L’Union européenne est-elle condamnée à devenir un club de pays aussi nécessiteux qu’impécunieux ? Le non de l’Islande à la réouverture des négociations d’adhésion à l’UE, lors du référendum samedi 29 août, est une déception pour les Vingt-Sept qui comptaient sur sa candidature pour espérer être enfin rejoints par un pays riche, stable et à la démocratie irréprochable. La dernière occurrence où l’UE a été rejointe par des pays aisés remonte à plus de 30 ans, avec l’entrée simultanée de la Suède, de la Finlande et de l’Autriche. Dès leur adhésion en 1995, ces Etats sont devenus contributeurs nets au budget communautaire. Depuis le début du XXIe siècle en revanche, les trois élargissements qui se sont succédé ont fait entrer au total 13 pays d’Europe centrale, orientale et méridionale qui, tous, y compris les plus dynamiques d’entre eux comme la Pologne, Chypre ou Malte, touchent plus d’argent de Bruxelles qu’ils ne lui en versent.L’Islande, elle, aurait détonné, et c’était d’ailleurs l’un des principaux arguments des promoteurs du non au référendum : ils ont fait valoir que l’île arctique n’avait pas eu besoin de l’UE pour devenir prospère. Son PIB par tête dépasse les 80 000 euros, soit 30% de plus que la moyenne de l’Union. Son accord pour rouvrir les négociations (déjà lancées dans la foulée de la crise financière, en 2009, mais suspendues en 2013) aurait pu aussi encourager la riche Norvège à relancer ses propres pourparlers avec Bruxelles. La population norvégienne a rejeté la perspective d’adhésion par deux fois, lors des référendums de 1972 et 1994, mais le débat sur une nouvelle tentative s’est intensifié ces derniers mois à Oslo.Avec l’Islande et la Norvège, mais aussi la Suisse, le Liechtenstein et, depuis le Brexit de 2020, le Royaume-Uni, les seuls Etats d’Europe occidentale et nordique qui ne sont pas membres de l’UE sont plus riches que la moyenne européenne. A l’inverse, ceux qui toquent à sa porte, qu’ils viennent des Balkans ou des marches orientales de l’Union, sont plus pauvres. Les négociations battent leur plein avec notamment le Monténégro, l’Albanie, l’Ukraine et la Moldavie.La question budgétaire, cependant, ne doit pas être surestimée, bien qu’elle ait joué un rôle majeur dans le Brexit. La Norvège et l’Islande payent déjà des contributions de solidarité pour avoir le droit de faire partie du marché unique et cotisent aussi pour les programmes communautaires dont ils bénéficient (Horizon pour la recherche ou Erasmus+ pour la mobilité des étudiants, par exemple). La Suisse, qui a des accords bilatéraux particuliers avec Bruxelles, paye aussi son écot. Il n’y a donc pas d’hostilité de principe de leur part à être contributeurs nets.Les débats dans ces pays tournent plutôt autour de la question clé de la souveraineté nationale, avec un refus de participer à des politiques communes qui pourraient les contraindre à partager leurs ressources - l’Islande ou la Norvège pour la pêche par exemple - ou à renoncer à des éléments clés de leur identité nationale - ainsi de la Suisse pour sa politique de neutralité armée, qui lui a permis d’être épargnée par les deux guerres mondiales au siècle dernier.Reste que la victoire du non au référendum islandais est un double revers stratégique pour l’Union. Non seulement ce rejet complique son souhait de relancer son élargissement, mais elle contrarie aussi sa prétention à jouer un rôle protecteur dans le grand Nord face aux ambitions russes et chinoises et aux convoitises américaines sur le Groenland. Si elle veut rester crédible, l’UE doit s’interroger sur les moyens de se rendre plus attractive pour des pays aisés comme l’Islande, la Norvège ou même le Royaume-Uni. Cela impliquerait une douloureuse remise à plat de certaines politiques communes dans les domaines de l’agriculture, de la pêche ou de la solidarité financière. C'est là le prix à payer par l’Union pour rester pertinente dans un monde régi de plus en plus par la loi du plus fort.
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