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Entre l’Europe et le Canada, le coup de foudre est réciproque
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Entre l’Europe et le Canada, le coup de foudre est réciproque

Publié le 16 September 2026 à 11:45
Auteur : Luc de Barochez

Un Canada qui tient tête à Donald Trump, une Union européenne qui ne veut plus être humiliée par le président des Etats-Unis : Ottawa et Bruxelles ont tout pour s'entendre ces jours-ci, au point d’envisager que le Canada, dont la Maison-Blanche prétendait faire "le 51e Etat américain", devienne au contraire le premier Etat tiers "associé" à l’UE. Le statut, cependant, reste à inventer et la tâche n’est pas simple."Je voudrais ouvrir la porte au Canada pour qu’il devienne le premier membre associé de l’Union européenne", a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, mercredi 16 septembre devant le Parlement européen à Strasbourg. Dans l’assistance, le Premier ministre canadien, Mark Carney, était aux anges. Les deux partenaires ont un intérêt fort à s’unir. Le rapprochement est engagé depuis longtemps - l’accord de libre-échange eurocanadien, le Comprehensive Economic and Trade Agreement (Ceta), a été signé en 2016 - mais il s’est intensifié depuis l'arrivée de Carney au pouvoir l'an dernier.Le Canada est anxieux de diversifier ses débouchés car les barrières protectionnistes érigées par Trump aux Etats-Unis entravent son accès à son premier marché d'exportation. L’Union européenne, elle, a intérêt à sécuriser ses approvisionnements en métaux rares pour casser sa dépendance chinoise. Or, le Canada dispose en abondance de minéraux essentiels pour la transition énergétique et la souveraineté technologique : uranium, lithium, nickel, cobalt, aluminium, graphite, titane, cuivre, terres rares… Du point de vue européen, il est préférable de les acheter à une grande démocratie occidentale membre de l’Otan, plutôt qu’à la Chine.Sur le plan politique, Ottawa et Bruxelles ont intérêt à se serrer les coudes dans un monde en pleine fragmentation. "Nous partageons les mêmes valeurs, nous avons les mêmes priorités et nous avons des points forts très complémentaires", a expliqué Mark Carney dimanche dernier. Le Canadien avait fait sensation en janvier au Forum économique mondial de Davos en exhortant les "puissances moyennes" à s'unir pour protéger leurs souverainetés plutôt que de se soumettre aux puissances hégémoniques que sont l’Amérique et la Chine, qui n’hésitent pas à user de leur domination économique comme d’un moyen de coercition.En matière de défense militaire et de fabrication d’armes, l’UE et le Canada, engagés tous deux dans un soutien coûteux à l’Ukraine face à l’agression russe, ont aussi intérêt à un rapprochement. Le Canada est devenu l’an dernier le premier Etat tiers à rejoindre l'initiative européenne Security Action for Europe (Safe) qui facilite les achats conjoints d'équipements militaires.Que pourrait apporter de plus un statut de membre associé ? La marge de manœuvre de l’UE est restreinte. D’abord parce qu’elle dépend beaucoup de Washington pour sa sécurité ; le Canada n'a pas les moyens de lui offrir une vraie alternative. Ensuite parce qu’il est risqué pour elle d’offrir des avantages trop généreux à un Etat non européen, alors même qu’elle négocie pied à pied avec des pays comme le Royaume-Uni, la Norvège ou la Suisse pour que la coopération ne soit pas plus avantageuse pour eux que l’adhésion, car cela alimenterait les forces centrifuges au sein de l’UE. L’exemple du Ceta, inachevé dix ans après sa signature, est significatif des difficultés pratiques à resserrer les liens. Une dizaine d’Etats européens, dont la France, l’Italie et la Pologne, ne l’a toujours pas ratifié, par crainte de l'impact négatif qu’il pourrait avoir sur l’agriculture européenne. Le Ceta, pourtant, est un succès majeur, avec une croissance des échanges eurocanadiens de plus de 50 % en une décennie, y compris pour les exportations agroalimentaires européennes vers le Canada. Le volet commercial du Ceta est appliqué à titre provisoire, mais l’absence de ratification unanime fragilise l'ensemble de la relation.Du côté du Canada, le rapprochement avec l’UE n’est pas non plus une panacée. Sa dépendance commerciale au marché étasunien est extrême - 70 % de ses exportations et 60 % de ses importations - et la proximité géographique avec les Etats-Unis limite le champ des alternatives. Ottawa pourrait éventuellement rejoindre l’Espace économique européen (EEE) qui lie la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein à l’UE. Mais cela impliquerait de payer un tribut annuel pour faire partie du marché intérieur européen et d’accepter ses règles normatives sans avoir de droit de vote pour les définir.En mai dernier, le chancelier Friedrich Merz avait envisagé un statut de membre associé en faveur de l’Ukraine. Il s’agissait dans son esprit d’une étape, permettant à Kiev de participer de manière intérimaire et sans droit de vote aux institutions européennes dans l’attente d’une adhésion pleine et entière. Ce schéma est inenvisageable pour le Canada, notamment parce que le traité fondateur de l’UE réserve l’adhésion aux seuls Etats européens. A ce stade, l’offre d’un statut de membre associé soulève plus de questions qu’

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