Pour continuer la guerre en Ukraine, la Russie avait besoin de semi-conducteurs, d’émetteurs, de machines-outils et de composants électroniques occidentaux. Or, début février 2022, une bonne partie de ces produits lui était interdite. D’autant plus que ses espions avaient été expulsés par centaines des capitales européennes. Il fallait donc trouver un pays doté d’une industrie technologique performante, de circuits commerciaux internationaux et de lois suffisamment peu contraignantes en matière d’espionnage. Selon une enquête du New York Times, Moscou a choisi le Japon. L’opération aurait été installée dans un endroit relativement classique : le bureau tokyoïte d’Aeroflot, au 22e étage d’une tour du quartier de Toranomon. La compagnie aérienne russe ne dessert pratiquement plus le pays, faute notamment de pouvoir y obtenir les pièces et les services nécessaires à ses avions. Son bureau, lui, aurait conservé une activité. À fortiori, il se trouve à dix minutes à pied du siège de la police nationale japonaise, chargée d’enquêter sur les affaires d’espionnage. L’homme qui dirigeait le dispositif, Maksim Vladimirovitch Filchenkov, est, officiellement, un homme de 49 ans qui travaille pour Aeroflot. D’après les responsables de quatre services de renseignement occidentaux interrogés par le quotidien américain, il serait en réalité un officier expérimenté du GRU, le renseignement militaire russe. Arrivé à Tokyo en février 2024, il superviserait les activités de la très discrète "20e direction", une unité chargée d’obtenir à l’étranger les technologies nécessaires à l’armée russe. Après Paris et Berlin, TokyoLe redéploiement aurait commencé après l’invasion de l’Ukraine, les gouvernements occidentaux ayant alors expulsé plusieurs centaines de diplomates russes soupçonnés de travailler pour les services de renseignement. Selon les responsables cités par The New York Times, plusieurs dizaines de ces agents se seraient ensuite retrouvés au Japon. Le choix n’a rien d’exotique. Le pays figure parmi les principaux producteurs mondiaux de technologies susceptibles d’avoir un usage aussi bien civil que militaire. En revanche, il ne possède ni agence de renseignement extérieur comparable à la CIA américaine ou au MI6 britannique, ni loi générale permettant de poursuivre l’espionnage comme tel. Cet encadrement limité trouve en partie son origine dans les restrictions imposées aux institutions militaires et sécuritaires japonaises après 1945. Huit décennies plus tard, le dispositif convient aussi aux officiers étrangers venus chercher des secrets industriels. En janvier, la police de Tokyo a ainsi annoncé avoir identifié un agent russe qui se présentait comme ukrainien afin d’obtenir des informations commerciales auprès d’un salarié japonais. En l’absence de législation spécifique sur l’espionnage, les poursuites ont visé le salarié pour violation des règles de concurrence. L’officier russe avait quitté le Japon avant l’ouverture de la procédure. Des composants japonais dans des missiles russesL’affaire ne concerne pas seulement quelques documents récupérés dans une entreprise. Selon les estimations du gouvernement ukrainien citées par le quotidien américain, neuf missiles et drones russes sur dix contiendraient des composants japonais. En mai, après qu’un missile de croisière Kh-101 a détruit un immeuble résidentiel à Kiev et tué au moins 24 personnes, les enquêteurs ukrainiens ont affirmé avoir retrouvé dans les débris des pièces japonaises pourtant interdites d’exportation vers la Russie. Cela ne signifie pas que les fabricants concernés livrent volontairement à l’armée russe. Les documents ukrainiens mentionnent notamment NEC, Panasonic et Toshiba, mais ne représentent aucune preuve que ces groupes auraient vendu sciemment leurs produits à Moscou. Tous assurent respecter les sanctions. NEC a également indiqué que certaines pièces retrouvées étaient anciennes et n’étaient plus commercialisées depuis plusieurs années. Le problème se trouve plutôt dans la suite du voyage : un composant peut être vendu légalement à une société située dans un pays tiers, passer entre plusieurs intermédiaires, puis terminer en Russie avec une documentation commerciale incomplète ou falsifiée. Le Vietnam est ainsi la première destination des technologies sensibles exportées par le Japon et, parallèlement, le premier exportateur de technologies sensibles vers la Russie. Les marchandises ne prennent pas nécessairement le chemin le plus court. La "20e direction" serait donc précisément spécialisée dans ces circuits. Filchenkov aurait développé des relations avec des entreprises de logistique capables de faire passer les cargaisons par le Sri Lanka, l’Ouzbékistan ou d’autres pays encore desservis par Aeroflot. La compagnie ne peut presque plus faire voler ses appareils au Japon, mais ses partenaires commerciaux continuent d’acheminer des marchandises. Tokyo prévenu, Tokyo prudentTokyo avait par ailleurs été averti. Au mois d’avril 2025, l’Ukraine au
Pour offrir la meilleure expérience, nous utilisons des technologies telles que les cookies afin de stocker et/ou d’accéder à des informations sur votre appareil. En consentant à ces technologies, vous nous permettez de traiter des données telles que votre comportement de navigation ou des identifiants uniques sur ce site. Ne pas consentir ou retirer son consentement peut affecter négativement certaines fonctionnalités et fonctions.