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Charles Darwin se livrait à des «expériences d’imbécile» dont on a beaucoup à apprendre
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Charles Darwin se livrait à des «expériences d’imbécile» dont on a beaucoup à apprendre

Publié le 17 September 2026 à 11:48
Auteur : Philippe Simon

CHRONIQUE. Avez-vous déjà tenté de séduire un mimosa en lui jouant du basson? Le père de la théorie de l’évolution s’y est essayé, avec succès (mais surtout pour lui)Les grands scientifiques peuvent aussi être de grands musiciens: Einstein était un excellent violoniste, Max Planck préférait le piano, et on doit à l’astronome William Herschel (le découvreur d’Uranus) une bonne vingtaine de symphonies ainsi qu’une douzaine de concertos. Il existe en tout cas un autre exemple de cet appariement – mais moins immédiat, vous vous en rendrez compte: c’est celui de Charles Darwin et du basson.Le père de la théorie de l’évolution a charpenté toute notre pensée du vivant, mais il pouvait aussi adopter des pratiques à première vue loufoques. C’est ce qu’il appelait ses fool’s experiments – qu’on peut traduire par «expériences d’imbécile». Exemple: est-ce que les abeilles peuvent être attirées par des fleurs en papier si on dépose un peu de miel dessus? Les plantes dioïques (c’est-à-dire celles dont les plants sont mâles ou femelles, comme le cannabis) peuvent-elles se fertiliser sans contact? Réponse négative dans les deux cas, mais cela n’avait que peu d’importance: ces pas de côté étaient pour Darwin une forme d’hygiène intellectuelle, une relaxation de la pensée avant de l’envoyer gravir des pentes plus abruptes.
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Le grand Charles était par ailleurs très intéressé par la thématique de l’audition chez les êtres vivants. Par exemple chez les lombrics. L’expérience, répétée plusieurs fois, débutait de manière assez simple: Darwin leur criait très fort dessus. Sans jamais une seule réaction des intéressés. Peut-être une question de volume sonore? Il fallait dès lors sortir le basson. Mais nada – le ver de terre était décidément dur de la feuille.
Le mimosa n’y échappa pas
L’expérience du basson, Darwin la fit aussi subir… au mimosa – et plus précisément à cette variété particulière qu’on appelle la sensitive (Mimosa pudica). J’ai découvert cette anecdote dans un livre que je vous recommande vivement d’ouvrir: Une Histoire naturelle des sons, par Caspar Henderson (2024 pour sa traduction française), un recueil qui rassemble une palanquée de notules poético-scientifiques sur l’univers audible. Petite erreur chez Henderson toutefois, qui prétend que c’est Charles Darwin lui-même qui joua du basson à la plante (laquelle ne broncha point). C’est en réalité Francis, son fils, qui était bassoniste et se chargea de tenter de faire réagir le mimosa en soufflant dans son tube.Dans la biographie qu’il consacra à son père (traduite en français en 1888), Francis Darwin eut cette remarque, relative aux «expériences d’imbécile» menées par son daron: «Ce n’était là point tant un exemple d’excès de théorie à propos d’une petite cause, que le fait de soumettre à l’épreuve les idées les plus invraisemblables.» Voilà qui est la plus belle des leçons de vie.

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