cesse la retenue. Les Saoudiens ont donc l'habitude d'être malmenés par Washington. Le problème, c'est qu'ils n'ont toujours pas de véritable alternative…Mais cette fois, Trump a pourtant un intérêt économique à défendre l’Arabie saoudite… Oui, les Etats-Unis doivent veiller à ce que le transport de pétrole saoudien ne soit pas davantage perturbé, après la fermeture partielle du détroit d'Ormuz puis du détroit de Bab-el-Mandeb. Les exportations saoudiennes sont tombées à environ 3,2 millions de barils par jour, leur niveau le plus faible depuis environ 13 ans. C’est presque moitié moins qu'avant la crise. De quoi peser lourdement sur les cours mondiaux, bien davantage encore que le coût militaire de cette guerre. Et cela est un sujet éminemment politique pour Trump à l'approche des élections de mi-mandat de novembre.Trump utilise-t-il cette vulnérabilité pour pousser Riyad vers la reconnaissance d'Israël ?C'est très clairement la grande victoire diplomatique qu'il recherche à tout prix au Moyen-Orient. En refusant d'aider Riyad, il cherche à pousser le prince héritier dans les bras d'Israël. C'est bien pour cela que Trump reste en retrait, les bras croisés : il attend que le prince héritier arrive lui-même à cette conclusion. D'autant que le pacte de La Mecque (NDLR : un accord de défense mutuelle signé le 7 août entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie) ne semble pour le moment pas très efficace pour protéger durablement le royaume wahhabite. Dans le contexte actuel avec les Palestiniens, une reconnaissance d'Israël reviendrait, pour MBS, à prendre un risque existentiel. En clair, à signer son propre arrêt de mort politique. Je ne pense donc pas qu'il franchira ce pas, et je trouve cette stratégie américaine assez imprudente. Israël est-il dans la même logique, en partageant en ce moment du renseignement sur les Houthis avec le Qatar et l'Arabie saoudite, deux pays avec qui l’Etat hébreu n’a pas de relations diplomatiques officielles ?Les Israéliens seraient ravis d'approfondir cette connexion. Mais les Saoudiens redoutent surtout qu'ils s'en vantent publiquement, ce qui les ferait apparaître comme dépendants plutôt que forts. Netanyahou, confronté à une élection difficile à la fin du mois, rêverait d'endosser le costume du sauveur du Moyen-Orient. MBS espère plutôt voir émerger, après le scrutin israélien, un gouvernement plus ouvert à un g
Pour offrir la meilleure expérience, nous utilisons des technologies telles que les cookies afin de stocker et/ou d’accéder à des informations sur votre appareil. En consentant à ces technologies, vous nous permettez de traiter des données telles que votre comportement de navigation ou des identifiants uniques sur ce site. Ne pas consentir ou retirer son consentement peut affecter négativement certaines fonctionnalités et fonctions.