Alors qu’elle fête ses 10 ans de carrière et emmène sur les scènes son nouvel album, «Cœur blanc», la rappeuse valaisanne rend hommage aux figures qui ont façonné son univers – de la reine du hip-hop américain au prince du coupé- décalé. Voici sa constellationLa Cinquième Symphonie de Beethoven en mode hip-hop. En mars dernier, à la salle Noda BCVS de Sion, KT Gorique partageait la scène avec l’Orchestre de chambre de Genève. Huit mois de travail pour un choc tectonique, entre beats et tubes classiques. Sur scène, le flow est aussi vif que les archets et le groove, furieusement symphonique. Cette rencontre improbable résume bien KT Gorique, capable d’électriser un orchestre comme de sampler Dvořák.En Suisse romande, on connaît bien la rappeuse valaisanne. A 35 ans tout juste, elle balance depuis une décennie des morceaux où les mots décapent et les instrus fédèrent, où les influences old school se frottent à la drill américaine et aux rythmes africains.On repense à cette fille de 21 ans. Celle qui, silhouette fluette et rage de fauve, remportait les Championnats du monde de freestyle End of the Weak World à New York, en 2012. Cet aplomb, cette fringale, cette sérénité d’avoir trouvé sa place, crevaient à nouveau l’écran neuf ans plus tard dans Nouvelle Ecole, télécrochet Netflix où se bousculent les jeunes talents du rap. Mohamed Ali, qu’elle a tatoué sur le mollet, n’aurait pas mieux décoché. Après sa première battle, la jurée belge Shay s’exclame: «T’es quelqu’un!»
Quelqu’un qui rêvait de cette vie, préadolescente déjà, hypnotisée devant MTV. «J’fais des couvs de magazines alors qu’avant/J’volais les posters avant d’me tirer/Dans les clips de Missy Elliott/Tous les moves j’les ai maitrisés», se remémore-t-elle dans L’An 2000, titre de son nouvel album, Cœur blanc. Entre deux concerts sur les scènes de l’été, KT Gorique poursuit volontiers le jeu du rétroviseur, histoire de saluer les figures qui ont jalonné sa route.
Koffi Olomidé, le pouvoir de la rumba
«A la maison, dans mon enfance, on écoutait beaucoup de rumba congolaise. Ma mère aimait beaucoup ça. Le premier morceau qui m’a marqué, c’est Effrakata, de Koffi Olomidé. Koffi, c’est l’une des plus grandes légendes de la musique africaine. A l’époque, il était déjà une superstar, respectée, admirée, iconique, avec des looks toujours incroyables. Sur cet album, c’était 100% cuir rouge et lunettes futuristes!
Les morceaux de rumba ne sont pas structurés comme un titre classique, avec intro-couplet-refrain: la chanson peut être très longue, évoluant tout le temps, avec beaucoup de changements de rythmes, de chœurs qui se répondent. Vous ajoutez les riffs de guitare, typiques du genre, et la voix très grave de Koffi, ça donne quelque chose de très entraînant.L’album en question a été un raz-de-marée dans toute l’Afrique et au-delà. Je devais avoir 6 ou 7 ans, je me souviens que partout où je passais, les restaurants, les fêtes d’anniversaires, c’était l’effervescence. Effrakata démarrait, les visages s’illuminaient, les gens se levaient pour danser. Souvent, dans les musiques africaines, une chorégraphie accompagne le morceau: tout le monde reproduit les mêmes mouvements, ça forme une connexion naturelle. Ça me fascinait. La musique réveille quelque chose qu’on n’explique pas. Pour l’enfant que j’étais, c’était magique – ça l’est toujours.»
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DJ Arafat, la fièvre du coupé-décalé
«Petite, j’ai commencé à danser sur une musique typiquement ivoirienne, le coupé-décalé. Une musique d’animation, c’est comme ça qu’ils la décrivent: l’objectif, c’est de faire danser les gens. Les artistes sont aux platines et au micro, ils ambiancent la salle. J’ai beaucoup dansé sur DJ Arafat: une légende du coupé-décalé et mon artiste africain préféré.Au départ, il était DJ: il sortait de chez lui en cachette, à 14 ans, pour aller mixer en boîte. Puis il a commencé à faire des animations. C’était un chanteur et un MC incroyable, tout le monde le connaissait à Abidjan. Puis, quand il a commencé à faire de la musique, il a gardé le nom de DJ Arafat. Il avait 19 ans quand il a sorti son premier gros hit. Il est devenu le plus grand ambassadeur du coupé-décalé, lauréat d’un MTV Music Award alors qu’il ne chantait que ça, sans chercher à se diversifier pour percer à l’international. DJ Arafat a aussi fait évoluer le genre en y intégrant des acrobaties, les «roukaskas» – et des «breaks» musicaux pour les passages des danseurs. Tous les autres artistes l’ont suivi!On raconte qu’il n’écrivait jamais rien, qu’il enregistrait l’intégralité de ses morceaux en une seule prise, en mode impro. Et après coup, il savait tout refaire à l’identique. Un vrai génie! Un personnage controversé, aussi. Beaucoup ne l’aimaient pas, comme souvent les grandes légendes. L’industrie de la musique en Afrique manque de structure, c’est très dur: DJ Arafat suscitait la jalousie. Et puis il avait un c
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