ÉDITORIAL. Le projet, soumis au vote sans avoir été débattu, de créer une société commerciale et de l’ouvrir à des investisseurs privés, confirme que le président de la FIFA dirige ce qui reste une association sans but lucratif comme une entreprise à la recherche du profit maximalA l’issue de la Coupe du monde 2026, la plus lucrative de l’Histoire avec plus de 9 milliards de dollars de bénéfices, Le Temps se demandait comment la FIFA allait pouvoir faire dans quatre ans pour proposer encore plus d’argent à ses nations membres. Car c’est comme cela que ça fonctionne dans le monde du football: des 211 associations nationales, plus des trois quarts ne feraient que survivre sans les généreuses subventions de la FIFA.Lors des élections, et la prochaine est en 2027, la très grande majorité donne sa voix à celui qui fera la meilleure offre. Le Belize reçoit le même montant que l’Allemagne, le Timor oriental a le même poids électoral que le Brésil. Depuis 2016, Gianni Infantino dirige cette association sans but lucratif – régie par le droit civil suisse – comme s’il s’agissait d’une entreprise à la recherche du profit maximal, afin d’offrir des dividendes à ses actionnaires.
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Lui-même se comporte comme un directeur général, prenant toutes les décisions entouré d’un tout petit cercle de conseillers. Personne ne s’en plaint vraiment puisqu’il a valorisé comme jamais la «marque» Coupe du monde et génère du cash avec une ingéniosité remarquable et toujours un coup d’avance, voire deux. Neuf jours après notre question sur «comment faire plus?» sa réponse est tombée, prenant tout le monde de court, comme souvent. La FIFA veut créer une société pour gérer la commercialisation de ses prochaines compétitions, et souhaite l’ouvrir à hauteur de 20% à des capitaux privés. Le projet est ficelé, les investisseurs sont pour partie trouvés – ô surprise, y figure un proche de Donald Trump –, le gain total est déjà calculé (10 milliards de dollars) et chaque fédération a jusqu’au 19 septembre pour voter oui ou perdre 30 millions.On ne sait trop si Gianni Infantino assure ainsi sa réélection ou sa future reconversion à la tête de la nouvelle entité. On pressent que le football y «gagnera» plus de pauses fraîcheur et de matchs derrière des abonnements payants, puisqu’il faudra bien que ces privés rentabilisent leur investissement. Qu’adviendra-t-il lorsqu’ils estimeront que les matchs nuls nuisent au business ou qu’un beau parcours de la Chine ouvrirait de nouveaux marchés? La FIFA se lance au forceps dans un projet incertain, dangereux, où gagner plus devient la seule finalité. Dans un sport où l’argent prend déjà trop de place, il n’est pas nécessaire d’ouvrir la boîte de Pandore.
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