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Bosphore - Dardanelles : les détroits turcs, ce double verrou stratégique face à la Russie
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Bosphore - Dardanelles : les détroits turcs, ce double verrou stratégique face à la Russie

Publié le 15 July 2026 à 03:45
Auteur : L'Express

La crise d'Ormuz l'a bien montré, les détroits jouent un rôle vital dans le commerce mondial. De Malacca à Béring, en passant par le Bosphore, L'Express vous invite à un voyage dans ces lieux emblématiques, où se joue l'avenir du monde. > Retrouvez ici l'épisode 1 de notre série d'été, consacré au détroit de TaïwanSur la rive européenne du Bosphore, le soleil couchant embrase les minarets de la mosquée d'Ortaköy. Construite au XIXe siècle en pleine guerre de Crimée, quand Français et Britanniques combattaient aux côtés des Ottomans contre l'expansion russe, elle semble littéralement flotter sur les eaux. Alors que résonne l’appel à la prière du soir, les touristes - principalement Américains, Russes, pays du Golfe, Caucase - s'installent aux terrasses des cafés environnants dans ce quartier bohème de la mégapole turque, où les loyers des appartements avec vue sur le détroit ont triplé ces dernières années. En cause : une hyperinflation - à 32,1 % sur l'année - et une monnaie en pleine dépréciation, dont le pays n'arrive pas à se dépêtrer. Les détroits turcs face à la guerre en UkraineAli, Iranien en vacances, déguste une kumpir, ces fameuses pommes de terre farcies, dont les effluves l’éloignent un peu de son quotidien percuté par 40 jours de guerre, de l’autre côté de la frontière turque : "Cet endroit est magnifique. Cela fait du bien de souffler car chez nous, c’est le chaos". Scindant littéralement la ville et ses sept collines en deux, le détroit du Bosphore est devenu incontournable pour ceux qui veulent s'imprégner de l’art de vivre turc. Sur ses berges, les chats errants viennent chaparder des poissons frais aux pêcheurs, tandis que, au large, tankers du monde entier, bateaux de croisière et yachts tape-à-l’œil de la jeunesse dorée stambouliote se croisent sur ce mince ruban maritime, large de 700 mètres et long de 30 kilomètres. En apparence, un paisible lieu de divagation, qui a inspiré nombre d’écrivains, de Pierre Loti à Metin Arditi. Les flâneurs en oublieraient presque que les détroits du Bosphore et des Dardanelles, plus au sud, forment, depuis des siècles, un double verrou stratégique redoutable pour contenir les ambitions russes de la mer Noire vers les eaux chaudes de la Méditerranée. Les nombreux épisodes militaires qui en découlent ont façonné une partie de l'identité turque. Comme en 1915, lorsque Winston Churchill tente d'ouvrir la route vers Constantinople - l'ancien nom d'Istanbul sous l'Empire ottoman - et la mer Noire par le détroit des Dardanelles. L’Anglais, alors Premier lord de l'Amirauté, y subit une déroute historique qui restera dans les annales de tous les officiers de marine. C’est lors de cette bataille mythique que le jeune officier Mustafa Kemal, futur Atatürk et premier président de la Turquie moderne, se fait connaître et contribue à façonner sa légende. Entre le XVIIe et la Première Guerre mondiale, tsars russes et sultans turcs vont s’affronter à au moins onze reprises, rappelle Dorothée Schmid, responsable du programme Turquie - Moyen Orient dans une note de l’Institut français des relations internationales. Après une relative détente, cette animosité reprend de la vigueur lors de la Guerre froide où la Turquie, qui entre dans l’Otan en 1952, devient un poste avancé face à l’Union soviétique. "L'équivalent de l'aéroport JFK" L’histoire mouvementée de son pays avec son voisinage n’a aucun secret pour Yörük Isik. Ce politologue et fin expert maritime, qui a toujours son téléobjectif accroché autour du cou, passe tous les jours des heures à scruter le gigantesque pont Fatih Sultan Mehmet, construit en 1988 et censé fluidifier le trafic tentaculaire d'Istanbul. Il tient méticuleusement à jour son compte X ("Bosphorus Observer") suivi par près de 50 000 abonnés, où il publie des photos des bateaux qui pénètrent dans le chenal. "Le Bosphore est l’équivalent de l’aéroport John F. Kennedy, à New York, pour le transport maritime. Une sorte d’Assemblée générale des Nations unies sur l’eau ! On peut voir des navires immatriculés en Guinée équatoriale, au Mozambique ou du royaume d’Eswatini, l’ex-Swaziland", s’enthousiasme cet intarissable passionné des mers qui ne s’interrompt que pour immortaliser sur son appareil la présence d’un tanker russe. "Prendre une photo me permet de garder un œil sur eux…", avoue ce Stambouliote pour qui "la guerre d’agression en Ukraine a été un véritable choc".Le Bosphore, qui débouche sur la mer Noire où se situe le littoral turc le plus étendu sur près de 1 600 kilomètres, n’est géographiquement pas très éloigné des combats. Dès le 28 février 2022, soit quatre jours après le début du conflit, le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan, qui a toujours affirmé son soutien à l'intégrité territoriale de l'Ukraine, bloque l’entrée des détroits aux navires de guerre sur la base d’un texte fondateur du droit maritime : la Convention de Montreux de 1936. Celle-ci garantit explicitement "la liberté de passage" dans les détroits du Bosphore et des Dardan

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