Et si, en pleine canicule, une bouteille d'eau devenait un sujet de droit du travail ? Aux États-Unis, la question occupe désormais la Maison-Blanche, le Congrès, les syndicats et les représentants des entreprises. Sous Joe Biden, Washington avait proposé une première réglementation fédérale spécifiquement consacrée à la chaleur au travail, qui à ce jour n'a toujours pas été adoptée. Concernant environ 35 millions de salariés, le texte impose aux employeurs, dès que les températures atteignent certains seuils, d'organiser les pauses, de garantir l'accès à l'eau et de prévoir des espaces de repos. Selon le New York Times, Donald Trump n'a pas supprimé le projet, mais a en revanche décidé de le réécrire. Aux États-Unis, aucune règle fédérale ne fixe aujourd'hui précisément les obligations de l'employeur face aux fortes chaleurs. L'Occupational Safety and Health Administration (OSHA), l'agence chargée de la sécurité au travail, peut intervenir lorsqu'un salarié tombe malade ou meurt, mais l'OSHA ne dispose pas de son propre standard national. Plusieurs États, dont la Californie, l'Oregon et le Maryland, ont donc adopté leurs propres règles. Ailleurs, l'employeur reste soumis aux obligations générales de sécurité.Joe Biden voulait harmoniser tout cela. À l'été 2024, son administrateur propose une réglementation applicable lorsque l'indice de chaleur atteint 80 degrés Fahrenheit, soit environ 26,7 °C. Suffisamment, selon le projet, pour déclencher une première série de précautions professionnelles. Les entreprises concernées auraient notamment dû préparer un plan contre la chaleur, mettre de l'eau à disposition et permettre aux salariés de se reposer. Lorsque les températures atteignaient un niveau supérieur, les obligations devaient encore être renforcées. L'idée était moins de décider à Washington quand chacun devait boire que d'établir un socle commun pour des métiers où l'exposition à la chaleur fait partie de la journée de travail. Avant la règle, les inspectionsL'administration Biden n'avait d'ailleurs pas attendu son projet de réglementation pour changer de méthode. Dès 2022, l'OSHA avait renforcé les contrôles dans les secteurs particulièrement exposés. Entre avril 2022 et décembre 2024, l'agence a effectué environ 7 000 inspections liées aux fortes températures, dont 147 enquêtes après des décès susceptibles d'avoir été provoqués par la chaleur. Près de 1 400 employeurs ont reçu une lettre d'avertissement et une soixantaine d'infractions ont donné lieu à des sanctions administratives. Puis Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche. Beaucoup d'organisations patronales et syndicales s'attendaient alors à voir disparaître purement et simplement le projet de son prédécesseur. L'administration républicaine a choisi une voie moins radicale. En juin 2025, elle a maintenu les auditions publiques prévues autour du texte. Plus récemment, elle a confirmé vouloir poursuivre la procédure réglementaire, avec d'importantes modifications qui doivent être détaillées d'ici la fin de l'année. La nouvelle norme pourrait être définitivement adoptée en 2027.Même chaleur mais autre mode d'emploiPendant que la future règle est réécrite, l'administration Trump a déjà modifié un autre élément du dispositif : les inspections. En avril, l'OSHA a renouvelé le programme créé sous Joe Biden pour surveiller les risques liés à la chaleur, mais sans conserver les objectifs chiffrés de contrôles qui l'accompagnaient. Les statistiques générales donnent néanmoins une indication. Selon des chiffres rendus publics en février par la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, l'OSHA a effectué 20 % d'inspections en moins pendant une période de six mois en 2025 que pendant la même période de 2024. La différence devient importante lorsque les contrôleurs ne sont pas ceux qui découvrent le problème. Dans plusieurs secteurs particulièrement exposés à la chaleur, les salariés doivent eux-mêmes signaler leurs conditions de travail. Or une partie de ces emplois est occupée par des travailleurs immigrés et peu rémunérés. Des associations de défense des salariés estiment que la crainte de perdre son emploi, ou pour certains d'attirer l'attention des services d'immigration, peut limiter les signalements. Une règle définit donc les obligations ; encore faut-il savoir qu'elles ne sont pas respectées.Trois réponses pour un même thermomètreEt Washington n'a pas encore fini de discuter. Tandis que l'administration Trump prépare sa propre version de la réglementation, des élus républicains au Congrès souhaitent empêcher le département du Travail d'adopter le texte conçu sous Biden, mais également toute norme qui lui serait substantiellement comparable. Voilà donc Washington avec trois réponses possibles à la même chaleur : les obligations détaillées préparées sous Biden, une version moins contraignante annoncée par Trump, ou aucune réglementation fédérale spécifique si le Congrès devait bloquer le processus.Pendant ce temps, le thermomètre poursuit sa propre pro
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