
Des frappes conjointes lourdes de sens. Pour la première fois, l'Arabie saoudite a coordonné, le 29 juillet, une offensive ciblée avec les forces américaines en Irak contre des milices liées à l'Iran. Cette intervention fait suite aux accusations de Riyad, qui affirme que des factions irakiennes ont mené ces derniers jours plusieurs attaques de drones contre des installations pétrolières saoudiennes. Une opération qui, selon Gregory Gause III, en dit long sur ce que Riyad attend désormais de Washington. Professeur émérite à la Bush School of Government (Texas A&M) et chercheur associé au Middle East Institute de Washington, ce fin connaisseur des monarchies du Golfe décrypte pour L'Express les logiques d'une région prise dans un engrenage militaire. Rivalité feutrée entre Mohammed ben Salmane et Mohammed ben Zayed, milices pro-iraniennes tiraillées entre autonomie et loyauté à Téhéran, un Premier ministre irakien qui doit ménager Washington et Téhéran, jusqu’au coup de pression de Trump pour pousser Riyad vers les accords d'Abraham… Autant d’enjeux qui, selon lui, convergent vers un même constat : la dynamique d’escalade régionale a repris de la vigueur ces derniers jours. Et si les Emirats arabes unis seraient pour le moment sortis du champ de tir iranien grâce à un arrangement noué avec Téhéran, la Jordanie, Bahreïn et le Koweït, eux, continuent d'en payer le prix. Entretien.L'Express : L'Arabie saoudite a mené une frappe coordonnée avec les Américains en Irak contre des milices iraniennes. S'agit-il d'un tournant stratégique majeur ?Gregory Gause : Pas vraiment. Ce qui est intéressant, c'est la coordination : une opération saoudienne articulée avec les Américains. Cela révèle ce que Riyad recherche depuis longtemps le même type de relation sécuritaire que celle qu'entretiennent les États-Unis avec Israël, dont on a vu, au début de cette guerre, la coordination militaire sans précédent, sur terre comme dans les airs. Les Saoudiens veulent la même chose avec Washington. C'est un signal fort : Riyad tient à rester un pilier du dispositif sécuritaire américain, et l'administration Trump semble disposée à l'accepter.Mohammed ben Salmane pourrait-il être tenté d'escalader militairement contre l'Iran ?Je ne vois pas les Saoudiens prendre l'initiative de l'escalade. Leur lecture, c'est que ce sont les Iraniens qui escaladent via leurs relais. Si c'est par ce biais que Téhéran choisit d'agir, Riyad frappera ces relais - et c'est exactement ce qui s'est produit en Irak. Au Yémen, la donne est plus complexe : les Saoudiens étaient satisfaits de leur cessez-le-feu avec les Houthis, ils voulaient neutraliser ce front. Maintenant que les Houthis sont revenus dans la guerre, Riyad avance avec beaucoup plus de prudence.MBS cherche-t-il à prendre l'avantage sur MBZ, le président des Emirats arabes unis, dans l'œil de Trump ?Le tournant le plus intéressant de cette semaine, c’est que des ministres et hauts responsables saoudiens et émiratis ont affiché leur amitié sur les réseaux sociaux, signe d'un rapprochement apparent entre les deux puissances du Golfe après la détérioration de leurs relations fin 2025. Ils ont notamment affirmé que leur rivalité était exagérée et qu'ils se soutenaient mutuellement. Côté saoudien, les commentateurs ont suivi ce mot d'ordre en insistant sur l'importance de la relation avec Abou Dhabi. Cela ne règle en rien les frictions structurelles entre les deux pays, mais face à cette guerre, elles passent au second plan : la question centrale, désormais, c'est comment ce conflit va se terminer et quelle sera la relation future avec l'Iran.Quel est le degré d'autonomie des milices Hachd al-Chaabi (ou Forces de mobilisation populaire, PMF), qui ont été visées en Irak, à l’égard de Téhéran par rapport aux autres proxys de la région ? L'équilibre diffère à chaque fois. Les Houthis disposent d'une autonomie plus grande que les PMF. Les PMF me paraissent bien plus étroitement liées à l'Iran, et donc plus susceptibles de suivre ses instructions - parce qu'elles ont été, dans une large mesure, créées par l'Iran, en juin 2014, lors de l'offensive de Daech (NDLR : marquant la prise de Mossoul et la proclamation de leur califat). Je ne pense pas qu'elles auraient frappé l'Arabie saoudite sans une demande explicite de Téhéran. Mais elles doivent composer avec un gouvernement irakien qui les pousse à rendre leurs armes. Pour qu'elles rentrent en jeu dans cette phase de la guerre, il a fallu une pression iranienne réelle - de même pour les Houthis, restés en retrait lors du premier round, signe du travail saoudien pour apaiser cette relation depuis le cessez-le-feu.L'Irak joue-t-il un double jeu en soutenant les Américains tout en fermant les yeux sur ces groupes ?Je ne parlerais pas d'un "double jeu" irakien, mais d'un équilibre politique périlleux et nécessaire pour le Premier ministre. Il a besoin de ces groupes pour gouverner. Les désarmer par la force l'exposerait au même risque que le gouvernement lib
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