[pfp_nav_auth]
Comment Paris s'est décidé à expulser Xenia Fedorova, le visage pro-Poutine de CNews
L'EXPRESS Politique intérieur
Article complet

Comment Paris s'est décidé à expulser Xenia Fedorova, le visage pro-Poutine de CNews

Publié le 01 August 2026 à 05:45
Auteur : L'Express

Elle est désormais doublement frappée d’un arrêté d’expulsion et d’un gel de ses avoirs, pour une durée de six mois. Au creux de l’été, Xenia Fedorova, la figure pro-russe de CNews et, plus largement, des médias de Vincent Bolloré, s’est heurtée de plein fouet à la machine étatique française. Les sanctions qui lui ont coup sur coup été imposées sont l’aboutissement de pourparlers menés en toute discrétion ces dernières semaines au sein du gouvernement, avec leur lot de tergiversations.L’ancienne patronne de RT France, ressortissante russe et qui déroulait sans contradiction les éléments de langage et le récit officiel du Kremlin au micro d’Europe 1 ou encore dans les colonnes du JDNews est, depuis le 29 juillet, sommée de quitter le territoire français par le ministère de l’Intérieur, pour "atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État". Le lendemain, les autorités françaises ont couronné cette mesure d’expulsion d’un gel de l’ensemble de ses fonds et ressources économiques, pour mieux "prévenir la commission d’actes d’ingérence".Sous forte pression politique, et sommés par l’Élysée et Matignon de prendre des mesures fermes à l’encontre de la chroniqueuse, les services de Beauvau se sont attelés plus ardemment à la tâche dès le début du mois de juin. Un épineux dossier refait alors surface : celui du mystérieux renouvellement, en août 2024 et pour dix ans, du titre de séjour de Xenia Fedorova, de son ancien nom Borchik, par le ministère de l’Intérieur et la Préfecture de police de Paris, lorsque Gérald Darmanin et Laurent Nunez étaient aux manettes. L’information, remise sur la table par Le Monde, embarrasse au sommet de l’État. Une "aberration"Car comment prétendre renforcer la lutte contre les ingérences russes tout en laissant une "propagandiste patentée" amenée à "servir la soupe de Vladimir Poutine", selon les mots du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, prendre librement la parole à l’antenne et multiplier les attaques à l’encontre de la France ? "Il aurait été beaucoup plus simple que son expulsion tombe sous le chapiteau administratif et ne soit pas politisée comme elle l’est aujourd’hui", estime Julien Nocetti, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Cette opportunité manquée fait figure d’"aberration" au sein des services de l’État chargés de lutter contre la désinformation, notamment celle perpétrée par le Kremlin."Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu ont de concert exercé une saine pression sur Beauvau pour que cela aboutisse", explique un haut fonctionnaire. De fait, le ministère de l’Intérieur est attendu au tournant. Plusieurs ministres et élus français réclament l’expulsion de Xenia Fedorova, dans les médias, à l’Assemblée nationale ou au Parlement européen. Parmi eux, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, les députés socialistes Arthur Delaporte et Sacha Houlié, lui-même à l’origine d’une loi destinée à prévenir les ingérences étrangères en France, adoptée en juillet 2024, et l’eurodéputé Raphaël Glucksmann. En parallèle, les partenaires européens et le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) s’émeuvent d’après nos informations du positionnement ambigu de la France dans sa lutte contre les ingérences étrangères. Paris s'est pourtant doté en juillet 2021 d’une agence dédiée, Viginum, pour mieux déjouer ces tentatives de déstabilisation. Son modèle a essaimé, sous un format différent, en Suède, en Allemagne ou encore en Pologne. Emmanuel Macron a lui-même victime d’une ingérence étrangère en 2017 – les "Macron Leaks", ces emails piratés par la Russie qui avaient interféré dans la campagne présidentielle. Le chef de l'Etat porte haut la nécessité de mieux lutter contre les narratifs hostiles venus de l’étranger, depuis le début de son premier mandat. Alors pourquoi rester sur la réserve face aux attaques ouvertes et délibérées de Xenia Fedorova ?Un recours à venirLa piste de sanctions européennes à l’encontre de la propagandiste a bien été soupesée ces dernières semaines, sans aboutir jusqu’à présent. Nathalie Loiseau, députée du groupe Renew à Bruxelles, a en effet obtenu le 2 juin le vote, par le Parlement européen, d’un amendement réclamant son inscription sur "liste noire" des personnalités visées par le gel de leurs avoirs et l’interdiction de séjour sur le territoire européen. Le 21ᵉ paquet de sanctions contre la Russie, adopté par Bruxelles le 23 juillet - celui qui compte le plus grand nombre de désignations individuelles depuis quatre ans -, n'intègre pourtant pas le profil de Xenia Fedorova. Le Quai d’Orsay n’a pour l’heure pas manœuvré en ce sens. D’après nos informations, le ministère a également exprimé des réserves au sujet de l’expulsion de la chroniqueuse du territoire français, en invoquant la possibilité de mesures miroirs, et donc de l’expulsion de ressortissants français par la Russie. "L’arrêté d’expulsion n’exclut pas l’inscription sur la liste européenne. Les deux ne sont pas contradictoires.

Ce sujet parle de : poutinesanctionspolicedésinformationmacronglucksmannrussieprésidentielle
← Retour aux sujets

Points de vue opposés



Chargement des points de vue opposés...

Autres articles récents chez L'Express