
En diplomatie, une décision engage souvent tout un pays et peut faire basculer le destin d'une région. Le 22 septembre 2025 à l'ONU, Emmanuel Macron reconnait, au nom de la France, l'Etat de Palestine. Une décision historique, prise en pleine guerre à Gaza, qui a placé notre pays au cœur de l'actualité mondiale et l'a exposé aux critiques de certains alliés. Cette décision, c'est le président de la République qui la prend. Mais elle est le fruit de mois de réflexions avec ses équipes à l'Elysée et notamment avec sa conseillère Afrique du Nord et Moyen-Orient de l’époque, Anne-Claire Legendre. Diplomate chevronnée, passée par le Yémen, le Koweït ou encore New York, elle apporte toute son expertise d'une région en ébullition à Emmanuel Macron pour l'aider à prendre la meilleure décision possible dans ce dossier explosif. Pour L'Express, la présidente de l'Institut du monde arabe a accepté de revenir sur les coulisses de ce moment diplomatique.Une interview exclusive issue du podcast Anatomie d'une décision, à écouter sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Castbox, Podcast Addict ou en cliquant sur le player en tête de cet article.L'Express : En avril 2025, Emmanuel Macron visite un camp de réfugiés palestiniens en Egypte. Dans l'avion du retour, il annonce aux journalistes qu'il a pris une décision : la France va reconnaître l'Etat palestinien, sans préciser de calendrier. Racontez-nous le jour où le président vous a annoncé, à vous, sa conseillère Moyen-Orient, cette décision.Anne-Claire Legendre : Ça ne se fait pas comme ça, une décision politique, c'est un processus. Effectivement, le voyage qu'a fait le président de la République à Al-Arich, à la frontière avec la bande de Gaza, a été un moment important. Il est marqué par ces rencontres, par les douleurs qui s'expriment, les témoignages de femmes qui ont perdu leurs enfants, leurs familles ou qui en sont séparées. Mais cette décision s'inscrit dans un long cheminement.Le président annonce qu'il est prêt à faire ce geste dans l'avion du retour, et il le fait à ce moment-là parce que nous sommes déjà dans une négociation depuis plusieurs mois. Dès l'année précédente, le président est interrogé sur la reconnaissance de la Palestine et il indique que nous reconnaissons le droit des Palestiniens à disposer d'un Etat légitime. Mais il souhaite que cette décision ait un impact. L'Espagne, l'Irlande et la Norvège ont pris la même décision en 2024 : c'était un moment important mais cette décision, finalement, n'a pas changé le cours de la guerre à Gaza. Ce que souhaite le président de la République, c'est que nous puissions, à travers cette décision qu'il prend au plus haut niveau, pouvoir infléchir le cours des événements sur le terrain. C'est à cela qu'il nous demande de travailler.En tant que conseillère Moyen-Orient, vous en parlez personnellement à Emmanuel Macron au fil des mois. Comment influencer le président sur cette question ?Tout d'abord, ce n'est jamais une intuition personnelle. C'est un travail d'équipe : la décision revient au président de la République mais elle doit ensuite être portée par toute une diplomatie. Cette décision emporte aussi des conséquences sur la France, c'est une question qui a beaucoup animé le débat politique interne et il importe aussi de prendre en compte la cohésion nationale. Donc nous travaillons avec toute l'équipe à l'intérieur de l'Elysée, y compris les conseillers en charge des politiques internes, et nous travaillons très étroitement avec la diplomatie de Jean-Noël Barrot et tous nos ambassadeurs sur le terrain. Les discussions que nous avons avec le chef de l'Etat se déroulent tout au long de la guerre à Gaza, dont l'évolution nous fait estimer que c'est finalement le seul levier, ou un des seuls leviers, que nous avons pour faire changer le cours des choses. Notre évaluation de la guerre à Gaza était qu'évidemment le 7-Octobre a été un attentat barbare, commis par un groupe terroriste, le Hamas, qu'il s'agit de combattre. Au fil des mois, nous constatons que les objectifs militaires poursuivis par les Israéliens sur le terrain ne sont pas réalistes, qu'il n'y a pas d'objectif et que s'installe un état de guerre permanente au Moyen-Orient, qui a pour résultante un massacre des Palestiniens à Gaza, un blocus humanitaire absolument insupportable et comme perspective politique la destruction possible, voire probable, de la seule solution pour traiter durablement cette crise et ce conflit, c'est-à-dire la solution à deux Etats.Face à cette conviction, il s'agit de construire une démarche diplomatique et de répondre à cette demande du président de la République que cette reconnaissance ne soit pas seulement une reconnaissance déclaratoire, ne soit pas uniquement une manière de nous placer du bon côté de l'histoire, mais qu'elle ait aussi un impact sur le terrain et qu'elle produise dans le réel quelque chose pour les Palestiniens et pour les Israéliens.Personnellement, vous connaissez parfaitement le Moyen-Orient, vous av
Pour offrir la meilleure expérience, nous utilisons des technologies telles que les cookies afin de stocker et/ou d’accéder à des informations sur votre appareil. En consentant à ces technologies, vous nous permettez de traiter des données telles que votre comportement de navigation ou des identifiants uniques sur ce site. Ne pas consentir ou retirer son consentement peut affecter négativement certaines fonctionnalités et fonctions.