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Dans l'enfer des bombes et de la paperasse : quand la France sauva son or des nazis
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Dans l'enfer des bombes et de la paperasse : quand la France sauva son or des nazis

Publié le 12 July 2026 à 15:00
Auteur : L'Express

L'invasion de la Pologne par Hitler le 1er septembre 1939, puis Staline le 17 septembre, plonge l’Europe – et bientôt le monde – dans un conflit sanglant. Pris de court par l’avancée irrésistible de la Wehrmacht, les gouvernements des pays vaincus s’efforcent de sauver en urgence ce qui peut l’être : leurs réserves d’or, convoitées par le IIIe Reich pour financer sa colossale machine de guerre. Une chasse au trésor haletante où le sens du devoir de quelques hommes, servis par une bonne dose de chance, a empêché les nazis de faire main basse sur une fortune qui aurait pu changer le cours de l’Histoire.Dans cette série de L’Express en cinq épisodes, François Valentin, consultant à London Politica, retrace l’incroyable destinée de l’or français, belge et polonais, entre le fracas des bombes et les conciliabules des chancelleries.Résumé du premier épisode : Juin 1940, les Allemands entrent dans Paris et se ruent au siège de la Banque de France pour mettre la main sur la deuxième plus grande réserve d’or au monde. Mais les lingots sont déjà loin...Fin mai-début juin 1940, Nord de la FranceL'exode jette sur les routes et les voies ferrées des millions de réfugiés fuyant l'avancée allemande. Lucien Lamoureux, le ministre des Finances, qui a pris seul la décision d'évacuer les 2 500 tonnes d'or de la Banque de France, cherche depuis la mi-mai les moyens matériels pour faire sortir le magot du pays. Une gageure : l'armée française, qui tente encore de contenir le Blitzkrieg ennemi, continue de mobiliser véhicules et trains.Lors de la Grande Guerre, Lamoureux a servi dans la logistique. Il retrouve ses vieux réflexes et finit par dénicher 400 camions et 160 wagons dans lesquels il fait charger les caisses de lingots entreposées à Paris et dans une cinquantaine de succursales régionales. Direction, les ports de Brest, Lorient, Toulon et du Verdon-sur-Mer, près de Bordeaux. Les divisions allemandes sont à leurs trousses. Début juin 1940, BrestRené Gontier est un fidèle serviteur de la Banque de France. Il a mené une vie tranquille de contrôleur général. C'est ce fonctionnaire scrupuleux que Lamoureux a choisi et envoyé à Brest pour convoyer plus de 1 000 tonnes de métal précieux. Le 15 juin, les autorités navales l'informent que tous les navires devront avoir quitté le port le 18 juin à 18 heures, sans quoi ils seront sabordés. Que le trésor soit à bord ou non. La course contre la montre débute.Sur les quais bretons règne une pagaille indescriptible. Quelque 75 navires sont entassés sous la menace des Stuka de la Luftwaffe qui bombardent régulièrement les installations. Partout, civils, soldats britanniques ou français - voire déserteurs, la différence s'amenuise de jour en jour - cherchent à embarquer vers d'autres contrées. Dans l'urgence et la cacophonie, il faut décharger les milliers de caisses d'or des trains et des camions et les hisser à bord des croiseurs Jeanne-d'Arc et Emile-Bertin. Le croiseur auxiliaire Pasteur reçoit l'ordre de rallier Brest. Mais en sortant de Saint-Nazaire, son port d'attache, il échoue sur un banc de sable. Coup de chance : la marée de midi le remet finalement à flot.Gontier et ses hommes n'y vont pas par quatre chemins. Ils empilent leur précieuse cargaison dans des camions à bennes de la mairie pour arriver jusqu'aux quais, mobilisent les marins aux arrêts ainsi que les détenus de la prison de Pontaniou avec la promesse d’un aménagement de peine… et de quelques bouteilles de vin. Une vingtaine de camions appartenant aux troupes britanniques sont mis aussi à contribution. Les fonctionnaires de la Banque de France diront plus tard qu’ils étaient "abandonnés". En réalité, les marins les auraient subtilisés à leurs propriétaires. Après des jours de combat contre la Wehrmacht et la perspective imminente de rentrer au Royaume-Uni, les tommies n'auraient opposé aucune résistance. L'équipe de Gontier utilisera des méthodes similaires pour dégoter du carburant.Quand, à Paris, le 17 juin, le maréchal Pétain annonce la capitulation de la France, l'amiral Darlan n'immobilise pas immédiatement la flotte. Le 18 juin, une colonne de blindés allemands traverse Rennes et file vers Brest sans rencontrer la moindre résistance. En fin d'après-midi, la majeure partie de "l'encaisse métallique" de la France - le terme consacré pour désigner l'or - a été chargée dans les cales. Le dernier bateau quitte le port à 18h30, une demi-heure après l'horaire limite fixé par les autorités… Les navires évitent les U-Boote (les sous-marins), les raids aériens et les mines magnétiques larguées en mer par la Luftwaffe. Quand l'armée allemande arrive à Brest le 19 juin, il est trop tard. Une légende bretonne raconte que dans la précipitation, une caisse serait tombée à la mer, mais à ce jour, personne n'a jamais retrouvé le moindre lingot dans la rade.Mi-juin, en GirondePlus au sud, dans le port du Verdon-sur-Mer, près de Bordeaux, la situation est tout aussi chaotique. C'est Charles Moreton, le directeur de l'Office des

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