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Crise des migrants : le modèle albanais de Giorgia Meloni sous le feu des critiques
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Crise des migrants : le modèle albanais de Giorgia Meloni sous le feu des critiques

Publié le 06 August 2026 à 06:15
Auteur : L'Express

La crise de Ceuta est une aubaine pour le gouvernement italien. Il cherche à s'en saisir pour changer le paradigme européen de la gestion des flux migratoires. Giorgia Meloni entend ainsi convaincre ses partenaires d’abandonner la logique d’accueil et de répartition interne des migrants pour lui substituer celle de leur externalisation.La doctrine migratoire de la Première ministre italienne repose sur l’accord signé en 2023 avec l’Albanie et ratifié en 2024. Deux centres de rétention et de traitement des demandes d'asile sous juridiction italienne ont été construits sur les sites de Shëngjin et de Gjadër. Ils devaient accueillir jusqu'à 36 000 migrants chaque année. Seulement quelques centaines y ont pour l’instant transité. Alors que Giorgia Meloni vante un "modèle novateur et précurseur pour toute l'Europe", la presse transalpine presque unanime a conclu à un véritable fiasco. Un rapport coût efficacité médiocreAvant même d’ouvrir leurs portes, ces centres ont été fustigés pour leur coût. La facture totale de l'opération est estimée à 670 millions d’euros, soit environ 160 millions d'euros par an pendant cinq ans, entièrement financés par l’Italie. L’opposition au gouvernement Meloni s’est empressée de dénoncer une véritable gabegie en période de restrictions budgétaires. La construction de chaque place dans les centres albanais coûte plus de 153 000 euros aux contribuables italiens contre environ 21 000 euros pour des installations similaires en Sicile. Le rapport coût efficacité apparaît des plus médiocres au vu du nombre marginal de cas traités en Albanie. Bloqué à trois reprises par la magistrature italienne avant de pouvoir ouvrir ses portes en avril 2025, le centre de Gjadër n'a enregistré à ce jour que 685 rétentions, soit une moyenne mensuelle de 45 personnes. À la date du 28 juillet, la structure n'hébergeait que 83 individus, dont près de la moitié d'origine marocaine. Ces statistiques témoignent d'un réel écart avec les ambitions de départ du gouvernement, qui prévoyaient une capacité d'accueil de 3 000 places.L'extrême faiblesse du nombre de migrants accueillis s'explique par les blocages juridiques répétés des tribunaux italiens, mais aussi par les critères d'éligibilité très restrictifs fixés par le protocole (seuls les hommes adultes non vulnérables, interceptés en eaux internationales par les autorités italiennes et issus de pays jugés "sûrs", peuvent y être envoyés. Les femmes enceintes et les mineurs ne sont pas concernés). A peine 101 migrants ont été expulsés par la suite : moins de 15 % du total. En rapportant les coûts engagés aux rapatriements effectués, on atteint environ 495 000 euros par personne rapatriée. "Ces sommes seraient mieux utilisées pour nos hôpitaux et nos écoles", constate amèrement Elly Schlein la secrétaire du Parti démocrate, qui demande à Giorgia Meloni de "fermer immédiatement ces centres et présenter ses excuses aux Italiens."La justice italienne veut deboutL’annonce de la signature de l’accord italo-albanais avait suscité une vive contestation, notamment de la part des ONG. Amnesty International qui dénonçait déjà les atteintes à la liberté et à la dignité constatées dans les centres de rétention en Italie, estimait irréaliste que les droits des migrants puissent être garantis une fois envoyés en Albanie. Les inspections menées par des parlementaires italiens, des délégations d'ONG et des observateurs des droits humains ont confirmé ces craintes : ils décrivent des conditions de détention quasi carcérales, un isolement géographique strict, de graves carences dans la prise en charge médicale et psychiatrique, ainsi qu'un accès très limité à un avocat, ce qui entrave l'exercice effectif du droit d'asile.L'organisation exhortait l'Union Européenne à rejeter ce projet d’externalisation des flux migratoires, le qualifiant d'expérience "cruelle" et "honteuse". Une inquiétude partagée par le Conseil de l'Europe et le Haut-commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, eux aussi très critiques envers cet accord.Les centres de Shëngjin et de Gjadër ont fini par voir le jour, mais dès leur entrée en service, se sont heurtés à un obstacle majeur : le cadre juridique européen et l'indépendance de la magistrature italienne. Les premiers transferts de migrants dans ces centres — majoritairement originaires du Bangladesh ou d'Égypte — ont été rapidement invalidés par le tribunal de Rome et la Cour de Cassation. Les juges ont estimé que les critères de "pays d'origine sûrs" définis unilatéralement par le gouvernement Meloni n'étaient pas conformes au droit de l'UE et ont exigé le retour des migrants sur le sol italien. Une décision entérinée en août 2025 par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Saisie par les magistrats transalpins, la plus haute juridiction de l'UE avait rappelé qu'un pays ne peut être déclaré "d'origine sûre" que s'il l'est pour tous ses citoyens sans exception. Le 23 avril 2026 les conclusions de l’avocat général de la CJUE estimaient néanmoins

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